« De la vision politique à l’action publique : comment la pensée de Paul Vergès sur le changement climatique s’est traduite concrètement dans les politiques d’aménagement et de développement de La Réunion »
29 août, parPaul Vergès : 2016-2026
Paul Vergès : 2016-2026
29 août, par

Ary m’a demandé de témoigner de mes 12 ans de travail à la Région sous le majorat de Paul Vergès. Ce que je pourrai apporter est en réalité non pas un témoignage sur les idées et la vision de Paul Vergès, car en qualité de technicien je n’ai pas contribué aux réflexions et discussions de Paul Vergès et des élus de sa majorité. Mais je peux à minima documenter, à partir de mon expérience de technicien de la Région, la traduction opérationnelle de la pensée de Paul Vergès dans les politiques publiques régionales.
Il me semble qu’à mon niveau ce positionnement est particulièrement plus pertinent parce qu’il évite deux écueils :
— Le témoignage personnel ou affectif, que je n’ai pas vocation à porter ; L’hommage du militant, qui pourrait enfermer la réflexion sur Paul Vergès dans son appartenance au PCR.
Je ne témoigne donc pas ici de Paul Vergès en tant que personnalité politique marquante de ce siècle. Je témoigne de ce que sa pensée a produit dans l’action publique et de la manière dont, en tant que technicien de la Région, nous avons été amenés avec d’autres techniciens à la traduire concrètement.
À mon sens, c’est précisément cette distinction qui peut rendre ici une certaine légitimité à mon intervention.
Je choisi donc plutôt de témoigner ici sous un angle qui pourrait se résumer ainsi : « De la vision politique à l’action publique : comment la pensée de Paul Vergès sur le changement climatique s’est traduite concrètement dans les politiques d’aménagement et de développement de La Réunion. »
Aussi je vous propose ici quatre traductions concrètes de la pensée de Paul Vergès, sur l’action publique.
Le tram-train est probablement l’exemple le plus démonstratif. Je ne le présenterai pas seulement comme « le projet de tram-train abandonné en 2010 ». Mais j’espère qu’il montre quelque chose de beaucoup plus profond : Paul Vergès ne concevait pas une infrastructure de transport comme une réponse immédiate à un problème de déplacement, mais comme un élément structurant du territoire pour plusieurs générations.
Notre travail à l’époque avec la SR21, sur les IRIS de l’INSEE et les bassins de population est justement une illustration très concrète de cette philosophie : partir de l’organisation future du territoire pour déterminer l’infrastructure, et non l’inverse.
Paul Vergès nous rappelait souvent qu’une infrastructure s’inscrit dans le paysage pour 50 ou 100 ans et que nous devions donc penser son implantation comme un projet d’aménagement du territoire. ».
Il prenait volontiers l’exemple de l’aménagement de la route des 400 et de la ligne des 600 imaginée par Louis Henri Hubert-Delisle, gouverneur de La Réunion au XIXe siècle, qui avaient vocation à faire le tour de l’île sans jamais descendre sur le littoral…
Le débat public sur un système ferroviaire régional est aujourd’hui relancé, c’est la volonté d’inscrire 26 ans plus tard (2000-2026) dans l’espace réunionnais, ce projet d’aménagement abandonné en 2010 par suite de l’élection de Didier Robert (16 années plus tard).
En qualité de technicien j’ai participé à l’organisation de La conférence « L’Union européenne et l’outre-mer : stratégies face au changement climatique et à la perte de biodiversité », coorganisée par l’UICN, l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, la Région Réunion et le Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, qui s’est tenue à La Réunion du 7 au 11 juillet 2008.
Les organisateurs du congrès UICN avaient proposé que cette manifestation, se place d’emblée sous l’égide de « La neutralité Carbone » et qu’au sein de la conférence l’on puisse proposer un atelier spécifique avec les pays de la zone, les îles européennes et les « Petits États Insulaires » sur la coopération dans le cadre de la création de « puits carbone » dans chacun des pays concernés.
Ces rencontres sur la création de puits carbone à La Réunion et dans la zone océan Indien avaient pour objectifs :
1 Sensibiliser les acteurs locaux et plus généralement les îles de l’océan Indien à la nécessité d’une politique globale de reforestation.
2. Lister les actions communes et concrètes que nous sommes prêts à mettre en place pour compenser les GES.
3. Cibler les actions de coopérations internationales et interrégionales (reforestation, plantation…) que nous pourrions engager d’ici à 2010, avec l’ensemble des îles de l’océan Indien et plus généralement des PEI.
Mon expérience autour de l’organisation de ce congrès à la Réunion avait permis d’aller beaucoup plus loin que le simple discours actuel sur la biodiversité. Paul Vergès ne séparait pas :
— La biodiversité terrestre ; La biodiversité marine ; La protection des espaces ; Les activités humaines ; La culture ; et finalement ce que lui appelait très justement la « biodiversité humaine ».
C’est un point intellectuellement très intéressant. Il permet également de faire le lien avec la volonté de construire à La Réunion « La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, ou MCUR : J’ai compris alors que pour Paul Vergès : Préserver un territoire ne signifie pas seulement préserver ses espèces et ses espaces naturels ; cela signifie également préserver les cultures, les savoirs et les formes de vie qui s’y sont développées.
Dans son esprit du moins c’est comme cela que je l’avais interprété, le discours de Paul Vergès ne se limitait pas à « lutter contre le CO₂ ». Certes cela le préoccupait fortement, car il le disait ces émissions et l’activité humaines étaient la cause principale du dérèglement climatique, mais il y avait derrière cette politique une réflexion beaucoup plus large : Comment faire de la vulnérabilité énergétique d’une île une capacité d’autonomie ?
Et nos expériences sur l’énergie thermique des mers, les énergies renouvelables et les ressources naturelles de La Réunion sont extrêmement pertinentes. Il disait souvent que nous ne tirions pas suffisamment l’avantage que nous procurait notre position d’île tropicale avec « l’eau, le soleil, la mer, le vent et le volcan » — c’était pour lui un fil conducteur particulièrement efficace. Elle traduisait sa vision très contemporaine : La transition énergétique n’est pas uniquement une politique environnementale, c’est aussi une politique de souveraineté.
Osons le redire d’autonomie voire d’indépendance.
Chez Paul Vergès, les questions climatiques, énergétiques, alimentaires et d’aménagement n’étaient pas des politiques séparées. Elles relevaient d’une même interrogation : Quel modèle de développement une île comme La Réunion peut-elle construire pour réduire ses vulnérabilités et maîtriser davantage son avenir ?
C’est précisément dans ce cadre que la réflexion de Paul Vergès prend une dimension beaucoup plus importante que le simple rappel de sa conférence de presse du 4 septembre 1996. Trente ans après l’alerte de 1996, que reste-t-il de la vision de Paul Vergès et qu’avons-nous fait de son avance ? »
Posons-nous trois questions importantes :
I. 1996 : l’alerte et la vision : Pourquoi Paul Vergès identifie-t-il si tôt le changement climatique comme une question politique majeure ?
II. 2001-2010 : de la vision à l’action publique : Comment cette pensée s’est-elle traduite concrètement dans l’aménagement, les transports, la biodiversité, les énergies renouvelables et les réflexions sur les souverainetés ?
III. 2026 : trente ans après, qu’avons-nous fait de cette avance ? Avons-nous transformé cette anticipation en politiques durables ? Avons-nous perdu du temps ? Quelles politiques faut-il désormais remettre en perspective ?
Il y a 20 ans nous avions dix ans d’avance, aujourd’hui nous avons pris 30 ans de retard
Ce que Paul Vergès, Philippe Berne et bien d’autres scientifiques avaient anticipé à l’aube des élections législatives de 1996, est aujourd’hui une réalité au vu
- Des sécheresses que nous connaissons tous ici à la Réunion comme en Europe. De ces innombrables feux de forêts et la réduction massive de notre production agricole.
- De la fonte des glaciers terrestres, de l’assèchement des rivières et des principaux fleuves continentaux qui alimentent en eaux près de 4 Milliards d’humains.
- Des canicules et des tempêtes de plus en plus fréquentes
- Des cyclones de plus en plus fréquents et violents que nous aurons à connaître.
Ce qui doit être célébré ce 5 septembre 2026 n’est pas une appartenance politique, mais une capacité d’anticipation et une vision du territoire dont certaines intuitions se révèlent aujourd’hui plus que pertinentes.
Jules Dieudonné
Paul Vergès : 2016-2026
In kozman pou la rout
Étude de l’IEDOM
Mieux récupérer l’eau de pluie, entretenir et moderniser forages et canalisations
Exemple inspirant pour La Réunion
Projet de désindexation des pensions sur l’inflation
180 litres d’eau par jour par personne : droit dans le mur
À La Réunion l’école est obligatoire et doit être gratuite
Lutte des Chagossiens
Recrutement de travailleurs des pays voisins pour couper la canne pendant plusieurs mois
Protection bénéficiant à un pilier du néocolonialisme français à La Réunion
Une catastrophe se prépare dans l’indifférence