African SIDS Solutions and Investment Forum

Îles africaines : La Réunion oubliée de la transformation agroalimentaire

5 février, par Manuel Marchal

Du 3 au 5 mars 2026, la FAO organise à São Tomé un Forum consacré aux îles africaines. Mais une absence interroge et choque : celle de La Réunion, île africaine confrontée à un sous-développement persistant à cause de l’aliénation et d’un système néocolonial.

Du 3 au 5 mars 2026, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tiendra à São Tomé le African SIDS Solutions and Investment Forum, un événement présenté comme stratégique pour l’avenir des petits États insulaires africains. Pendant trois jours, décideurs politiques, investisseurs, bailleurs internationaux et acteurs privés des îles africaines débattront de la transformation des systèmes agroalimentaires, de l’économie bleue et du financement climatique. Une ambition louable. Mais une réalité saute aux yeux : La Réunion est absente.

Le Forum réunira les représentants du Cap-Vert, des Comores, de la Guinée-Bissau, de Maurice, de São Tomé-et-Príncipe et des Seychelles. Ces territoires, qualifiés de Big Ocean States, font face à des défis bien connus : dépendance alimentaire, vulnérabilité climatique, fragilité des économies locales, pression sur les ressources naturelles. Autant de défis que La Réunion partage pleinement, et parfois de manière aggravée.

La Réunion, pays sous-développé

Île africaine de l’océan Indien, La Réunion subit pourtant des situations de sous-développement social persistantes : chômage de masse, notamment chez les jeunes, illettrisme encore présent, pauvreté structurelle, inégalités criantes, difficultés de mobilité et de transports qui pénalisent l’accès à l’emploi, à la formation et aux services essentiels. Ces réalités sont largement documentées, mais restent trop souvent invisibilisées derrière le vernis administratif de région ultrapériphérique de l’Union européenne.

La Réunion n’est ni européenne par sa géographie, ni pleinement intégrée aux dynamiques africaines

En se construisant exclusivement autour des États souverains, ce Forum révèle une limite politique majeure : l’exclusion des territoires africains non souverains des espaces de coopération régionale, alors même qu’ils subissent les mêmes contraintes, voire davantage. La Réunion n’est ni européenne par sa géographie, ni pleinement intégrée aux dynamiques africaines par les choix institutionnels qui lui sont imposés. Elle se retrouve ainsi enfermée dans un entre-deux qui freine son développement et l’empêche de bénéficier de coopérations Sud-Sud pourtant essentielles.

Cette mise à l’écart est d’autant plus problématique que La Réunion dispose d’atouts réels : recherche agronomique tropicale, savoir-faire en matière de politiques agricoles, expériences d’adaptation au changement climatique, structuration de filières locales. Autant de compétences qui pourraient enrichir les réflexions régionales et contribuer à des solutions adaptées aux îles de l’océan Indien et au-delà.

La Réunion est en Afrique

À travers ce Forum, la FAO affirme vouloir transformer les systèmes agroalimentaires des îles africaines et mobiliser des investissements durables, dommage que l’aliénation héritée de l’esclavage et de la colonisation exclut La Réunion de cette dynamique à cause du refus institutionnel de reconnaître une réalité : La Réunion est en Afrique, elle est donc une île africaine. Mais comment parler d’inclusion, de résilience et de coopération régionale en laissant de côté une L’absence de La Réunion n’est pas un simple oubli technique : elle pose une question politique fondamentale sur le droit des peuples insulaires à participer aux décisions qui concernent leur avenir alimentaire, économique et écologique.

M.M.

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