Les Réunionnais auraient-ils déjà oublié ?

Édouard Philippe à La Réunion : quelle solidarité avec les travailleurs victimes de la répression des « gilets jaunes » ?

25 août, par Manuel Marchal

Édouard Philippe vient à La Réunion en candidat à la présidentielle, comme s’il était un homme neuf. Mais il fut le Premier ministre de Macron pendant la répression des Gilets jaunes, portant la responsabilité politique d’une stratégie de maintien de l’ordre qui fit de nombreux blessés et mutilés. La Réunion avait elle aussi subi cette répression. Quelle solidarité aujourd’hui avec les travailleurs victimes de ces violences ? L’absence de manifestation pour dénoncer sa venue interroge. Les Réunionnais auraient-ils déjà oublié ?

Édouard Philippe vient à La Réunion comme un homme neuf. Pourtant, il fut le Premier ministre d’Emmanuel Macron lorsque le mouvement des Gilets jaunes fut confronté à une répression d’une ampleur exceptionnelle. C’est sous son gouvernement que fut menée une grande partie de la « sale besogne » : maintenir l’ordre par la force face à une mobilisation populaire qui dénonçait la vie chère, les inégalités et l’injustice sociale.

Violente répression

Le bilan de cette période reste lourd. Des milliers de personnes furent blessées, certaines grièvement. Des manifestants furent éborgnés, mutilés, victimes de tirs de LBD ou de grenades. Les forces de l’ordre furent elles aussi blessées. L’Assemblée nationale a documenté l’ampleur des affrontements et des violences survenues en 2018 et 2019.
Édouard Philippe était le chef du gouvernement. C’est lui qui portait la responsabilité politique de la stratégie de maintien de l’ordre décidée par l’exécutif. En décembre 2018, alors que la mobilisation atteignait son sommet, il était encore à Matignon lorsque le gouvernement déployait un dispositif policier massif pour contenir la contestation.
La Réunion aussi a payé un lourd tribut. Ici, le mouvement avait pris une dimension particulière, révélant une réalité sociale que les responsables politiques français préfèrent souvent oublier : salaires insuffisants, chômage massif, pauvreté, prix élevés et sentiment d’abandon. Les barrages et les mobilisations avaient paralysé l’île. La réponse de l’État fut également marquée par des tensions et des violences avec le déploiement de nombreux policiers anti-émeute venus de France et un couvre-feu pour protéger la grande distribution et les concessionnaires automobiles de la révolte et pour garantir l’approvisionnement en carburant des stations-service.

Où est la mobilisation pour rappeler la réalité ?

Alors, lorsque l’ancien Premier ministre revient aujourd’hui faire campagne à La Réunion, une question devrait s’imposer : quelle solidarité avec les travailleurs et les citoyens victimes de cette répression ?
Édouard Philippe peut vouloir se présenter comme un homme d’avenir. Mais pour celles et ceux qui ont été blessés, arrêtés ou brutalisés, il appartient aussi à une histoire récente. On ne peut effacer un bilan politique simplement en changeant de costume et en se présentant comme candidat à la présidentielle française.
Il est surtout étonnant qu’aucune grande mobilisation ne soit organisée pour rappeler cette réalité à l’occasion de sa venue.

Les Réunionnais ont-ils perdu la mémoire ?

Cette absence de réaction interroge. Les Réunionnais ont-ils perdu la mémoire ? Ou bien considère-t-on qu’un responsable politique venu solliciter les suffrages pour être le numéro un de l’ancienne métropole peut bénéficier, quelques années plus tard, d’une amnésie générale ?
La question mérite d’être posée. Car la démocratie ne consiste pas seulement à accueillir les candidats lorsqu’ils viennent chercher des voix. Elle consiste aussi à leur demander des comptes sur les décisions qu’ils ont prises lorsqu’ils détenaient le pouvoir.

M.M.

A la Une de l’actuPrésidentielle 2027

Portfolio


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus