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28 juin 2018, par

Le vote unanime de la Délégation des Outre-mer en faveur d’un amendement de quatre députés réunionnais issus de quatre groupes politiques de l’Assemblée nationale a secoué une partie de la classe politique opposée à la responsabilité des Réunionnais. Mais d’où vient cette volonté de maintenir les Réunionnais dans un état d’infériorité et de s’accrocher à tout prix à un système qui perpétue chômage et pauvreté ?
La Réunion vit une situation sociale dramatique, avec plus de 40 % de Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté, un taux de chômage trois fois plus important qu’en France, plus de 110.000 illettrés, plus de la moitié des jeunes au chômage, des inégalités bien plus grandes qu’en France… notre île n’a pas les indicateurs d’un pays développé. C’est la conséquence du système en place. Mis en place au lendemain de la Seconde guerre mondial, il découle d’une départementalisation qui devait être progressiste, mais qui a été dévoyée par le pouvoir et la classe dominante de l’époque pour installer le néo-colonialisme au profit des capitalistes français.
Rapidement, une nouvelle génération de communistes avait constaté l’impossibilité de la départementalisation. Devant un tel échec, il apparaissait clairement que pour assurer le développement de La Réunion, il fallait changer le rapport avec la France pour que les Réunionnais s’occupent eux-mêmes des affaires les concernant. C’est le point de départ de la revendication d’autonomie, avec comme outil la création d’une assemblée unique dotée d’un conseil exécutif responsable devant elle, et comme instrument de lutte le Parti communiste réunionnais. C’était en 1959, 13 ans après le vote de la loi décolonisation officiellement La Réunion.
Mais pour la classe dominante, le développement de La Réunion signifiait le recul de la pauvreté et l’élévation du niveau de conscience de la population. Cela voulait dire que les pressions exercées par la violence physique et la corruption allaient devenir inopérantes pour se maintenir au pouvoir. Avec le soutien du pouvoir en place, une politique de répression allait donc être mise en place, afin d’éviter à tout prix le développement de La Réunion.
La question démographique est exemplaire sur ce point. Dans n’importe quel pays, les autorités de l’État mettent en place une politique pour créer des richesses à partir de la force de travail de la jeunesse. Cela amène donc à la création d’emplois et à la constitution d’une économie basée sur la production. Les richesses ainsi créées entraînent le développement d’infrastructures et de services et enclenchent un cercle vertueux. C’est ce pour éviter cela que fut organisé l’exil de la jeunesse.
Le but était de tenter de vider le pays de ses forces vives. Ce fut le BUMIDOM créé par Michel Debré. Le but était de faire de la jeunesse réunionnaise une main d’oeuvre bon marché pour une industrie française en manque de bras. Cette politique d’émigration alla jusqu’à l’enlèvement de jeunes enfants, qui étaient victimes d’un odieux trafic qui s’apparente à une traite d’êtres humains en bande organisée. Cette déportation de jeunes enfants en France fut connue par la suite sous le nom de l’affaire des Enfants de la Creuse. Mais à La Réunion, la résistance au BUMIDOM était plus forte qu’ailleurs. Le pouvoir s’attaqua alors aux femmes, en soutenant une politique d’avortements et de stérilisations forcés pratiqués dans la clinique du Docteur Moreau à Saint-Benoît.
Sur la plan économique, le chemin de fer, principal employeur, fut démantelé, tandis que le secteur de l’agriculture fut poussé à la ruine sous prétexte d’intégration à la France.
Sur le plan politique, le suffrage universel avait cessé d’exister, et la liberté d’expression était un combat quotidien. La répression fit des morts, et des militants communistes furent condamnés à la prison.
Malgré toutes ces actions, la volonté de développer La Réunion était toujours là. Elle s’est manifestée concrètement notamment par la mise en place d’un programme s’appuyant sur l’autonomie énergétique. Ceci permettait de relocaliser à La Réunion les emplois liés à l’énergie et à la mobilité. Chacun peut constater ce qu’il advint de ce projet, combattu par tous ceux qui n’avaient pas intérêt à ce qu’une alternative puisse libérer les Réunionnais du chômage, de la pauvreté et de toutes les pressions qui en découlent. Les chiffres parlement d’eux-mêmes. Depuis 2010, La Réunion a vu son nombre de chômeurs augmenter de plus de 50.000, pour dépasser 180.000 demandeurs d’emploi. 50.000, c’était le nombre de chômeurs en 1982, ce qui était déjà jugé intolérable par les progressistes.
La responsabilité pour les Réunionnais, c’est un moyen de tenter de développer La Réunion en amenant la décision au plus proche de la population, le but étant de sortir de l’impasse qui amène les indicateurs sociaux actuels. Mais le recul de la pauvreté va à l’encontre d’intérêts d’élus qui en ont besoin pour se maintenir au pouvoir.
M.M.
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