50e anniversaire de la disparition du dirigeant communiste

Comprendre Mao à l’ère post-coloniale

16 septembre, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

Le cinquantenaire de la mort de Mao donne lieu à de nombreux articles et commentaires, souvent sans lien avec le contexte historique donné. Du coup, Trump qui asphyxie Cuba, participe à la destruction de Gaza, bombarde l’Iran et envahit le Venezuela, passe pour un dirigeant éclairé, car il a besoin de cette puissance pour contrecarrer le développement de la Chine, sous la direction du Parti communiste Chinois.

Photo de Shanghai en Chine aujourd’hui (Stefan Fussan, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons)

La dernière puissance coloniale

Rappelons l’allocution de Mike Pompeo : « La Chine communiste et l’avenir du monde libre ». Passé de directeur de la CIA au Département d’Etat de Trump, il donne la charge le 23 juillet 2020, au Musée Richard Nixon et à la Bibliothèque Présidentielle. Il remet en cause 40 ans de politique d’ouverture de Nixon-Kissinger-Mao et accuse : « si nous n’agissons pas maintenant, le PCC finira par éroder nos libertés et affaiblir l’ordre fondé sur des règles à l’édification duquel nos sociétés ont tant travaillé. Si nous nous inclinons maintenant, les enfants de nos enfants seront peut-être à la merci du parti communiste chinois, dont les actions constituent le principal défi aujourd’hui dans le monde libre. »
Il positionne son pays comme chef de file de cette offensive : « La garantie de nos libertés face au parti communiste chinois est la mission de notre temps, et l’Amérique est parfaitement positionnée pour en prendre la tête parce que nos principes fondateurs nous en donnent l’opportunité. » Sous entendu, il ne faudra pas être regardant sur les moyens qui seront utilisés pour accomplir cette tâche divine.
Il fait le constat de la fin de l’ère coloniale, la perte d’influence de « l’Occident collectif » dont celle des États-Unis. La panique règne depuis que le FMI et la Banque mondiale ont déclaré que le PIB de la Chine a dépassé celui des États-Unis, en termes de parité de pouvoir d’achat, en 2014. Pour Mike Pompeo, derrière ce succès, il y a le Parti communiste Chinois. Nous sommes d’accord. C’est l’angle qu’il faut prendre pour éclairer l’œuvre de Mao, cofondateur du PCC.

La nouvelle ère

Le PCC a été crée en juillet 1921 par 13 personnes qui, plus tard, propulsa Mao comme dirigeant suprême. A l’époque, la Chine était occupée par quasiment tous les pays occidentaux et le Japon. Macao devient une colonie portugaise, en 1557. (pour mémoire, le peuplement de La Réunion est daté de 1663). Macao a été restituée, en 1999, soit 4 siècles et demi plus tard. Hong-Kong a été colonisé par la Grande— Bretagne, à partir de 1842 et rétrocédée en 1997, soit 155 après. Les occupants en ont bien profité. Ce basculement a été possible parce que le PCC a conquis le pouvoir en 1949 et il a développé son propre modèle de gouvernance qui s’est montré efficace, à chaque étape de son développement.
Dans ce contexte, la Révolution Culturelle s’attaque à l’embourgeoisement de la direction du PCC et l’illusion d’un modèle occidental obsolète. On retient les dégâts et on lui donne un nom. Le problème c’est qu’on ne fait pas le bilan humain de l’occupation de la Chine, depuis 1557, et on n’identifie pas une personne. Pour autant, avec un regard post-colonial, nous voyons surgir XI Jinping. Son père a subi la révolution culturelle, l’humiliation, et lui-même a été envoyé « aux champs ». Il en a tiré de profondes réflexions et de solides expériences, au point de faire acte d’allégeance au PCC et proclamer sa fidélité à ses membres fondateurs.
Il a réussi le tour de force de légitimer par acclamation, le Parti communiste Chinois au Forum de Davos de 2017. Ce jour-là, la Chine, sous direction des communistes, a passé avec brio son crash-test politique : une nouvelle ère historique est née. La pauvreté a été abolie en 2021, c’était la promesse au peuple pour le centenaire du PCC. L’APL (Armée Populaire de Libération) fêtera son centenaire en 2027. La Chine vise la place de première puissance en 2049, pour saluer le centenaire de la prise de pouvoir en 1949, conduite par Mao.

Le bilan historique

C’est à travers cette vision historique de la Chine dans la nouvelle ère qu’il faut mesurer le rôle essentiel de Mao. Actuellement, Xi Jinping mène une révolution culturelle copernicienne pour changer la mentalité de corrompue et de passe-droit. Qui s’en plaindrait ? Au moment où nous nous apprêtons à célébrer le 10e anniversaire du décès de Paul Vergès, rappelons simplement qu’il était présent le 1er octobre 1961, aux côtés de Mao, sur la place Tien An Men. Il était courageux d’affronter l’histoire. L’actualité donne raison à sa témerité. La France a reconnu la Chine, seulement en 1964. En conclusion, vivre à l’ère post-coloniale permet de noter qu’il y a une histoire de La Réunion, différente de celle de la France. Çela participe aussi du bilan de Mao, le dirigeant anticolonialiste et anti-impérialiste.

Ary Yee Chong Tchi Kan

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