Un rêve parisien pour freiner l’émergence du Sud global dont fait partie La Réunion

« France de l’océan Indien » : illusion pour maintenir La Réunion dans le sous-développement

2 décembre 2025, par Manuel Marchal

La notion d’une « France de l’océan Indien » dissimule des tensions persistantes. Elle repose sur des territoires contestés (les « îles Éparses » et Mayotte), une base militaire gratuite à La Réunion devenue cruciale après les retraits français d’Afrique, et une décolonisation inachevée de La Réunion, minée par un chômage record. Cette illusion parisienne est remise en question par des appels à une intégration le « Sud global », face aux promesses non tenues du néocolonialisme français et de l’hégémonie occidentale.

L’illusion France océan Indien vise à couper La Réunion de sa réalité africaine pour la maintenir dans le sous-développement afin de préserver à moindre coût une base militaire française en Afrique

La Réunion et l’océan Indien : Le « fait accompli » français face aux remises en question

« France de l’océan Indien devenue une réalité politique, stratégique et humaine », a affirmé une ambassadrice du gouvernement français en voyage à La Réunion récemment, en réalité ce n’est qu’une illusion entretenue par Paris. l’illusion néocoloniale France océan Indien se compose de La Réunion, pays où la France imposa le régime raciste de l’esclavage et qui accueille gratuitement une des dernières bases militaires française en Afrique, de territoires comoriens et malgaches occupés illégalement par Paris depuis le retour à l’indépendance des Comores et de Madagascar, d’îles de l’océan Austral dont les ressources continuent d’être pillées par les Européens.

« La France de l’océan Indien est devenue une réalité politique, stratégique et humaine. » Cette affirmation, récemment prononcée par une représentante du gouvernement français en visite à La Réunion, aspire à dessiner les contours d’une communauté de destin unie. Pourtant, derrière cette déclaration se cache une réalité bien plus complexe et contestée. Elle réveille les fantômes du passé colonial, interroge la légitimité d’une présence militaire en recomposition et expose les tensions entre une intégration proclamée et les aspirations d’une population confrontée à des défis socio-économiques persistants.

L’illusion d’empire et « confettis » stratégiques

L’idée d’une France unie et naturelle dans l’océan Indien bute d’abord sur des contentieux territoriaux non résolus. La notion d’« îles Éparses », ces petits territoires comme Tromelin, Bassas da India ou les Glorieuses, incarne ce cettefriction. Bien que rattachées administrativement aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) par une loi de 2007 pour « asseoir [la] souveraineté » française, leur statut est vivement contesté. Maurice revendique Tromelin en s’appuyant sur le Traité de Paris de 1814, tandis que Madagascar et les Comores considèrent d’autres îles (Mayotte) comme parties intégrantes de leur territoire national. Paris présente parfois ces territoires comme les reliques d’un empire révolu, de simples « poussières d’empire » ou des « confettis » sans grande importance.

Cette minimisation contraste avec leur valeur stratégique évidente, qui permet à la France de revendiquer de vastes zones économiques exclusives, riches en ressources halieutiques et potentielles hydrocarbures. Cet entre-deux — ni pleinement assumé comme héritage colonial, ni restitué — nourrit un sentiment d’injustice et jette une ombre sur le discours d’une « réalité » pacifiée.

Présence militaire française en Afrique : dernier bastion à La Réunion

Le volet stratégique de cette « réalité » repose largement sur la présence militaire. La Réunion est présentée comme un pivot de l’Axe indo-pacifique, une construction géostratégique occidentale. Cette importance est décuplée dans un contexte de retrait massif des forces françaises du continent africain. En effet, la France a récemment rétrocédé ses bases en Côte d’Ivoire (février 2025) et au Sénégal (juillet 2025), après avoir fait l’objet d’une procédure d’expulsion par le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Aujourd’hui, elle ne conserve plus que deux bases permanentes en Afrique continentale : à Djibouti (environ 1 500 hommes) et au Gabon (environ 350 hommes), en plus des installations à Mayotte et à La Réunion
. Dans ce paysage, La Réunion, département français dans l’hémisphère sud, devient donc l’une des dernières bases militaires françaises à vocation régionale. Cette situation place les Réunionnais dans une position ambiguë : celle de citoyens français dont le territoire est instrumentalisé pour des logiques géopolitiques qui peuvent sembler éloignées de leurs préoccupations quotidiennes. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye résumait ainsi la contradiction perçue par beaucoup : « Est-ce qu’en tant que Français, vous envisagez de nous voir dans votre pays, avec des chars, des militaires sénégalais ? », avait-il dit le 28 novembre 2024, à quelques jours de la célébration du 80e anniversaire du massacre des tirailleurs sénégalais tués le 1er décembre 1944 à Thiaroye, selon la BBC.

Décolonisation inachevée : Entre chômage, pauvreté et surrémunération 

Sur le plan humain et politique, le récit de la décolonisation réussie est mis à l’épreuve par une réalité sociale tendue. La Réunion est le département où le taux de chômage est le plus élevé, où la précarité et le coût de la vie sont des sujets de préoccupation majeurs, avec une surrémunération voulue par la France pour créer une classe sociale dominante dévouée à Paris au détriment d’un développement endogène.

Face à ces défis, il est logique d’imaginer d’autres futurs, notamment un rapprochement avec le « Sud global » dont fait partie La Réunion, île africaine. La coopération sino-africaine est parfois présentée comme une alternative, capable de répondre aux pénuries de logements et d’emplois et au sous-développement des transports par des investissements massifs et des transferts de technologies.
Des projets comme la construction de milliers de logements et de kilomètres de routes et voies ferrées en Afrique par des groupes chinois sont mis en avant.

Tenir compte de la réalité

Finalement, la « France de l’océan Indien » n’existe pas. C’est une illusion illustrant la volonté de Paris d’utiliser des territoires non décolonisés pour renforcer l’Axe indo-pacifique, construction occidentale qui vise à contrer le développement de la Chine. La question posée n’est peut-être pas tant de savoir si les Réunionnais « accepteront » ou se « réveilleront » dans un sens radical, mais comment notre société complexe et créole pourra négocier sa place singulière. Notre avenir pourrait se jouer dans sa capacité à forger une voie propre, qui assume notre héritage pluriel, exige une équité sociale réelle et définit sa relation avec Paris, l’Afrique et l’océan Indien sur des bases renouvelées et plus équilibrées.

M.M.

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