Face à la menace d’une crise globale à La Réunion, le silence inquiétant des élus réunionnais
28 juillet, parImpact de conflits lointains dans un pays insulaire dépendant de lointaines importations
Impact de conflits lointains dans un pays insulaire dépendant de lointaines importations
28 juillet, par

Les conflits qui s’aggravent en Ukraine et au Moyen-Orient ne sont pas des événements lointains sans conséquence pour La Réunion. Ils menacent directement l’approvisionnement de l’île en céréales, carburants, engrais, médicaments et marchandises essentielles. Or, aucune grande concertation n’est engagée pour préparer le pays à cette nouvelle crise. La Réunion doit anticiper au lieu de subir. Il ne s’agit plus seulement de gérer une hausse temporaire des prix mais d’organiser le pays pour faire face à des crises qui pourraient se prolonger en raison de la guerre lancée par Trump pour maintenir le dollar comme monnaie d’échange du commerce international et pour s’accaparer les matières premières.
Les tensions internationales s’accumulent. La guerre en Ukraine continue de perturber les exportations de céréales de la mer Noire tandis que les combats impliquant l’Iran font peser une menace sur le détroit d’Ormuz, passage d’environ un cinquième du pétrole mondial. Si ce conflit venait à s’étendre durablement à la mer Rouge et au canal de Suez, c’est toute la principale route maritime reliant l’Europe à l’océan Indien qui serait déstabilisée.
Pour La Réunion, ces conflits lointains concernent directement le quotidien.
La majeure partie de la nourriture consommées vient d’autres continents : Europe, Asie du Sus-Est, Australie. Les carburants arrivent exclusivement par bateau. Une grande partie des engrais utilisés par les agriculteurs est importée, tout comme les médicaments, les équipements médicaux, les pièces détachées des machines et véhicules ou les matériaux de construction.
La moindre perturbation des chaînes logistiques internationales se traduit donc rapidement par une augmentation des prix et par un risque de rupture d’approvisionnement.
Les bombardements contre les ports ukrainiens réduisent les exportations de blé tandis que les épisodes de sécheresse affectent également les récoltes européennes.
Conséquence : le prix mondial des céréales repart à la hausse. En effet, si La Réunion n’importe pas directement son blé d’Ukraine, elle achète sur le marché mondial, les Réunionnais ne sont pas des acheteurs prioritaires et ne peuvent influencer les cours mondiaux. Les fabricants de farine paient leur matière première plus cher et cette hausse finit par toucher le prix du pain, des pâtes, de la farine.
L’alimentation des animaux d’élevage vient de continents lointains, là aussi des hausses sont à craindre, répercutées dur les prix de la viande, des œufs et du lait.
Dans le même temps, une aggravation de la guerre contre l’Iran entraînera une nouvelle hausse des prix du pétrole et des carburants. Le coût du transport maritime augmentera à son tour, renchérissant toutes les importations.
À ces difficultés s’ajoutera celle des engrais. Leur fabrication dépend largement d’hydrocarbures et une part importante des exportations mondiales transite par le Golfe. Les exploitations agricoles réunionnaises verront leurs coûts de production augmenter, avec un impact sur les prix des productions locales.
Ainsi, une crise militaire à plusieurs milliers de kilomètres pourrait rapidement se transformer en crise sociale à La Réunion.
Le scénario le plus préoccupant est une extension du conflit vers la mer Rouge.
Les navires reliant l’Europe à La Réunion devraient alors contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
Ce détour allongerait les trajets de plusieurs milliers de kilomètres, immobiliserait davantage les porte-conteneurs, réduirait leur disponibilité et ferait exploser les coûts du fret.
Les délais d’acheminement augmenteraient de plusieurs semaines.
Les produits les plus sensibles concernés sont les médicaments spécialisés, certains dispositifs médicaux, les produits alimentaires transformés, les pièces industrielles ou encore les matériaux indispensables à l’activité économique.
Une pénurie généralisée n’est pas impossible, mais des ruptures ponctuelles deviendront beaucoup plus probables si les perturbations devaient durer.
Ces crises mettent surtout en lumière une faiblesse ancienne de l’économie réunionnaise.
Depuis des décennies, le développement de l’île repose sur un système dépendant des importations venues d’autres continents, source de profits pour le système néo-colonial.
L’alimentation, l’énergie, les médicaments, les intrants agricoles et une grande partie des biens de consommation proviennent de milliers de kilomètres.
Chaque crise internationale rappelle la fragilité de ce système.
La pandémie de Covid-19 avait déjà montré combien l’approvisionnement maritime pouvait devenir un facteur de vulnérabilité. Les conflits actuels confirment que cette dépendance n’est plus seulement un enjeu économique : elle entretient l’insécurité sur l’approvisionnement et le prix des produits de première nécessité
Face à ces menaces, un silence étonnant domine le débat public.
Les collectivités locales, pourtant responsables de nombreux domaines touchant au développement économique, à l’agriculture, aux transports ou à l’aménagement du territoire, ne semblent pas avoir engagé de réflexion publique sur les conséquences possibles de ces crises.
Aucun plan de résilience n’est débattu devant la population.
Aucune conférence territoriale exceptionnelle ne réunit les collectivités, les services de l’État, les chambres consulaires, les organisations professionnelles, les syndicats, les chercheurs et les associations afin d’évaluer les risques et de définir des priorités.
Pourtant, attendre que la crise éclate pour agir sera une erreur lourde de conséquences.
La Réunion dispose pourtant d’atouts importants.
Son agriculture peut encore se diversifier. Les coopérations avec Madagascar, malgré l’insécurité et l’instabilité politique dans ce pays, Maurice, les Comores et les pays d’Afrique australe peuvent être renforcées. Les énergies renouvelables, la production locale d’engrais organiques, la valorisation des déchets, la constitution de stocks stratégiques de médicaments et de produits alimentaires essentiels sontdes propositions qui méritent d’être débattues.
Mais ces choix supposent une volonté politique et une vision de long terme.
Les crises qui secouent aujourd’hui le monde rappellent une évidence : un pays insulaire de près d’un million d’habitants ne peut continuer à dépendre presque entièrement de chaînes d’approvisionnement mondialisées sans se préparer aux ruptures.
Le moment est venu d’ouvrir une grande concertation réunionnaise sur la sécurité alimentaire, énergétique, sanitaire et logistique du territoire.
Il ne s’agit plus seulement de gérer une hausse temporaire des prix. Il s’agit d’organiser le pays pour faire face à des crises qui pourraient se prolonger en raison de la guerre lancée par Trump pour maintenir le dollar comme monnaie d’échange du commerce international et pour s’accaparer les matières premières.
M.M.
Impact de conflits lointains dans un pays insulaire dépendant de lointaines importations
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