Retour à l’époque des colonies ?

Gouvernance des DOM-COM : une recentralisation qui favorise la crise

5 août 2025, par Manuel Marchal

Le gouvernement français prend des décisions majeures pour les DOM-COM, comme le projet de loi contre la vie chère, sans consulter les représentants locaux. Cette méthode recentralisée rappelle une gestion coloniale, niant les spécificités et aspirations des anciennes colonies. Sans dialogue réel, ces politiques risquent d’aggraver le sentiment d’exclusion et de relégation des populations concernées.

Alors que le gouvernement français vient de présenter un ambitieux projet de loi contre la vie chère, censé répondre à la flambée des prix dans les anciennes colonies, un point fondamental suscite une vive inquiétude : l’absence de consultation des élus et représentants locaux lors des récentes décisions prises à Paris. Le Conseil interministériel consacré aux Outre-mer, censé définir les grandes lignes des politiques publiques dans les DOM-COM, s’est réuni sans la présence — ni même l’avis — des représentants des territoires concernés. Cette méthode interroge sur la nature du rapport entre la métropole et ses collectivités d’outre-mer, et fait ressurgir le spectre d’une gestion centralisée aux relents coloniaux.

La situation économique et sociale dans les anciennes colonies— qu’il s’agisse de La Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane ou encore de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française — reste marquée par des inégalités criantes. Le coût de la vie y est sensiblement plus élevé qu’en France, les services publics souvent défaillants, et les taux de chômage atteignent parfois des niveaux alarmants. Dans ce contexte, toute réforme visant à améliorer la vie quotidienne des habitants est en principe la bienvenue. Mais lorsque ces réformes sont décidées à Paris, loin du terrain, sans concertation, elles risquent fort de manquer leur cible.

Où est la décentralisation ?

En réunissant un conseil interministériel sans associer les élus et représentants des anciennes colonies concernées, le gouvernement semble raviver une logique verticale du pouvoir. Cette approche contredit les principes de la décentralisation et du dialogue républicain. Elle heurte également les aspirations des populations locales à être actrices de leur propre développement, et non de simples spectatrices des décisions prises à leur place.

Le parallèle avec l’époque coloniale n’est pas dénué de sens. À l’époque, les colonies étaient administrées depuis Paris, sans que leurs habitants aient voix au chapitre. Aujourd’hui encore, la centralisation persistante donne parfois l’impression que les anciennes colonies intégrées à la République française ne sont pas traités comme des collectivités à part entière de la République, mais comme des dépendances devant se conformer à une vision décidée ailleurs.

Pourtant, ces pays disposent de spécificités géographiques, sociales, culturelles et économiques qui exigent une adaptation fine des politiques publiques. Mais encore faut-il que ces adaptations soient pensées avec les acteurs locaux, et non imposées d’en haut.

Crise de confiance

La crise de confiance entre l’État et les anciennes colonies intégrées à la République française ne date pas d’hier. Elle s’est accentuée ces dernières années avec des mouvements sociaux massifs, dénonçant la vie chère, l’injustice sociale, et l’indifférence de l’État central. Le manque de dialogue et de reconnaissance alimente un ressentiment profond. En ce sens, la méthode de gouvernance actuelle ne fait qu’attiser les tensions.

Il est encore temps pour le gouvernement de corriger le tir. Associer les représentants locaux aux décisions les concernant n’est pas seulement une exigence démocratique, c’est une condition de l’efficacité des politiques publiques.
La centralisation des décisions à Paris, sans consultation, dans des territoires aux réalités si éloignées de celles de la France, n’est plus tenable.

M.M.

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