Plan d’austérité et menace d’intervention du FMI

Déficit de la France : les plus riches doivent rembourser leur dette à la société

28 août 2025, par Manuel Marchal

Le débat n’est donc plus seulement économique, il est profondément politique et moral : pourquoi faire supporter aux plus fragiles les conséquences d’une gestion budgétaire qui a surtout enrichi les plus puissants ? À l’heure où l’État demande des sacrifices massifs, la question s’impose avec force : n’est-il pas temps que les plus riches remboursent leur dette à la société ?

Le dernier « Rapport sur les riches en France » (édition 2024), publié par l’Observatoire des inégalités, dresse un constat implacable : la concentration du patrimoine dans les mains d’une minorité n’a cessé de s’accroître au détriment du reste de la population. D’après l’Insee, la part des 10 % les plus fortunés est passée de 41 % à 47 % du patrimoine des ménages entre 2010 et 2021. Un glissement qui illustre le creusement des inégalités, accentué par des choix politiques en matière fiscale.
La montée en puissance des grandes fortunes est spectaculaire. Selon le magazine Challenges, le poids des 500 plus grandes fortunes professionnelles a presque été multiplié par dix en vingt ans : de 124 milliards d’euros en 2003, elles culminent à 1 170 milliards en 2023. Derrière ces chiffres, ce sont les actionnaires et propriétaires des grands groupes français qui ont accumulé des fortunes colossales et un pouvoir économique considérable, souvent sans réelle contrepartie pour la société.

Effets des cadeaux fiscaux à la classe qui profite du travail des autres

Cette prospérité n’est pas un hasard. Jusqu’en 2018, les revenus financiers étaient taxés comme les salaires ou les loyers, avec un barème progressif pouvant atteindre 45 % au-delà de 150 000 euros annuels, auquel s’ajoutait 15,5 % de prélèvements sociaux. Mais la mise en place de la « flat tax » a changé la donne : désormais plafonné à 30 %, l’impôt sur le capital est devenu presque deux fois moins élevé. D’après l’Observatoire des inégalités, ce dispositif procure un gain annuel de 1 700 euros à ceux percevant 50 000 euros de revenus financiers, et jusqu’à 96 000 euros pour 400 000 euros de revenus — sans compter les bénéfices encore plus massifs pour les ultra-riches.
En réduisant volontairement ses recettes, l’État a creusé son propre déficit. Celui-ci sert aujourd’hui de justification à une cure d’austérité de 40 milliards d’euros, ciblant les services publics dont les plus riches n’ont guère besoin, les jeunes, les chômeurs et les retraités. Autrement dit, la collectivité paie le prix des cadeaux fiscaux consentis à une minorité privilégiée.

Les riches ont une dette envers la société qui leur permet d’être riches

Face aux critiques, un ministre a évoqué la menace d’une intervention du Fonds monétaire international. Mais l’expérience montre que lorsqu’un État est placé sous la tutelle du FMI, l’effort demandé repose avant tout sur les épaules des salariés, des retraités et des précaires, tandis que les grandes fortunes demeurent à l’abri.
Le débat n’est donc plus seulement économique, il est profondément politique et moral : pourquoi faire supporter aux plus fragiles les conséquences d’une gestion budgétaire qui a surtout enrichi les plus puissants ? À l’heure où l’État demande des sacrifices massifs, la question s’impose avec force : n’est-il pas temps que les plus riches remboursent leur dette à la société ?

M.M.

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