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La question de la gouvernance posée à la suite du déjeuner de vendredi à l’Élysée
23 octobre 2023, par

Le déjeuner organisé le 20 octobre au palais présidentiel de l’Élysée a montré une divergence de vues entre les présidents des deux collectivités qui ont pour territoire La Réunion. Ceci rappelle que l’application à La Réunion du droit commun français sur le plan administratif rend difficile l’expression d’une parole réunionnaise cohérente. Il appartient aux Réunionnais d’améliorer la situation en incluant la gouvernance dans le projet de développement qui devra être accompagné par le gouvernement, y compris sur le plan constitutionnel si nécessaire.
Une soixantaine d’élus d’anciennes colonies intégrées à la République française ainsi que les préfets nommés dans certains de ces territoires étaient invités à déjeuner vendredi à l’Élysée avec le président de la République et plusieurs membres de son gouvernement. Au terme de cette rencontre, aucune mesure concrète pour améliorer la situation n’a été décidée. Si des décisions sont prises, elles le seront au sein d’un conseil interministériel sans les Réunionnais, qui se tiendra outre-mer à Paris.
Cette rencontre d’élus avec la direction de l’État avait apparemment comme objectif principal d’écouter des propositions. Pour La Réunion, le président du Département a montré son attachement au statu-quo. Il a souligné que le cadre actuel était suffisant, car il permettait de prendre des initiatives spécifiques, telles que le refus de gérer le RSA : à La Réunion, c’est la Caisse d’allocations familiales qui gère cette compétence, à la différence du droit commun où cette responsabilité est transférée aux Départements. A La Réunion, le Département a demandé et obtenu d’être dessaisi de cette compétence, en dérogation au droit commun.
Du côté de la présidente de la Région, les 72 mesures du précédent CIOM sont insuffisantes pour faire face à la crise sociale. Huguette Bello constate que le statu quo ne permet pas de prendre en compte les différences entre La Réunion et la France, ainsi que la négociation d’accords commerciaux spécifiques.
Cette divergence de vue de la part des présidents de deux collectivités ayant comme territoire La Réunion illustre que le cadre actuel favorise divisions et par conséquent blocage. Ce cadre peu propice à la cohésion vient de l’impossibilité de créer le Conseil régional et général de La Réunion qui était prévu par la loi en 1982. La création du Conseil régional et général de La Réunion fut victime d’un combat d’arrière-garde mené par la frange la plus conservatrice de la classe politique des anciennes colonies devenues départements français. Actuellement, c’est le cadre qui s’applique à la Martinique et à la Guyane, avec la Collectivité territoriale.
Il appartient donc aux Réunionnais de rechercher la meilleure gouvernance pour leur pays, et ne pas laisser cette responsabilité à quelques ministres réunis outre-mer à Paris. Cette gouvernance est amenée à s’inscrire dans un projet plus global destiné à préparer le développement du pays.
M.M.
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