Montée des violences urbaines, crise climatique

Congrès des maires : quand le voyage à Paris illustre la crise profonde du néocolonialisme français

22 novembre 2025, par Manuel Marchal

Comme chaque année, le Congrès des maires transforme Paris en grande foire institutionnelle. Défilés protocolaires, photos sous les dorures, réceptions bien huilées… Et pour les délégations venues des anciennes colonies intégrées à la République française, c’est aussi — il faut le dire — l’occasion d’un beau voyage payé par l’argent public. Pendant quelques jours, les élus des anciennes colonies arpentent les grands magasins et les salons ministériels comme si l’État français était le Père Noël. Mais cette mise en scène commence à se fissurer.

Photo AMF, congrès 2025 de l’Association des maires à Paris

Car l’heure est à la panique. Les institutions locales, longtemps utilisées comme amortisseurs sociaux du néocolonialisme grâce aux « emplois aidés », se retrouvent face à un État qui n’a plus les moyens d’acheter la paix sociale dans des territoires où il maintient toujours des bases militaires françaises. Les anciennes colonies intégrées à la République française paient aujourd’hui au prix fort l’effondrement d’un modèle imposé, fondé sur la dépendance économique, la pauvreté organisée et la promotion d’une classe sociale créée par Paris, déconnectée de la production de richesses indigènes, érigée en modèle de consommation ayant pour fonction de tout verrouiller en prenant la place de l’ancienne classe dominante à la tête des institutions.

Moins d’argent de Paris

Et pendant que la France coupe dans les budgets, la réalité avance sans attendre. Entre narcotrafic galopant et montée des océans, les collectivités des anciennes colonies se retrouvent au centre d’une tempête parfaite. A Paris ç leur congrès, des maires alertent sur la spirale : réseaux criminels surarmés, violences urbaines quotidiennes, cyclones plus intenses, littoraux rongés par la submersion. Mais ces cris d’alarme se heurtent trop souvent à l’indifférence d’un pouvoir français incapable de remettre en cause le système néocolonial qui assure d’importants profits aux grosses sociétés françaises dans l’énergie, le BTP, l’automobile, la grande distribution et l’industrie de la canne à sucre

Dans ce contexte, la baisse annoncée des crédits alloués à la mission « Outre-mer » dans le projet de loi de finances 2026 fait l’effet d’une provocation pour ces élus d’anciennes oclonies. Moins 18 % d’autorisations d’engagement : un désengagement brutal dénoncé par la commission des lois du Sénat, qui a rendu un avis défavorable.

La fin des illusions et de l’argent facile en abondance approche

Et pendant que les élus sont à Paris, les territoires s’embrasent. À Mayotte, de nouveaux barrages ont été érigés en début de semaine. Des habitants excédés dénoncent une violence quotidienne devenue insoutenable sur une île comorienne administrée illégalement par Paris depuis 50 ans, avec la complicité d’une classe de privilégiés autochtones. Les écoles ferment, les routes se bloquent, l’État se tait.

Ce contraste entre les salons parisiens et la réalité du terrain n’a jamais été aussi criant. Le Congrès des maires met chaque année en scène un attachement à la République dont le centre ne cesse pourtant de se dérober. Dans nos pays, la crise du néocolonialisme est un vécu quotidien, une urgence vitale. La fin des illusions et de l’argent facile en abondance approche, et les élus qui montent à Paris le savent et doivent le dire à ceux qui les ont élus.

M.M.

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