Rapport de l’Inspection générale des finances

Fonction publique : après les primes, la surrémunération dans le viseur ?

12 août, par Manuel Marchal

Le rapport de l’Inspection générale des finances sur les primes et indemnités de la fonction publique de l’État pourrait ouvrir un débat que Paris et les privilégiés du système néocolonial cherchent à éviter depuis plusieurs années : celui de la surrémunération des fonctionnaires dans les anciennes colonies françaises devenues départements français. Alors que l’État veut réduire ses dépenses, combien de temps ce dispositif restera-t-il sanctuarisé ?

En 2025, les primes et indemnités versées aux agents de l’État ont représenté 19 milliards d’euros, soit 25 % de leur rémunération, contre 20 % en 2015. Depuis 2014, l’État a pourtant engagé une rationalisation des régimes indemnitaires, notamment avec le RIFSEEP et la NPRM. La multiplication des dispositifs a été freinée, mais la facture a continué de progresser sous l’effet des revalorisations générales et des mesures catégorielles.
L’IGF recommande désormais de poursuivre cette rationalisation. Elle propose notamment de revoir régulièrement les primes existantes et de conditionner la création d’une nouvelle prime à la suppression d’une autre. Quatre dispositifs sont directement ciblés : indemnité de résidence à l’étranger, indemnité compensatrice de la hausse de la CSG, indemnité de télétravail et forfait mobilités durables.

Une grande absente apparaît alors : la surrémunération

Cette absence ne signifie pas que le sujet est ignoré à Paris. En 2023, la Cour des comptes avait estimé à environ 1,5 milliard d’euros par an les compléments de rémunération des fonctionnaires de l’État et des militaires dans les anciennes colonies intégrées à la République. Elle avait souligné la complexité du système et ses effets inégalitaires. Mais depuis 2017, les pouvoirs publics se sont engagés à ne pas remettre en cause ces régimes.
Cette protection politique pourrait toutefois devenir de plus en plus difficile à maintenir. Si l’État passe au crible les primes au nom de la maîtrise des dépenses publiques, la question viendra nécessairement : pourquoi certaines indemnités doivent-elles être supprimées ou réformées tandis que la surrémunération reste intouchable ?
À La Réunion, l’enjeu dépasse largement le traitement des fonctionnaires. La surrémunération constitue un rouage essentiel du modèle économique, le néocolonialisme. Elle soutient le pouvoir d’achat d’une partie de la population, mais contribue aussi à une économie fortement dépendante des transferts publics et des revenus distribués par l’État.
Le débat sur les primes est lancé en France. Il finira par atteindre la surrémunération. La vraie question sera alors de savoir si Paris acceptera de remettre en cause un des piliers du système néocolonial à La Réunion, ou s’il cherchera une nouvelle fois à le préserver pour maintenir La Réunion dans le sous-développement et la dépendance.

M.M.

A la Une de l’actuImpasse du système néocolonial

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