Quand le système néocolonial français pousse au gaspillage

CNARM : l’argent public nourrit un système à bout de souffle et surémunère des bénéficiaires du système néocolonial

12 février, par Manuel Marchal

Le rapport de la Chambre régionale des comptes sur le CNARM met en lumière opacité, gouvernance verrouillée et usage contestable de fonds publics. Au-delà d’un cas particulier, il révèle les dérives d’un système néocolonial français dominant à La Réunion marqué par dépendance, clientélisme et gaspillage d’argent public.

Le rapport publié ce 11 février 2026 de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur le Comité national d’accueil et d’actions pour les Réunionnais en mobilité (CNARM) agit comme un révélateur. Derrière les constats techniques — absence de stratégie formalisée, gouvernance fermée, défaut de publication des comptes, pratiques d’achats irrégulières — se dessine un problème plus profond : celui d’un système institutionnel marqué par la dépendance aux subventions publiques, le clientélisme politique, des salaires indécents dans notre pays et une culture de gestion peu transparente.
Créé dans les années 1960 pour remplacer à termele BUMIDOM de sinistre mémoire afin d’accompagner l’émigration des Réunionnais vers la France, le CNARM mobilise encore aujourd’hui des millions d’euros d’argent public alors que la France voit progresser le vote d’extrême droite raciste anti-immigrés, ce pays n’est donc plus une terre d’émigration à cause de ce racisme décomplexé qui est même importé dans notre pays La Réunion. En 2024, 11,5 millions d’euros ont été engagés pour 1 481 départs. Pourtant, la CRC souligne un déclin d’activité depuis 2020, une logique centrée sur le volume plutôt que sur l’impact, et une absence de vision stratégique partagée avec son principal financeur, le Département.

Gouvernance et gestion dénoncées par la CRC

Plus préoccupant encore : la gouvernance apparaît verrouillée. L’adhésion à l’association n’est pas libre, ses instances sont dominées par des élus ou anciens élus, et le conseil d’administration aurait progressivement abandonné son rôle stratégique au profit d’une direction concentrée autour de la présidence. Cette concentration du pouvoir interroge sur les mécanismes de contrôle démocratique et sur l’utilisation des fonds publics.
La gestion interne est également pointée du doigt : organisation désordonnée, opacité des ressources humaines, niveaux de rémunération élevés, externalisation de missions relevant du cœur d’activité. Les comptes n’auraient pas été publiés sur plusieurs exercices, alors même que l’association dépend quasi exclusivement de subventions publiques. Des manquements aux règles de la commande publique sont également relevés.

Le néocolonialisme français entretient ce type de gaspillage pour se maintenir

Ce cas ne saurait être réduit à une simple dérive administrative. Il met en lumière les fragilités d’un système où des structures historiquement liées à l’émigration vers les pays européens continuent de capter des financements importants sans évaluation rigoureuse de leur impact. Dans un territoire confronté au chômage massif, à la précarité et aux besoins urgents d’investissements productifs, chaque euro public devrait contribuer à renforcer l’autonomie économique et le développement local.
La persistance de logiques héritées d’un modèle centré sur l’exportation de la main-d’œuvre interroge. Alors que La Réunion aspire à un développement endogène et durable, la priorité devrait être donnée à la création d’emplois sur le territoire, à la formation adaptée aux besoins locaux et à la transparence dans l’utilisation des fonds publics.
Le cas du CNARM s’inscrit dans un contexte plus large. À La Réunion, de nombreuses structures para-publiques vivent sous perfusion financière sans que leur efficacité ne soit rigoureusement évaluée. Cette logique entretient une économie de dépendance, où la redistribution des fonds publics peut parfois primer sur la performance, l’innovation ou le développement endogène. Certains y voient les prolongements d’un modèle néocolonial, où l’orientation des politiques publiques privilégie des mécanismes hérités du passé plutôt qu’un véritable projet d’autonomie économique.
Dans un territoire confronté à un chômage massif, à la précarité sociale et à des besoins urgents en matière de formation, d’investissement productif et d’aménagement, chaque euro public devrait être mobilisé avec exigence et transparence. Le gaspillage, l’opacité et le manque de contrôle ne sont pas de simples dysfonctionnements administratifs : ils affaiblissent la confiance des citoyens et compromettent le développement durable du territoire.

Le rapport de la CRC ne constitue pasdéjà une condamnation pénale, mais il sonne comme un avertissement. Il appelle à une refonte profonde des pratiques : gouvernance ouverte, contrôle indépendant, publication systématique des comptes, évaluation rigoureuse des politiques financées. Sans cette exigence, le risque est de voir perdurer un système où l’argent public circule sans rendre de comptes, au détriment de l’intérêt général des Réunionnaises et des Réunionnais.

M.M.

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