Paul Vergès : 2016-2026

« Comment j’ai vécu la conférence de presse donnée, le 4 septembre 1996, par Paul Vergès et Philippe Berne »

28 août, par P. David

Comme promis dans l’édition d’hier, voici un récit de la journaliste qui a couvert pour « Témoignages », la conférence de presse du 4 septembre 1996. Son compte-rendu est paru sous le titre : « l’avenir avance en silence », avec en photo Paul Vergès et Philippe Berne. Cet article est le premier à aborder, à La Réunion, la politisation des questions climatiques. Ary Yee Chong Tchi Kan développera ce point de vue à la rencontre du 5 septembre : « Paul Vergès décèle une rupture de civilisation ».

Larticle sur la conférence de presse publié le 5 septembre 1996 dans Témoignages

La conférence du 4 septembre 1996 a eu lieu, comme c’était souvent le cas à cette époque, dans une salle arrière du restaurant Le Roland-Garros, au Barachois Saint-Denis.
Je me souviens que les deux élus régionaux ont eu une certaine difficulté, au début de la conférence de presse, à en faire accepter le thème et les arguments par les journalistes des “majors” de la presse quotidienne : « Le Quotidien » et le « J.I.R » essentiellement.

Un thème innovant…

Il faut reconnaître que l’effet de surprise a été total (y compris pour moi) bien que, à la différence des autres journalistes — qui n’étaient venus que pour entendre Paul Vergès se prononcer sur les législatives partielles des 8 et 15 septembre — j’étais plus apte ou plus encline à percevoir l’importance et l’originalité du sujet abordé, à savoir : comment notre île allait-elle faire face aux changements climatiques décrits par les scientifiques et protéger sa biodiversité dans les bouleversements à venir ?
J’entendais très souvent Paul Vergès parler du « laboratoire humain » qu’était La Réunion dans notre monde contemporain : cela prédisposait a minima à une écoute attentive de ce qui allait suivre.
Je dois dire aussi que la présence de Philippe Berne, conseiller régional, président de la commission « Aménagement et Transports » aux côtés de Paul Vergès m’avait intriguée et, un peu, mis à puce à l’oreille…

C’était la première fois que ce thème précis était abordé par un homme politique de premier plan à La Réunion. Je peux comprendre la surprise de mes confrères, sans approuver leur fermeture d’esprit. Car le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont pas été du tout réceptifs aux thèmes abordés. Il suffit, pour s’en convaincre, de se reporter aux campagnes de dénigrement de Paul Vergès, assorties de tous les noms d’oiseaux, que l’on peut trouver dans leurs colonnes.
Dans le « Témoignages » du 5 septembre 1996, le préambule de l’article dit : « … le réchauffement de la planète va poser à l’humanité des problèmes très graves ».

… dans un contexte mondial ébranlé

De fait, les questions environnementales et la prise en compte de l’état de notre planète étaient présentes, en France et dans le monde, depuis au moins plus de deux décennies ; mais elles peinaient encore à quitter la sphère des publics avertis. Personnellement ces problématiques m’interpellaient depuis déjà plus de vingt ans : en 1974, pour la première fois, un écologiste réputé, René Dumont, s’était présenté candidat à une élection présidentielle — j’irais le rencontrer plus tard, pour « Témoignages ». Pour rappel, la loi du 5 juillet 1974 allait ramener le droit de vote de 21 à 18 ans (quand j’en avais 19) mais… après l’élection ! Cela ne m’interdisait pas de suivre les débats — ce que je faisais depuis 1968.
J’ai également été sensible comme beaucoup d’Européens, au naufrage du supertanker pétrolier Amoco Cadiz (1978), sans trouver dans les débats de l’écologie politique naissante une architecture intellectuelle assez solidement construite : les arguments ne faisaient qu’effleurer, le plus souvent, les causes systémiques des phénomènes qu’ils dénonçaient.

De la frivolité au laboratoire mondial

Et ce jour du 4 septembre 1996, je voyais des confrères journalistes tout retournés : une législative partielle devait avoir lieu dans 4 jours ; Claude Hoarau et Margie Sudre étaient en lice. Ils attendaient une prise de position du “premier de cordée” du PCR sur le sujet et, ce dernier les recevait en leur disant : « L’heure n’est pas à la frivolité » ! Sous-entendu : le calendrier électoral n’est pas le sujet ici !

La référence au Sommet de Rio tenu quatre ans plus tôt (1992) est explicite et, comme à son habitude, Paul Vergès a fait beaucoup de pédagogie dans son exposé : il a évoqué les études scientifiques déjà faites à l’époque et leurs principales conclusions. Et il en a surtout lui-même tiré des conclusions pour les politiques — prioritairement d’aménagement et de santé — à La Réunion.

Dans les faits, il invitait les représentants des médias réunionnais à inscrire l’île, par leurs articles, dans une réflexion globale, en mettant en exergue ce rôle de « laboratoire mondial » que pouvait représenter le milieu insulaire réunionnais, parmi de nombreuses autres îles, par nature plus menacées que les continents. Mais la structure néo-coloniale dans laquelle La Réunion est tenue, avait écartée cette dernière des initiatives onusiennes déjà prises en direction des milieux insulaires.

La principale leçon

Il faudra des mois et quelques années pour que le message percute réellement les journalistes et devienne un sujet médiatique récurrent. Comme toujours, les idées justes finissent par triompher. Même si cela prend du temps… Pour les personnes qui veulent comprendre, voici une liste (non exhaustive) de références :

- Stockholm 1972 et « rapport Meadows » du Club de Rome (1972)

- Rapport Bruntland, « Notre avenir à tous » (Commission sur l’environnement et le développement de ONU) 1987.

- Rio 1992

- Conférence UICN à La Réunion : cf. « Témoignages » des 12-13-14 juillet 2008 — « Message de l’île de La Réunion »

- Copenhague 2009 : Paul Vergès, Elie Hoarau, Catherine Gaud.

Traité de Paris : 2015

P. David

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