Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
À la veille de la manifestation organisée par des élus devant la préfecture
21 mai, par

Le président de la République a fait venir le préfet de La Réunion à Paris. Il le félicite et le décore publiquement. A la veille de la manifestation des élus, le message est clair : les PEC, c’est la politique de l’État ! La position des élus relève soit de promesses électorales, soit d’un manque de lucidité sur le bilan de 80 ans de dérives néo-coloniales.
Hier devant la Préfecture, les 24 maires de La Réunion, accompagnés de la Région et du Département, ont tenté de faire pression sur l’État français après l’annonce d’une baisse importante de l’argent de la France consacré au financement des contrats aidés dans les collectivités de La Réunion. Quelques centaines de personnes ont répondu à leur appel lancé de longue date. De 10 000 PEC à temps partiel, sous-payés, subventionnés par la France en 2025, le nombre tombe à 4 000 en 2026. Sur ce total, 1 700 sont réservés au Département, 250 aux emplois verts de la Région, 1 000 aux associations et 800 à répartir entre les 24 maires. D’emblée, les Communes sont malmenées. Pourquoi ?
Cette décision révèle surtout la fragilité d’un système installé depuis des décennies. Comme le soulignait le PCR après les dernières élections municipales, « la baisse des transferts publics » liée à la crise budgétaire française marque probablement la fin d’une époque : celle de « l’argent facile » injecté pour maintenir sous perfusion les collectivités locales et acheter la paix sociale.
Le fonctionnement des services publics repose largement sur ces emplois précaires, payés à temps partiel et financés par l’argent public venu de France. Dans les écoles, les cantines, les services techniques ou l’accompagnement social, ces travailleurs accomplissent des tâches indispensables. Sans eux, c’est toute la continuité du service public qui vacille.
L’Etat a une lecture différente car, non seulement il diminue le nombre, il réduit aussi sa prise de participation, obligeant les exécutifs des Collectivités à contribuer à 60 %. Compte tenu de ce ratio, la question est la suivante : les PEC sont-ils une politique d’État ou des Collectivités ? Le paradoxe, c’est que plus tu en demandes, plus tu dois payer. Pour l’État, les Collectivités ont donc de l’argent pour financer leurs besoins en emplois. Et, ce n’est pas un hasard si le Préfet a publié la répartition de la Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) versée par la France pour aider les collectivités réunionnaises à payer les salaires de leurs agents. L’État souligne que, globalement, sa part n’a pas diminué voire augmenté et La Réunion perçoit, par habitant, un tiers de plus qu’en France.
Cette dépendance est liée à l’histoire. Les communes réunionnaises sont un héritage de la société esclavagiste. À l’époque coloniale, les territoires communaux correspondaient aux regroupements de plantations concédées par la France aux esclavagistes. Le pouvoir local appartenait alors aux plus riches propriétaires d’esclaves. Après l’abolition, cette domination s’est maintenue sous d’autres formes. La Réunion n’a jamais connu de rupture profonde avec les structures héritées de l’ordre colonial. Cela a installé un système néocolonial fondé sur la dépendance financière envers Paris, tandis que l’économie productive réunionnaise était progressivement détruite. Résultat : un chômage de masse durable, installé depuis plus d’un demi-siècle.
Face à cette situation, l’État français a utilisé les communes comme instrument de « traitement social du chômage ». En échange de subventions, les maires embauchaient temporairement des chômeurs afin de préserver une paix sociale indispensable aux intérêts économiques et militaires français dans l’océan Indien. Les emplois aidés étaient nés.
Très vite, ce mécanisme est devenu un outil politique. Attribution des contrats selon les fidélités électorales, favoritisme, pressions sur les familles : le système a nourri une culture de dépendance et de clientélisme. Des promesses d’emplois servaient de monnaie d’échange pour obtenir des soutiens politiques.
Aujourd’hui, cet édifice se fissure. Avec seulement 800 contrats pour l’ensemble des communes, il devient impossible de continuer les pratiques du passé. Ce qui représentait autrefois le quota d’une seule municipalité devra désormais être partagé entre 24 maires. Beaucoup de promesses électorales ne pourront plus être tenues.
Cette crise pose une question fondamentale : celle du droit à un véritable emploi. Les collectivités ne peuvent continuer à faire fonctionner des services essentiels grâce à des contrats précaires et sous-payés. Les besoins existent. Ils nécessitent des recrutements stables dans la fonction publique territoriale, avec des salaires conformes aux statuts et des perspectives durables.
Cela impose une remise en cause profonde des priorités politiques. Les dépenses de prestige, les recrutements clientélistes et les promesses irréalistes devront céder la place à une gestion tournée vers l’intérêt général.
La fin progressive du système des emplois aidés peut ainsi marquer un tournant historique. En affaiblissant le clientélisme et la dépendance, elle peut ouvrir la voie à des pratiques politiques plus démocratiques et à une prise de conscience collective : La Réunion ne pourra construire son avenir qu’en rompant avec les mécanismes hérités de la colonisation et de l’assistanat institutionnalisé.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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