Seul un projet entre Réunionnais pourra redresser la situation

Législatives : la crise de confiance entre la population et ses représentants oubliée des débats télévisés

29 juin, par Manuel Marchal

Mise à part la politique internationale, les raisons d’un taux abstention historique lors du scrutin organisé trois semaines avant les législatives n’ont pas été à l’ordre du jour des débats télévisés entre les candidats aux 7 sièges de députés de La Réunion. Commun aux anciennes colonies devenues départements en 1946, ce taux d’abstention historique est compris entre 77 % et plus de 90 %. C’est la crise de confiance entre ces populations et les élus qui les représentent.
Pour que les Réunionnais se réapproprient le terrain politique, le PCR propose de mettre tout le monde autour de la table pour travailler à un projet le plus consensuel possible pour le développement de La Réunion. Les forts taux de participation aux deux référendums sur le retour à l’indépendance en Kanaky Nouvelle-Calédonie rappelle que si les citoyens doivent voter sur un projet, alors ils participent massivement : seulement 14 % d’abstention lors de la dernière consultation organisée et reconnue.

Les élections législatives se tiennent trois semaines après les Européennes. Ces Européennes furent marquées par un très fort taux d’abstention dans les anciennes colonies intégrées dans la République en tant que département. Il s’est réparti entre 77 % à La Réunion pour dépasser 90 % en Guyane et s’établir autour de 80 % pour la Guadeloupe et la Martinique. Ce taux était en augmentation alors qu’il a baissé en France pour se situer en dessous de 50 %.
Cette donnée était la plus importante du scrutin se déroulant trois semaines avant les législatives. Elle s’inscrit dans une dynamique observée après chaque élection dans les anciennes colonies devenues département en 1946, notamment La Réunion : le taux de participation ne cesse de reculer et la majorité des électeurs boycottent le scrutin.

Crise de confiance

Ce taux d’abstention historique confirme une crise de confiance entre les populations de ces pays et ceux qui sont élus pour les représenter. Cette crise de confiance a-t-elle subitement disparu depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et l’annonce de législatives anticipées ? En effet, cette donnée a été absente des débats télévisés entre les candidats aux législatives dans les 7 circonscriptions de La Réunion.
Ces taux d’abstention sont à comparer avec le taux d’abstention des deux référendums sur le retour à l’indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie : 19 % puis 14 %. Cette différence s’explique par le sujet du vote. Il ne s’agissait par d’élire un candidat, mais de se prononcer sur un projet de société. Force est de constater que le vote sur un projet a mobilisé.

Plus de changement possible avec les institutions actuelles

Depuis sa création, le Parti communiste réunionnais lutte pour remettre en cause le système néocolonial afin que La Réunion puisse enfin aller vers le développement. En 2018, le PCR a proposé une forme d’action : inviter les associations, syndicats, partis, parlementaires et représentants des maires à travailler ensemble pour construire un projet réunionnais de développement durable et solidaire. Ce travail pourrait avoir lieu dans une instance créée par la loi, la Conférence territoriale de l’action publique, élargie aux associations, syndicats et partis.
Cette démarche tient compte d’une réalité : l’expérience montre qu’aucun changement n’est plus possible en se limitant aux institutions actuelles.
Cela l’était encore en 1946. En effet, élus députés en octobre 1945, les deux députés de La Réunion (Raymond Vergès et Léon de Lépervanche) se sont aussitôt mis au travail à Paris pour mettre fin au statut colonial. Moins de 6 mois plus tard, la loi abolissant le statut colonial était votée.
Mais aujourd’hui, c’est bloqué.
Le chômage de masse, le fort taux de pauvreté, le manque de logement et l’illettrisme sont des indicateurs rappelant l’ampleur de la crise à La Réunion. Cela demande des changements structurels. Force est de constater qu’avec 7 députés depuis 2012, aucun texte favorisant ces changements importants n’a été voté.

Mettre tout le monde autour de la table

Il semble évident qu’aujourd’hui, un député ne pourra pas régler tous les problèmes de La Réunion. C’est également le cas pour chaque institution prise individuellement. La démarche du PCR propose de responsabiliser en amenant à travailler ensemble. Mais cette méthode n’a pas été mise en pratique par les députés qui sont restés sous la dépendance de leur appartenance à des groupes parlementaires parisiens.
Le taux de participation des dernières élections européennes rappelle pourtant la nécessité de changements profonds afin de sortir de la crise sociale et économique qui est devenue également politique. La mobilisation autour d’un projet réunionnais peut être un levier pour un sursaut démocratique dans le pays. Il est dommage que cette question fut totalement absente des débats télévisés sur les élections législatives à La Réunion.

M.M.

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