Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Après la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU
27 mars, par

Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, par 123 voix pour, une résolution qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique de « plus grave crime contre l’humanité ». Les États-Unis, l’Argentine et Israël ont voté contre, tandis que la France et d’autres pays européens se sont abstenus. Le texte ouvre le débat sur la justice réparatrice. À La Réunion, marquée par l’esclavage importé par la colonisation française, la dette historique de la France est confirmée par ce vote.
Résultats du vote de l’Assemblée générale sur la résolution déclarant la traite des Africains réduits en esclavage comme étant le plus grave crime contre l’humanité.(Photo de l’ONU/Manuel Elías)
L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, sous les applaudissements d’une large majorité d’États membres, une résolution qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de « plus grave crime contre l’humanité ». Porté par le Ghana au nom du Groupe des États d’Afrique, le texte a recueilli 123 voix pour, 3 contre — l’Argentine, Israël et les États-Unis — et 52 abstentions, parmi lesquelles la France, plusieurs membres de l’Union européenne et le Royaume-Uni.
Présentée comme le fruit de mois de consultations impliquant instances continentales, experts et juristes, la résolution entend constituer « un rempart contre l’oubli ». À l’occasion de la Journée internationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite transatlantique, le Président du Ghana, John Dramani Mahama, a salué un vote « historique », invitant la communauté internationale à se tenir « du bon côté de l’histoire » et à tracer « la voie vers la guérison et la justice réparatrice ».
Pendant plus de 400 ans, des millions d’êtres humains ont été arrachés à l’Afrique, mis aux fers et déportés vers les Amériques, La Réunion ou Maurice pour y trimer dans les champs de coton ainsi que dans les plantations de canne à sucre et de café, sous une chaleur accablante et le claquement du fouet. Dépouillés de leur humanité fondamentale et de leurs propres noms, ils furent contraints d’endurer des générations d’exploitation, dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui, notamment sous la forme d’un racisme anti-Noirs et d’une discrimination persistants.
La résolution souligne ainsi que « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l’humanité, en raison de la rupture décisive qu’ils ont provoquée dans l’histoire mondiale, de leur ampleur, de leur durée, de leur caractère systémique, de leur brutalité et de leurs conséquences durables, qui continuent d’influer sur la vie de tous les peuples à travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital ». Elle insiste sur la nécessité de « remédier aux torts historiques » subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine, et considère les demandes de réparations comme « un pas concret » vers cette réparation.
La Réunion est directement concernée par ce vote. Société issue d’une colonisation française ayant importé l’esclavage, l’île s’est largement peuplée, jusqu’en 1848, d’esclaves venus notamment de Madagascar. Leur travail forcé a structuré l’économie et la société réunionnaises, laissant une empreinte profonde dans les mémoires et les réalités sociales actuelles. À ce titre, la question des réparations prend une dimension particulière : nombreux sont ceux qui estiment que la France, ancienne puissance coloniale, porte une responsabilité historique majeure à l’égard des Réunionnais descendants d’esclaves. Le débat posé à l’ONU résonne ainsi avec une interrogation politique et morale : quand les dirigeants français accepteront-ils d’assumer pleinement cette dette historique et d’ouvrir la voie à des mesures de réparation à la hauteur de ce crime contre l’humanité ?
Cette dimension réparatrice a d’ailleurs cristallisé les oppositions. À l’origine de la mise aux voix, les États-Unis ont exprimé une objection de principe au concept de « justice réparatrice » appliqué à des faits anciens. Tout en reconnaissant les « horreurs du passé », Washington a contesté l’idée que des événements survenus entre le XVe et le XIXe siècle puissent être qualifiés rétroactivement de violations de normes impératives du droit international. Les États-Unis ont également rejeté toute « hiérarchisation » des crimes contre l’humanité.
Plusieurs pays européens, sans voter contre, ont fait part de réserves juridiques similaires. L’Union européenne a jugé certaines formulations « juridiquement inexactes », estimant qu’une hiérarchisation implicite risquait d’affaiblir la cohérence du droit international. Le Royaume-Uni a invoqué la règle intertemporelle, selon laquelle la loi applicable est celle en vigueur au moment des faits. La France, rappelant avoir reconnu dès 2001 l’esclavage comme crime contre l’humanité par la loi dite « Taubira », a elle aussi exprimé des interrogations sur les implications juridiques du texte.
À l’inverse, plusieurs délégations africaines et latino-américaines ont plaidé pour des mesures concrètes. La Guinée a estimé qu’aucun crime n’avait produit des conséquences aussi durables, tandis que la Colombie a dénoncé les tentatives de « nier le passé ». Le Nigeria a rappelé la responsabilité historique de ses propres côtes dans la traite et appelé à un enseignement mondial de cette histoire.
En ouverture de la séance, la Présidente de l’Assemblée générale a souligné que, si l’esclavage est aboli, ses conséquences continuent de façonner les sociétés contemporaines. Le Secrétaire général de l’ONU a salué la reconnaissance des torts du passé tout en appelant à des efforts internationaux « plus audacieux » pour traduire ces engagements en actions durables.
Au-delà des débats juridiques, le vote marque une étape symbolique forte : celle d’une mémoire affirmée et d’un débat mondial relancé sur la justice, la responsabilité et la réparation.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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