Une des causes de la grande pauvreté à La Réunion

Le système à La Réunion gaspille les atouts de la jeunesse réunionnaise

22 février, par Manuel Marchal

Dans une économie dominée par les services et la pénurie d’emploi, un diplôme de l’enseignement supérieur est une protection contre le chômage. Une étude de l’INSEE indique que « seuls 70 % des jeunes de l’île poursuivent leurs études, contre 83 % » en France. Les différences observées selon les régions indiquent une offre insuffisante et trop concentrée dans la région de Saint-Denis. Si un jeune habite dans une autre région de La Réunion, sa famille doit prévoir un budget important pour prévoir le logement de l’étudiant. Or, plus de la moitié des moins de 18 ans vivent dans une famille sous le seuil de pauvreté.
Même si grâce à leur travail, des jeunes d’une classe défavorisée ont la capacité de réussir de brillantes études supérieures, ils en sont privés, car leurs parents et l’aide de l’État via la bourse sont insuffisantes pour couvrir les frais d’une scolarité dans une autre région de l’île.
C’est une nouvelle illustration d’un système qui gaspille les atouts de la jeunesse réunionnaise.

L’INSEE a dévoilé hier le résultat d’une étude réalisée dans le cadre d’un partenariat entre l’INSEE et la Région Réunion. Elle indique qu’en 2020 à La Réunion « seuls 70 % des jeunes de l’île poursuivent leurs études, contre 83 % » en France.
L’INSEE précise ceci :

« Pour les 3 100 jeunes déscolarisés avant leurs 18 ans, l’insertion professionnelle s’avère extrêmement difficile dans un territoire marqué par un chômage élevé. Parmi les 14 800 jeunes de 18 à 20 ans qui ont quitté le système scolaire tôt, au maximum trois ans après leur sortie du lycée, les trois quarts n’ont pas d’emploi. Il s’agit principalement de jeunes sortis sans diplôme, qui reproduisent souvent la trajectoire de leurs parents, de jeunes ayant un CAP-BEP ou un bac et de jeunes mères vivant dans leur propre logement ».
L’étude de l’INSEE constate également que « c’est aussi à 18 ans que des écarts de scolarisation apparaissent selon les territoires de l’île. Les communes accueillant des établissements d’enseignement supérieur attirent logiquement les jeunes poursuivant leurs études. Saint-Denis concentre les principaux sites de formation post-bac, avec notamment le pôle universitaire régional. Ainsi, à la CINOR, 68 % des jeunes de 18 à 20 ans sont scolarisés, contre 50 à 59 % dans les autres intercommunalités ».

L’INSEE note une évolution positive : « ces scolarités courtes sont à peine moins fréquentes qu’il y a dix ans, mais les sorties du système scolaire sans diplôme se sont en revanche nettement réduites ».

Les études coûtent trop cher

En quelques décennies, La Réunion est passée d’une société de production avec une agriculture et une industrie fortement pourvoyeuses d’emplois à une société de service marquée par la pénurie d’emplois.
Dans ce contexte, le fait d’avoir un diplôme de l’enseignement supérieur offre une meilleure protection contre le chômage, cause principale de la grande pauvreté à La Réunion. Car manifestement, avoir le bac ne suffit pas.
Cette inégalité avec la France s’explique notamment par une offre insuffisante et trop concentrée dans la région de Saint-Denis. Si un jeune habite dans une autre région de La Réunion, sa famille doit prévoir un budget important pour prévoir le logement de l’étudiant. Compte tenu du manque de cités universitaires et de prix de l’immobilier déconnectés du pouvoir d’achat des Réunionnais, les inégalités se reproduisent. Même si grâce à leur travail, des jeunes d’une classe défavorisée ont la capacité de réussir de brillantes études supérieures, ils en sont privés, car leurs parents et l’aide de l’État via la bourse sont insuffisantes pour couvrir les frais d’une scolarité dans une autre région de l’île.

Limitation de l’accès des Réunionnais aux postes de cadres

C’est une nouvelle illustration d’un système qui gaspille les atouts de la jeunesse réunionnaise. Comment alors s’étonner que La Réunion s’enfonce dans la crise avec de nombreux marqueurs du sous-développement en matière d’emploi, de logement et de transport notamment.
En effet, les pouvoirs publics responsables de l’enseignement supérieur ne dégagent pas suffisamment de moyen pour rendre l’enseignement supérieur accessible à tous les jeunes qui y ont droit.
Une des conséquences est le recours à une main d’oeuvre diplômée venue de France pour occuper des postes qui ne peuvent être pourvus par des Réunionnais, faute d’offre de formation accessible financièrement à La Réunion pour les Réunionnais.
Cette étude rappelle que le système en place à La Réunion vise avant tout à reproduire les inégalités sociales avec une dimension particulière : maintenir le pays sous dépendance intellectuelle.

M.M.

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