Plus de demandeurs d’emploi que de salariés du privé et impact des guerres

Face à l’impasse, l’urgence d’une Conférence territoriale élargie pour construire l’avenir de La Réunion

5 août, par Manuel Marchal

Les derniers chiffres de l’emploi confirment l’impasse dans laquelle se trouve La Réunion : plus de demandeurs d’emploi que de salariés du secteur privé, une économie toujours plus dépendante des importations et des crises internationales qui menacent les approvisionnements. Face à cette réalité, l’urgence n’est plus de gérer les conséquences d’un système à bout de souffle, mais de réunir toutes les forces vives du pays dans une Conférence territoriale afin de construire un projet réunionnais capable de sortir durablement du sous-développement.

La Réunion ne peut plus attendre. Les chiffres du chômage, la fragilité de son économie et les crises internationales montrent qu’il est devenu indispensable de rassembler toutes les forces vives du pays afin de bâtir un nouveau modèle de développement. Une Conférence territoriale réunionnaise pourrait ouvrir cette voie en réunissant tous ceux qui veulent sortir durablement La Réunion du sous-développement.

209000 inscrits à France Travail pour 200000 salariés

Les dernières statistiques publiées par l’Urssaf-CGSS et France Travail illustrent l’ampleur du défi. Le secteur privé compte désormais 200 020 salariés, franchissant pour la première fois le seuil des 200 000 emplois. Mais dans le même temps, plus de 209 000 Réunionnaises et Réunionnais sont inscrits à France Travail.
Autrement dit, La Réunion compte aujourd’hui plus de demandeurs d’emploi que de salariés du secteur privé. Une telle situation traduit l’échec d’un système incapable d’assurer le droit au travail à une grande partie de la population.
Les difficultés ne peuvent être imputées au prétendu « coût du travail », régulièrement invoqué par le patronat. Le salaire moyen dans le privé atteint seulement 2 487 euros par mois, soit près de 600 euros de moins qu’en France. Dans de nombreuses entreprises, les conventions collectives ne sont pas pleinement appliquées alors que l’État finance une part importante des cotisations sociales des employeurs. Malgré ces aides publiques considérables, les rémunérations restent faibles tandis que les fonctionnaires bénéficient, eux, d’une surémunération de 53 % garantie par la loi.

Impact des guerres

À cette crise structurelle s’ajoute désormais un contexte international particulièrement préoccupant. La guerre en Ukraine continue de perturber les exportations de céréales de la mer Noire. Les tensions autour de l’Iran menacent le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le pétrole mondial. Si les conflits s’étendent durablement à la mer Rouge et au canal de Suez, c’est toute la principale route maritime reliant l’Europe à l’océan Indien qui pourrait être déstabilisée.
Pour La Réunion, ces crises sont loin d’être théoriques. L’essentiel des produits alimentaires, les carburants, les engrais, les médicaments, les équipements médicaux, les pièces détachées ou encore les matériaux de construction arrivent par bateau depuis d’autres continents. Chaque perturbation des échanges internationaux entraîne des hausses de prix et accroît les risques de pénuries.
Cette vulnérabilité révèle les limites d’un système économique fondé depuis des décennies sur la dépendance aux importations, aux transferts publics de la France et aux décisions prises à Paris. Un système qui privilégie les circuits d’importation plutôt que la création de richesses locales, laisse se multiplier les faillites d’entreprises et condamne chaque année des milliers de jeunes au chômage ou à la précarité.

Ne pas seulement tenter de corriger le système responsable du sous-développement

Face à une telle impasse, il n’est plus temps d’ajuster un modèle qui a démontré son incapacité à assurer le développement du pays. L’urgence est d’organiser une grande concertation des Réunionnaises et des Réunionnais de bonne volonté afin de définir collectivement une autre voie.
Cette concertation pourrait prendre la forme d’une Conférence territoriale réunionnaise, ouverte à toutes les forces vives : partis politiques, organisations syndicales, associations, élus, acteurs économiques, universitaires, chercheurs et citoyens porteurs de propositions. L’objectif serait de confronter les analyses, de débattre sans exclusive et de construire un projet partagé pour remettre en cause le système actuel.

La Conférence territoriale élargie devient une nécessité

Produire davantage à La Réunion, développer la souveraineté alimentaire, énergétique et industrielle, transformer les ressources locales, renforcer les coopérations avec les pays voisins de l’océan Indien et créer les dizaines de milliers d’emplois indispensables : ces orientations existent déjà. Il reste à les mettre en commun, à les enrichir et à les traduire en décisions. Face aux crises qui s’accumulent, une Conférence territoriale élargie aux forces vives n’est plus une option. Elle devient une nécessité pour permettre aux Réunionnais de reprendre en main leur avenir

et ne pas redevenir les habitants d’un des pays les plus pauvres du monde miné par la malnutrition, la violence et la corruption, comme l’était La Réunion avant la création du Parti communiste réunionnais.

M.M.

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