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Malgré tout ce qu’il a pu donner, le type de société en place à La Réunion montre toutes ses limites. Ce constat n’est pas nouveau. La création du Parti communiste réunionnais portait en elle-même la revendication de la responsabilité. Aujourd’hui, pour dépasser les limites de ce modèle, la solution du développement endogène est clairement évoquée par Paris. Quel sera son contenu ? C’est tout l’enjeu des luttes à mener, ainsi que des résultats des États généraux de l’Outre-mer.
19 mars 1946, les députés de l’Assemblée nationale votent à l’unanimité l’abolition du statut colonial. Cette loi prévoyait 9 mois après sa promulgation l’entrée en vigueur dans les "quatre vieilles" colonies, de la totalité des lois sociales de France, et par conséquent la reconnaissance du Réunionnais, comme l’égal du Français.
En 1946, la plupart des empires coloniaux sont encore une réalité présente sur tous les continents. Autant dire qu’à l’échelle du monde, cette loi est une révolution. Car le colonisé ambitionne de devenir l’égal du colonisateur, qui a droit à un des régimes sociaux les plus protecteur du monde, un régime de pays riche. Cette loi a donc une vocation progressiste, puisqu’à partir de l’égalité réalisée le 1er janvier 1947, tout le pays doit pouvoir se concentrer sur la bataille du développement.
Mais… Paris et ses alliés locaux ont tenté d’imposer une départementalisation au contenu réactionnaire. Sous couvert de ce statut, le gouvernement a pu organiser dès 1956 une répression contre l’expression du suffrage universel. Ce n’est que par la lutte que les Réunionnais ont pu obtenir le respect du suffrage universel, et l’application progressive d’une loi qui aurait pu tout changer dès 1947, mais qui a dû attendre plus de 50 ans pour produire totalement ses effets.
Les conséquences du sous-développement
Et pendant ces 50 ans, la marche de l’Histoire n’attendait pas le bon vouloir de Paris. L’intégration de l’économie réunionnaise dans l’ensemble français puis européen provoquait la ruine de milliers de travailleurs, et cela sans création de nouvelles filières équivalentes. Résultat, l’absence de politique de développement par ceux qui avait eu la responsabilité de prendre les décisions à l’époque a conduit le pays à la situation actuelle : un chômage massif, le manque de logement et la vie chère. Et dans vingt ans, la condition de la cohésion sociale se situera dans la capacité qu’aura notre société à garantir le plein emploi, un logement et des revenus décents à un million de Réunionnais.
Depuis le 19 mars 1946, le modèle mis en place par ceux qui ont freiné l’application de la loi a tourné le dos à un développement endogène. Entre l’époque coloniale et aujourd’hui, La Réunion exporte toujours quasiment les mêmes marchandises, tandis que les importations ont cru de manière très importantes, et essentiellement tournée vers un seul fournisseur : l’ancienne métropole.
Soyons acteurs de notre développement
Les récentes mobilisations dans tout l’Outre-mer, et en particulier à La Réunion ont placé sous les feux des projecteurs toutes les limites du modèle en place. Ces limites, les Réunionnais ne sont plus les seuls à constater pour leur pays. Même Paris les a déjà évoqué depuis plusieurs années à travers les discours de Jacques Chirac à Madiana en mars 2000 (1) et plus récemment de Nicolas Sarkozy devant les parlementaires de l’Outre-mer à l’Élysée le 19 février dernier (2). C’est ce 19 février que Nicolas Sarkozy a évoqué les États généraux de l’Outre-mer. Pour dépasser les limites du modèle existant, le président de la République propose « l’autonomie économique ».
En ce début de 21ème siècle se pose une certitude, plus rien ne sera jamais comme avant, et une interrogation, quel contenu placer dans le nouveau modèle. L’expérience de la départementalisation est là pour rappeler ce qu’il coûte aux Réunionnais d’abdiquer leurs responsabilités.
Or, nous avons déjà des atouts à faire valoir. Nous avons aujourd’hui des jeunes formés aux technologies de pointe. Avec la route des Tamarins, nous avons été capables de mener à bien un des plus grands chantiers de l’ensemble européen. Grâce au mot d’ordre d’autonomie énergétique, nous avons commencé à mettre en place une économie du développement durable. Placer La Réunion dans une stratégie de développement construite par les Réunionnais, c’est une démarche sans précédent dans l’Histoire, et cela peut être une manière de dépasser les limites du modèle actuel. Cela implique la responsabilité des Réunionnais, acteurs de leur développement.
Manuel Marchal
(1) « Les progrès économiques et sociaux ont été considérables. Ils furent permis par la départementalisation et, plus récemment, par l’égalité sociale.(…) Et pourtant, chacun le voit, le malaise subsiste. C’est d’abord celui qui résulte du chômage, que j’évoquais tout à l’heure. C’est celui de l’absence d’horizon et d’espoir, celui d’un assistanat qui humilie ».
(2) « Je crois que nous sommes arrivés à la fin d’un cycle historique en outre-mer. Nous n’apporterons pas de réponses appropriées si nous nous contentons d’accumuler des annonces financières et techniques ».
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