La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou à La Réunion :

Des millions pour étouffer la révolte qui couve chez le patronat, toujours rien pour les classes populaires

29 novembre 2025, par Manuel Marchal

La visite de Naïma Moutchou aura au moins le mérite de lever le doute : quand un ambassadeur de Paris vient dans notre pays, ce n’est jamais pour répondre aux urgences sociales, mais pour rassurer le patronat afin de compter sur l’aide de cette classe. Ce vendredi 28 novembre, en préfecture, la ministre a confirmé l’abandon du projet de réforme de la LODEOM, ces exonérations massives de cotisations patronales qui privent la Sécurité sociale de recettes mais garantissent au patronat local une tranquillité budgétaire. Pas de coup de rabot, donc. Le statu quo.

Un « combat gagné », s’exclame même la présidente du MEDEF Réunion, Katy Hoarau, ravie que le gouvernement plie face à la pression patronale. Pendant ce temps, aucun mot pour les travailleuses et travailleurs qui subissent la vie chère, les salaires bloqués, l’insécurité, l’explosion des prix de l’alimentation, du logement, du transport. Paris salue la « compétitivité », jamais la dignité.

Et ce n’est pas fini : la ministre promet désormais un travail « d’évaluation » territoire par territoire. On connaît la chanson. Des études, des rapports, des diagnostics… qui finissent toujours par justifier le maintien des cadeaux fiscaux, au nom d’un développement économique qui ne se traduit jamais dans le quotidien des familles populaires. Même le MEDEF reconnaît que ces exonérations créent des « trappes à bas salaires ». Mais plutôt que de relever les rémunérations, le gouvernement préfère consolider les marges des entreprises.

Système néocolonial basé sur la dépendance et les profits privés

Dans le même esprit, la ministre annonce aussi une exonération du malus écologique pour les pays comme La Réunion, réclamée par le Syndicat des importateurs. Là encore, on répond aux demandes du patronat et de la classe privilégiée par le système néocolonial qui la dote d’un pouvoir d’achat suffisant pour acheter de gros véhicules importés polluants — jamais à celles des citoyennes et citoyens qui respirent un air pollué, faute d’alternatives de transport accessibles, faute d’infrastructures publiques que Paris refuse de financer depuis des décennies.

Quand un représentant du lobby du tout-automobile explique que le modèle français ne peut s’appliquer tel quel ici, il a raison. Mais c’est oublier que l’absence d’infrastructures, d’usines de recyclage de batteries, de transports publics performants est d’abord le résultat de choix politiques. On déresponsabilise Paris pour mieux se féliciter de déroger aux règles nationales.

La ministre affirme vouloir « plaider pour les Outre-mer ». Dans les faits, elle plaide d’abord pour l’équilibre fragile d’un système néocolonial basé sur la dépendance et les profits privés. Elle dit refuser « d’ajouter de la fragilité à la fragilité ». Mais c’est précisément ce que produit la poursuite de ces dispositifs, qui creusent les inégalités et maintiennent une majorité de la population dans l’insécurité sociale.

La majorité reste abandonnée

Le gouvernement promet de « lutter contre la fraude », de « faire des économies ». Jamais il ne parle de lutter contre la vie chère causée par la surrémunération versée par l’Etat, de renforcer les services publics, d’augmenter les bas salaires, de garantir le droit au logement, de soutenir les familles pauvres par la création d’activités génératrices de revenus, de protéger les jeunes victimes du chômage de masse.

En réalité, cette visite ressemble à tant d’autres : un déplacement éclair, quelques annonces calibrées pour calmer le patronat local, et un silence assourdissant sur les besoins réels de la population. Une preuve de plus que, pour Paris, La Réunion n’est pas un pays à développer mais à stabiliser — tant que l’argent public peut acheter la paix sociale.

Et pendant ce temps, les classes populaires continuent de payer la note.

M.M.

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