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Colloque « 70 ans de la départementalisation : quels enseignements pour l’avenir »
6 octobre 2016, par

Paul Vergès a clôturé les interventions de la séquence gouvernance lors du colloque sur les 70 ans de la départementalisation organisé au Conseil départemental de La Réunion. Concernant les enseignements pour l’avenir, le sénateur a souligné que le monde a bien changé depuis 1946, et il va encore évoluer rapidement. Cela pose le défi d’appliquer le principe d’intégration dans cette nouvelle situation. Actuellement, un projet de loi sur l’égalité réelle est en débat à l’Assemblée nationale. Il vise à donner un cadre pour cette nouvelle période, mais n’aborde pas des points essentiels.
Paul Vergès a conclu cette première matinée. Il a rappelé les spécificités de la colonisation de La Réunion. La France y a dès le départ imposé l’esclavage, c’était le Code Noir. Puis des Réunionnais ont refusé l’abolition de 1794. Napoléon Bonaparte a ensuite prolongé l’esclavage d’un demi-siècle.
La loi de 1946 est un tranche avec les décisions qui l’avaient précédé. Pour la première fois, l’initiative venait des populations de l’outre-mer. Le sénateur a rappelé que la demande d’intégration correspondait à la structure de classe de ces pays, et à l’héritage de la colonisation.
Mais les 70 années d’intégration n’ont pas amené l’égalité promise par la loi du 19 mars 1946. Le président de la République propose d’atteindre l’égalité réelle d’ici 20 ans. Cela voudrait dire que fondamentalement, un département aura attendu l’égalité près d’un siècle, même si au cours de cette période des avancées qu’il ne faut pas sous-estimer ont été obtenues.
Concernant les enseignements pour l’avenir, Paul Vergès a souligné que le monde a bien changé depuis 1946, et il va encore évoluer rapidement. Cela pose le défi d’appliquer le principe d’intégration dans cette nouvelle situation. Actuellement, un projet de loi est en débat à l’Assemblée nationale. Il vise à donner un cadre pour cette nouvelle période, mais n’aborde pas des points essentiels.
L’application de l’accord de Paris devra changer en quelques décennies le modèle sur lequel les grandes puissances ont construit leurs richesses. Que fait-on ici à La Réunion pour les énergies renouvelables ? On a toutes les énergies renouvelables sous la main et on développe l’automobile et les importations de pétrole, on supprime le train, a-t-il dit en substance. Le changement climatique fragilise les barrières coralliennes. Le changement climatique est un problème actuel, mais il ne figure pas dans le projet de loi.
La Réunion subit les effets de la mondialisation au travers de la menace qui pèse sur la filière canne-sucre. Dès l’année prochaine, le quota sera supprimé, 18.000 emplois sont en jeu, mais là non plus rien dans le projet de loi.
Paul Vergès a insisté sur les bouleversements induits par la croissance démographique, notamment avec le poids toujours plus important de Madagascar. La Grande Île comptera plus de 50 millions d’habitants au milieu du siècle, et aura une population de plus de 100 millions d’habitants à la fin de sa transition démographique aux alentours de 2100. Les Réunionnais qui naissent aujourd’hui connaîtront cela. Tout l’avenir des Réunionnais sera bouleversé. C’est comme si la France avait à 800 kilomètres de ses côtes un pays ayant le même nombre d’habitants que la Chine et l’Inde réunies.
Face à ces changements, La Réunion est bloquée dans sa volonté d’adaptation par l’alinéa 5 de l’article 73. Or, le groupe socialiste a demandé en 2013 sa suppression, sans succès, et l’actuelle ministre des Outre-mer avait en tant que députée fait une proposition de loi allant dans le même sens. Aujourd’hui, cette demande est absente du projet de loi sur l’égalité réelle.
Paul Vergès est aussi revenu sur la sur-rémunération, dont la suppression figure dans le programme d’un candidat à la présidence de la République. Il a rappelé la proposition de l’épargne qui a pour mérite de ne pas remettre en cause le contrat entre le fonctionnaire en poste outre-mer et l’État.
Enfin, le sénateur a insisté sur l’importance de la francophonie, qui peut être un moyen de faciliter l’intégration de La Réunion dans sa région, à condition que la France mette les moyens pour que cet héritage de la colonisation puisse rester la principale langue d’échanges dans le sud-ouest de l’océan Indien.
Les débats se sont poursuivis hier après-midi avec une séquence sur le développement humain. Aujourd’hui, il sera question de l’économie, de l’emploi et des perspectives. Une retranscription du colloque sera d’ailleurs publiée ultérieurement par les organisateurs.
M.M.
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