Autosuffisance alimentaire et énergétique

Co-développement dans l’océan Indien : une urgence pour La Réunion face à la nouvelle guerre du Golfe

3 mars, par Manuel Marchal

En 2008 après les émeutes de la faim , La Réunion accueillait un séminaire sur le co-développement pour l’autosuffisance alimentaire et énergétique. L’idée était de refaire de Madagascar le grenier régional et valoriser la pêche. Aujourd’hui, la guerre du Golfe déclenchée par l’extrême droite américano-israélienne révèle l’urgence de ces solutions. Face à la flambée des prix et aux circuits perturbés, une coopération régionale solide (agriculture à Madagascar, pêche locale, énergies renouvelables) peut protéger La Réunion de la pauvreté et des chocs internationaux. Le co-développement n’est plus une option, mais un rempart.

Alors que les bombardements américano-israéliens embrasent l’Iran et que la nouvelle guerre du Golfe menace de désorganiser le commerce mondial, La Réunion se retrouve une fois de plus en première ligne des crises internationales. Dépendante à plus de 80 % de ses importations alimentaires et énergétiques, l’île risque de subir de plein fouet la flambée des prix et les incertitudes logistiques. Dans ce contexte, le co-développement durable régional, envisagé dès 2008 lors d’un séminaire à La Réunion, n’apparaît plus comme une simple option de coopération, mais comme une urgence vitale pour renforcer la résilience du pays.

La nouvelle guerre du Golfe révèle la fragilité réunionnaise

L’offensive déclenchée par les régimes d’extrême droite américain et israélien contre l’Iran, membre influent des BRICS, a provoqué une onde de choc économique mondiale. Pour La Réunion, les conséquences sont à attendre : le prix du fret qui explose, les produits de première nécessité qui deviendront plus rares et plus chers. Les pauvres, la plus grande partie des 900000 Réunionnais, déjà étranglés par la vie chère causée par la surrémunération, plongerontnt un peu plus dans la misère. Cette situation rappelle cruellement les émeutes de la faim de 2008, qui avaient secoué de nombreux pays et avaient précisément motivé la tenue du séminaire régional sur le co-développement à La Réunion.
À l’époque, experts et décideurs avaient identifié deux axes stratégiques pour sortir de cette dépendance mortifère : l’autonomie énergétique et l’autosuffisance alimentaire. Dix-huit ans plus tard, le constat est amer : ces pistes sont restées lettres mortes, et La Réunion est plus vulnérable que jamais.

Faire de Madagascar le grenier de l’océan Indien : une solution à portée de main

L’une des propositions les plus prometteuses issues de ce séminaire était de construire une autosuffisance alimentaire à l’échelle régionale en exploitant les complémentarités entre les territoires. Alors que La Réunion, Maurice ou les Seychelles manquent cruellement de foncier agricole, Madagascar dispose de terres arables immenses et sous-exploitées. L’idée de refaire de la Grande Île le “grenier” de l’océan Indien permettrait non seulement d’assurer la sécurité alimentaire des Malgaches, mais aussi de fournir des produits frais et locaux aux îles voisines, à des prix stables et sans spéculation.
Aujourd’hui, cette idée devient une nécessité absolue. La nouvelleguerre du Golfe montre que les circuits longs sont vulnérables aux conflits et à aux profits des spéculateurs. En développant des filières agricoles intégrées à Madagascar, avec des investissements dans les infrastructures de transport et de stockage, La Réunion pourrait sécuriser une partie de son approvisionnement et créer des emplois partout.

La pêche : une ressource stratégique sous-exploitée

Autre pilier du co-développement : la valorisation des ressources halieutiques. L’océan Indien est l’un des réservoirs de poissons les plus riches du monde. Pourtant, La Réunion importe l’essentiel de son poisson, souvent congelé et venu de l’autre bout de la planète. Développer une pêche durable et artisanale dans la zone pourrait créer des dizaines de milliers d’emplois et fournir une protéine animale de qualité à des prix accessibles.
Là encore, la coopération régionale est clé. Il s’agit de former des pêcheurs, de construire des infrastructures portuaires adaptées, d’organiser des circuits de commercialisation courts. Les accords de pêche avec les pays voisins doivent être repensés dans un esprit de bénéfice mutuel, et non de simple exploitation. Les Européens doivent cesser de piller gratuitement notre océan. La guerre actuelle, en perturbant les routes maritimes, renforce l’urgence de cette autosuffisance.

L’autonomie énergétique : un bouclier contre les chocs

Le deuxième axe du co-développement concernait l’énergie. La Réunion dispose d’un potentiel considérable en énergies renouvelables (solaire, photovoltaïque, biomasse, énergie marine). Pourtant, elle reste largement dépendante des énergies importées, dont les prix s’envolent dès qu’un conflit éclate au Moyen-Orient.
Une stratégie de co-développement énergétique pourrait inclure le partage de technologies, la mutualisation des recherches,. Les pays de la région, confrontés aux mêmes défis, gagneraient à unir leurs forces pour sortir de la dépendance aux hydrocarbures.

Face à l’extrême droite, la solidarité régionale comme rempart

La nouvelle guerre du Golfe, déclenchée par deux régimes d’extrême droite, n’est pas un conflit lointain. Elle aura des conséquences directes sur le quotidien des Réunionnais. Dans ce contexte, le repli sur soi n’est pas une solution. Au contraire, c’est en renforçant les liens de coopération avec nos voisins que nous pourrons bâtir une résilience durable.
Le co-développement n’est pas une utopie. C’est une stratégie concrète, déjà pensée et débattue, qui n’attend que la volonté politique pour être mise en œuvre. Les crises internationales, qu’elles soient économiques, sanitaires ou militaires, ne seront pas éradiquées du jour au lendemain. La Réunion doit sortir de sa dépendance et construire, avec Madagascar, Maurice, les Comores et les Seychelles, un espace de solidarité et de prospérité partagée. C’est une question de survie économique, mais aussi de paix et de stabilité dans la région.
Il est temps de passer des discours aux actes. La nouvelle guerre du Golfe sonne comme un avertissement : l’autosuffisance alimentaire et énergétique de La Réunion ne peut plus attendre. Le co-développement est la clé de notre résilience.

M.M.

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