Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
1er octobre 2008

« Qu’est-ce qui fait qu’on est Réunionnais(e) ? » Un quotidien de samedi dernier rapportait de manière très partielle une réponse à cette question publiée dans une revue. En fait, il s’agissait d’un sondage d’opinion. Pour les personnes interrogées être né(e) à La Réunion et avoir des parents et des grands-parents nés à La Réunion étaient, par ordre d’importance, les deux premiers critères définissant la "réunionnité".
On comprend que la question de l’identité se pose avec insistance dans un pays qui a subi l’esclavage, l’engagisme, la colonisation et l’assimilation. Toutes ces périodes historiques ont été synonymes d’arrachement au pays d’origine, de négation de l’humanité même des personnes et de leur culture. Mais la réponse est-elle dans une liste de critères et lesquels ?
Choisit-on ses parents ? Choisit-on de naître là où on naît ? Certes, ces éléments font partie de l’état civil et sont portés sur notre carte d’identité et notre passeport. C’est donc affaire de police. A-t-on ainsi épuisé une des questions fondamentales que chaque être humain se pose et qui concerne son existence propre, son rapport au monde qui l’entoure : qui suis-je ? Kisa mi lé ?
Question ordinaire dont la réponse n’est pas facile, sinon impossible, car complexe et mouvante, en devenir constant. On peut toujours décliner son lieu de naissance, son sexe, la couleur de sa peau, de ses cheveux, de ses yeux, sa taille etc. Ce ne sont là que des caractères physiques, donnés par la nature ou le hasard quand on vient au monde. Suis-je déterminé(e) entièrement par ces éléments ? Est-ce là mon "essence" ?
Il n’est pas sûr d’ailleurs qu’on puisse saisir son "essence", ce qui fait qu’on est ce qu’on est, même si l’impératif « Connais-toi toi-même ! » a franchi les millénaires. L’idée d’essence implique un ensemble de qualités données dès la naissance et même avant, des caractéristiques figées à vie. Tout serait alors joué d’avance.
Or un être, porteur sans doute au départ d’un capital génétique, se forme à travers la culture, l’éducation, sa relation à l’autre, ses proches et aussi des étrangers qui deviennent des familiers. Il assimile, mais il s’oppose aussi, il résiste, il reçoit et rejette, partiellement ou totalement ce qu’on lui transmet. Il apprend, découvre, épouse, voyage, s’engage, partage. Il fait des choix, agit et, ce faisant, se construit. Ce qui faisait dire à Jean-Paul Sartre, que l’être humain est ce qu’il se fait, plus précisément que l’être est ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui.
Il est donc le résultat complexe et changeant de données, naturelles et sociales, qu’il n’a pas choisies, et de choix personnels dans lesquels son identité s’exprime.
Une identité ou ses identités ? Si vivre c’est apprendre constamment à travers ses actions, ses créations, ses relations aux autres, le métissage est le propre de la vie et il prend les couleurs multiples du manteau d’Arlequin, comme le notait Michel Serres dans "Le Tiers-instruit".
Brigitte Croisier
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