La Réunion, cible militaire pendant la Guerre froide

De la tour Oméga à la base militaire française : La Réunion toujours exposée

26 septembre, par Manuel Marchal

Pendant la guerre froide, La Réunion était intégrée à la stratégie nucléaire des États-Unis. La gigantesque tour Oméga de Saint-Paul participait au système de navigation des forces stratégiques américaines. En cas d’attaque de l’URSS par les USA, notre île pouvait devenir la cible d’une bombe atomique. Plus de vingt ans après la disparition de cette installation, la question demeure : pourquoi une population doit-elle accepter que son pays serve de point d’appui aux stratégies militaires de grandes puissances exogènes ?

Il y a une génération, un immense pylône de 427 mètres dominait l’ouest de La Réunion. À Saint-Paul, la station Oméga était l’une des huit installations du réseau mondial de radionavigation construit sous direction américaine. Officiellement, il s’agissait d’un système de navigation. Mais son intérêt était d’abord militaire : il servait à la navigation des forces stratégiques américaines, notamment des bombardiers nucléaires.
Cela signifiait concrètement que La Réunion était intégrée à la machine de guerre des USA. Si Washington avait attaqué l’URSS, l’installation américaine implantée à Saint-Paul aurait pu devenir un objectif militaire. Les Réunionnais auraient alors payé le prix d’une confrontation décidée à des milliers de kilomètres de chez eux.
La tour Oméga a finalement été détruite en 1999. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là.

Le danger pour les Réunionnais de la base militaire française à La Réunion

Aujourd’hui encore, La Réunion accueille des infrastructures militaires françaises. La base navale gratuite du Port constitue un point d’appui des forces françaises en Afrique. Des bâtiments de l’US Navy ont également effectué des escales dans l’île. La Réunion demeure donc insérée dans des dispositifs militaires qui dépassent largement les intérêts propres de sa population.
Et voilà que l’océan Indien est désormais explicitement évoqué comme un possible théâtre d’extension de la guerre contre l’Iran.
Le 24 septembre, le général iranien Yahya Rahim Safavi a averti qu’une nouvelle attaque américaine ou israélienne pourrait entraîner une extension du conflit jusqu’à l’océan Indien, voire au-delà.
Une infrastructure militaire française, un navire américain en escale ou tout autre élément participant au dispositif militaire occidental pourrait alors exposer directement notre population réunionnaise aux conséquences d’une guerre qui n’est pas la sienne.
L’histoire de la tour Oméga doit servir de leçon. La Réunion ne peut pas être à la fois un pays peuplé de près d’un million d’habitants et un simple pion dans les stratégies militaires des grandes puissances.
Hier, c’était la menace d’une guerre nucléaire entre Washington et Moscou. Aujourd’hui, ce sont les tensions au Moyen-Orient qui menacent de gagner l’océan Indien.
La sécurité des Réunionnais doit-elle continuer à dépendre de décisions militaires prises à Paris, Washington ou Tel-Aviv ? La seule véritable garantie contre le risque de devenir une cible est de refuser que notre pays serve de base aux guerres des autres.

M.M.

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