Après les élections cantonales de Saint-Paul

’ C’est quoi un militant ou une militante ? ’

14 novembre 2005

Virgile Rustan, secrétaire de la section communiste du Port et adjoint au maire de la cité maritime, était dimanche 6 novembre dans le bureau centralisateur du canton de La Saline (Saint-Paul), où il a exercé les fonctions d’assesseur à l’occasion du second tour des élections cantonales partielles. Il a fait parvenir à “Témoignages” sa réaction après avoir entendu le discours du candidat de l’UMP devant ses partisans suite à son élection.

Dimanche soir, au terme d’une journée de travail dans le bureau centralisateur du 4ème canton de Saint-Paul, à la mairie annexe de La Saline, j’ai pu entendre le discours de M. Teddy Soret après son élection comme conseiller général. Une partie de ce discours m’a profondément choqué et je tiens à en faire part aux lecteurs de “Témoignages”. Car les propos de l’élu saint-paulois posent un problème de fond quant au type de société que nous devons construire ensemble à La Réunion.
En effet, pour célébrer sa victoire électorale, M. Soret n’a pas trouvé mieux que d’"annoncer à (ses) militants qu’ils seront récompensés pour le travail qu’ils ont effectué durant la campagne électorale". Et d’ajouter : "Cela prendra le temps qu’il faudra mais vous serez récompensés".
Je trouve qu’il est extrêmement grave pour un responsable politique de tenir un tel discours à l’intention de ses militants. Car cela pervertit totalement le sens du militantisme politique ou autre (syndical, religieux, associatif etc...).

Une déclaration publique

On sait très bien que les propos de M. Soret traduisent des pratiques hélas très courantes dans certaines organisations politiques et habituelles chez certains élus. Ces pratiques consistent à chercher le soutien actif de certaines personnes à l’occasion d’une campagne électorale.
On promet ainsi d’accorder un certain nombre d’avantages aux partisans que l’on cherche à rallier à sa cause... si jamais on est élu. Ces promesses électorales d’emploi ou autre s’accompagnent souvent de tentatives d’achats de voix avec de l’argent, avec des avantages en nature (feuilles de tôle, matériaux de construction...) ou avec des travaux réalisés chez des particuliers avec des fonds publics.
Tout cela est connu. Ces méthodes font partie de la panoplie des fraudeurs et elles sont souvent cautionnées par l’appareil judiciaire. Mais elles se font généralement le plus discrètement possible.
Là, un élu l’a proclamé ouvertement et publiquement devant des dizaines de personnes. En présence d’autres élus, il a clairement exprimé sa conception du militantisme politique et de la démocratie. Une vision complètement rétrograde et anti-démocratique exposée au grand jour, sans la moindre pudeur. C’est grave.

Éloge de la corruption

Selon M. Soret, c’est quoi un militant ou une militante ? Une personne qui se bat bénévolement pour défendre des idées, prôner des valeurs, servir une cause ? Pas du tout. C’est quelqu’un qui agit uniquement en fonction de ses intérêts personnels, en fonction des promesses que lui fait tel ou tel candidat à une élection ou une personne cherchant à satisfaire une ambition personnelle.
En d’autres termes, voilà un élu qui prône l’institutionnalisation de la corruption électorale et de la corruption tout court. Au niveau des principes politiques, cet éloge de la corruption est donc très grave.
C’est pourquoi j’espère que M. Soret va mesurer la portée de ses déclarations. J’espère aussi qu’il ne mettra pas ses promesses à exécution, car ce serait aggraver son cas. Je souhaite enfin qu’il changera d’avis sur ce point et évitera désormais de tenir de tels propos, totalement irresponsables.

De l’huile sur le feu

Car au-delà des questions de principes, il faudrait que M. Soret et ses amis mesurent les conséquences d’un tel discours dans le contexte de crise et de tensions sociales qui pèse sur notre vie quotidienne.
En effet, il donne raison à ceux qui considèrent les élus comme des corrupteurs, prêts à tout pour obtenir des voix ; il encourage ceux qui croient qu’il suffit d’aller voir un élu et de faire pression sur lui pour obtenir un droit ou un avantage.
Or les élus sont de plus en plus sur la braise. M. Soret souffle sur cette braise en promettant des récompenses à ses militants. Il jette de l’huile sur le feu. Nous n’avons vraiment pas besoin de cela.

Virgile Rustan,
un militant qui ne cherche pas de récompense


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