Nouvelle alerte sur l’argent facile venu de France

Emplois aidés : pas de nouvelle de l’argent de Paris, l’inquiétude progresse

31 mars, par Manuel Marchal

À La Réunion, les emplois aidés restent suspendus au bon vouloir de Paris. Aucun quota 2026 des PEC, aucun arrêté préfectoral : l’État laisse planer l’incertitude sur des centaines de contrats. Derrière les chiffres, ce sont des parcours brisés et des structures fragilisées. Cette dépendance financière révèle l’impasse d’un traitement social du chômage organisé par un système néocolonial qui entretient précarité et clientélisme.

Réunie le 26 mars sous la présidence d’Huguette Bello, la Commission Permanente de la Région Réunion a adopté une motion sur la situation des Parcours Emploi Compétences (PEC). « Le constat est grave : à ce jour, les quotas de PEC pour 2026 n’ont pas été notifiés à La Réunion, et aucun arrêté préfectoral ne fixe le niveau de participation financière de l’État.
Les premiers chantiers « Emplois verts » arrivent pourtant à échéance dès avril et mai 2026. En avril, 25 PEC et 3 encadrants sont concernés ; en mai, 105 PEC et 11 encadrants. Derrière ces chiffres, il y a des familles, des associations, des collectivités et des quartiers entiers qui dépendent de ces contrats pour maintenir des activités d’utilité sociale et environnementale.
L’absence de visibilité sur le renouvellement des PEC fait peser un risque immédiat d’interruption des actions engagées. Elle menace la continuité des parcours d’insertion, fragilise les structures porteuses, expose à la dégradation des sites entretenus et remet en cause un dispositif désormais intégré aux politiques publiques locales. »

Les collectivités devenues gestionnaires d’un traitement social du chômage produit par un système néocolonial

Mais au-delà de l’urgence budgétaire, cette situation révèle une réalité plus profonde : les collectivités sont devenues les gestionnaires d’un traitement social du chômage produit par un système néocolonial. À La Réunion, le chômage de masse n’est pas un accident. Il est le résultat d’un modèle économique dépendant, structuré par des décisions prises ailleurs, où l’essentiel des leviers stratégiques échappe au pays.

Dans ce contexte de sous-développement organisé, les emplois aidés jouent un rôle ambigu. Ils permettent à des milliers de Réunionnais d’accéder temporairement à une activité, à un revenu, à une forme de reconnaissance sociale. Mais ils restent précaires, mal rémunérés, et conditionnés aux arbitrages financiers de Paris. Les collectivités attendent l’argent de l’État pour financer des contrats de courte durée, sans garantie de pérennisation.

Coruption et chantage à l’emploi…

Cette dépendance crée un terrain propice aux dérives. Dans un système où la rareté de l’emploi structure la vie sociale et politique, la promesse d’un contrat aidé peut devenir un outil de pression ou de séduction électorale. À l’approche des municipales, les engagements d’embauche se multiplient. On distribue des espoirs comme des tracts. Le vote devient une monnaie d’échange implicite. Des élections ont déjà été annulées quand ce clientélisme était trop flagrant.

Lorsque l’argent arrive, le clientélisme prospère. Lorsqu’il tarde, l’illusion se fissure. Ceux qui ont cru à la promesse risquent la désillusion. Ceux qui ont bâti leur pouvoir sur la distribution de contrats précaires se retrouvent fragilisés. Les corrupteurs nont plus qu’à vivre cachés, à abandonner leur adresse et à ne plus apparaître dans la Mairie dont il croyait qu’elle était leur bien personnel. Un système fondé sur la dépendance financière et la gestion discrétionnaire de la misère ne peut produire ni démocratie ni développement durable.

Une instance paritaire pour gérer en transparence sans corruption

Sortir de cette logique exige un changement radical de gouvernance. Depuis longtemps, le Parti Communiste Réunionnais propose que les fonds consacrés au traitement social du chômage — salaires des emplois aidés, RSA — soient gérés en toute transparence par une instance paritaire. Cette instance regrouperait des représentants des chômeurs, des syndicats, des employeurs (associations, collectivités, patronat, État) et des financeurs (collectivités, État, associations de contribuables et de consommateurs).
Une telle structure aurait pour mission de décider, sur la base de critères objectifs et publics, des postes à créer et à pérenniser. Les décisions devraient être motivées, contrôlables, évaluées. Les emplois financés ne seraient plus des variables d’ajustement budgétaire ni des instruments électoraux, mais les briques d’une stratégie de développement au service du pays.

Gisements d’emplois d’intérêt public

La pérennisation des postes doit devenir la règle et non l’exception. Former, insérer, accompagner pour ensuite renvoyer au chômage ne peut constituer un horizon. Les besoins sont immenses : protection de l’environnement, services à la personne, entretien des espaces publics, médiation sociale. Ces activités répondent à l’intérêt général et justifient des emplois stables.
Lutter contre la corruption et le clientélisme, caractéristiques des sociétés maintenues dans le sous-développement, passe par la transparence et la responsabilité. Lutter contre le chômage de masse, responsable de la pauvreté et de l’exclusion, suppose de rompre avec la logique d’assistance précaire pour construire une véritable politique de création d’emplois durables.
Aux gestionnaires actuels du traitement social du chômage, cet avis est clair : l’attente de l’argent de Paris ne peut tenir lieu de projet. La dignité du peuple réunionnais exige des institutions capables d’organiser elles-mêmes, en toute transparence, la transformation des dépenses sociales en leviers de développement. C’est à cette condition que l’on pourra tourner la page d’un système de dépendance et ouvrir celle de la responsabilité.

M.M.

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