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18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Néocolonialisme français en crise : Paris a-t-il encore les moyens d’acheter la paix sociale ?
23 octobre 2024, par

Le projet de Budget 2025 prévoit de nombreuses réductions de dépenses publiques touchant en particulier les plus pauvres et des hausses de cotisations sociales pour les sociétés. À La Réunion et dans d’autres anciennes colonies françaises, parlementaires et organisations du monde professionnel demande que ces mesures ne s’appliquent pas dans leur pays qui sont pourtant des départements français. Cette situation est révélatrice de la crise d’un système à bout de souffle : le néocolonialisme français.
Le projet de Budget 2025 suscite de nombreuses oppositions à La Réunion et dans d’autres anciennes colonies intégrées à la République française sous forme de départements. Les coupes dans les dépenses publiques et la remise en cause d’exonérations de cotisations à la Sécurité sociale font l’objet d’interventions d’élus et d’organisations professionnelles. Elles demandent l’exclusion de La Réunion de ces mesures. Cette situation est révélatrice de la crise d’un système à bout de souffle : le néocolonialisme français.
Le néocolonialisme français à La Réunion a d’abord pour but de préserver les intérêts de la France dans notre pays sans le développer. C’est pourquoi depuis plus de 50 ans, Paris met en œuvre des mesures pour acheter la paix sociale en tentant de préserver un ordre établi.
Une des bases de ce système est la surrémunération. En accordant à la totalité des fonctionnaires le régime du supplément colonial propre à une centaine d’agents de l’État relevant du cadre dit métropolitain, Paris a voulu créer une classe sociale indépendante de la situation économique du pays dans lequel elle vit, et dotée d’un pouvoir d’achat suffisant pour se payer la vie chère causée par l’importation de la société de consommation occidentale. Cette classe sociale a remplacé les usiniers et les gros planteurs à la tête de la plupart des collectivités, ainsi que dans la représentation de La Réunion à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Ces transferts publics massifs ont permis aux entreprises françaises de pouvoir vendre leurs produits à La Réunion à un prix plus élevé qu’en France. Pour la majorité de la population ne bénéficiant pas de la surrémunération, Paris n’est pas allé plus loin que l’égalité sociale avec la France. La vie trop chère est devenue l’étincelle à l’origine des grands mouvements sociaux. Pour y répondre, Paris use de mesures ponctuelles pour acheter la paix sociale. À cela s’ajoutent nombre de mesures dérogatoires.
Par exemple, les exonérations de cotisations sociales servent à compenser le fait qu’à La Réunion, le salaire minimum doit être le même qu’en France alors que dans notre île, le coût de production est plus élevé à cause, notamment, de l’importation d’intrants en provenance de pays très éloignés.
Paris a également refusé de prendre à sa charge la surrémunération des agents des collectivités territoriales. Cela explique pourquoi, à La Réunion, près de 80 % des agents de ces institutions ne sont pas titulaires et sont donc moins payés que leurs homologues des fonctions publiques d’État et hospitalière. Paris a également décidé de ne pas financer la surrémunération de tous les salaires du privé et des prestations sociales.
C’est dans ce contexte que s’annoncent d’importantes coupes budgétaires. Il est ainsi demandé aux communes et communautés d’agglomération un effort de 36 millions d’euros. L’application d’une telle mesure ne peut qu’accentuer la crise. Les collectivités jouent en effet un rôle d’amortisseur social dans deux domaines. Tout d’abord pour l’emploi, elles participent au traitement social du chômage par le recrutement d’emplois aidés cofinancés par l’État. La commande publique est également essentielle pour les recettes des entreprises du BTP. Ces dernières ont d’ailleurs manifesté cette année pour demander que les collectivités sortent des projets pour compenser la défaillance de la commande privée.
Le Budget 2025 illustre la crise des finances publiques de la France, conséquence de nombreuses années de cadeaux fiscaux pour les plus riches. Les restrictions projetées illustrent sa volonté de réduire les moyens consacrés à l’achat de la paix sociale à La Réunion et dans les anciennes colonies intégrées à la République française sous la forme de départements.
Devant une telle situation, il est urgent de dépasser le système néocolonial qui étouffe le développement du pays au profit de la transformation de transferts publics en bénéfices privés rapatriés massivement en France.
L’alternative la plus crédible est un changement dans les relations entre La Réunion et Paris. Il appartient aux Réunionnais de construire un projet largement partagé capable de répondre aux problèmes causés par ce système. À Paris d’accompagner financièrement et institutionnellement les propositions inscrites dans le projet réunionnais de développement, par exemple sous la forme d’une loi-programme. Cela suppose pour Paris de faire confiance aux Réunionnais, et aux Réunionnais d’agir en responsabilité.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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