Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Dans le dernier numéro de ’l’Express’
22 mai 2009

Tout au long des 40 années passées, on nous a rabâché que les Outre-mers coûtaient trop cher à la France et à l’Europe.
Si nous obtenions des subventions, c’est parce que de gentils Pères Noël nous aimaient beaucoup et, pour nous faire plaisir, nous faisaient plus que la charité.
Sitôt élu député au Parlement européen en juin 1979, Paul Vergès a démontré que les atouts des Outre-mers constituaient un apport inestimable pour la France et l’Europe.
Cette démonstration que Paul Vergès a renouvelé à la tribune du 6e congrès du PCR est aujourd’hui admise par tous les responsables — y compris l’actuel gouvernement — au point que le magazine parisien ’l’Express’, sous le titre « À quoi sert l’Outre-mer ? » y consacre 4 pages publié dans son numéro paru le 14 mai 2009.
Nous en reproduisons quelques extraits.
À quoi sert l’outre-mer ?
Par Pierre-Yves Lautrou, publié le 14/05/2009
Trop chers ? La crise antillaise et le référendum de Mayotte ont relancé en métropole le débat sur les DOM-TOM. […] Voici pourquoi, malgré les apparences, la France n’a pas intérêt à les "larguer".
[… Après] un long et spectaculaire conflit aux Antilles et la création d’un cinquième DOM [Mayotte], sur fond de nouvelle loi et d’états généraux […] la relation entre la métropole et ses outre-mer se trouve singulièrement chahutée.
Les Outre-Mers moins favorisés qu’un département de France
Un malaise renforcé par la situation difficile des territoires ultramarins. Alors que, selon l’INSEE, le produit intérieur brut (PIB) par habitant s’élève à 30.140 euros en moyenne en métropole, il n’atteint que 19.111 euros en Martinique, 17.221 euros en Guadeloupe, 16.244 euros à La Réunion et 12.965 en Guyane.
Côté chômage, ce n’est pas mieux : au deuxième trimestre 2008 les quatre DOM affichaient des taux supérieurs à 20%, quand il s’élevait, à l’époque, à 7,2% en métropole, avec le triste record de l’Union européenne pour La Réunion (24,2%), et des statistiques apocalyptiques chez les jeunes (55,7% en Guadeloupe !). Les autres collectivités d’outre-mer (Saint-Pierre-et-Miquelon, Nouvelle-Calédonie, etc.) font mieux, mais restent au-dessus de la moyenne nationale.
[…] C’est aussi outre-mer que les niveaux de revenus sont les plus faibles et que la proportion de RMistes est la plus élevée (17,8% pour l’ensemble des DOM, contre 3,1% en métropole fin 2007), etc.
Si ces constats-là sont établis depuis longtemps, la crise antillaise de cet hiver a relancé le débat sur le coût de l’outre-mer. Mais la question est complexe. L’effort total de l’État en faveur des territoires ultramarins s’élève, en 2009, à 16,7 milliards d’euros -dont 3,3 milliards d’exonérations fiscales. Un chiffre qui comprend les missions régaliennes que l’État mène dans tous les territoires de la République (justice, armée, éducation, etc.). « Cela permet d’afficher un budget important pour les populations concernées », relève le rapporteur du budget de l’outre-mer. Mais si l’on retranche ces dépenses communes à tous les départements, l’effort spécifique de la collectivité en direction de l’outre-mer s’élève à quelque 7 milliards d’euros. Auxquels il convient d’ajouter les 850 millions -l’estimation vient du secrétariat d’État à l’Outre-Mer- débloqués par l’État à la suite de la crise antillaise de cet hiver.
Un débat raciste
Alors, trop cher, l’outre-mer ? Problème : il n’existe aucun chiffre officiel du même type pour les départements de l’Hexagone. Mais, pour Yves Jégo, le problème n’est pas là et la question a le don de l’agacer profondément. Ça coûte cher, ça veut dire quoi ? A l’intérieur d’un même pays, ce genre de questions n’a pas de sens. A Paris, les dépenses de l’État par habitant sont bien plus importantes que dans de nombreux autres territoires, notamment pour les transports, l’université, la culture, la recherche... La Creuse aussi coûte cher, et on ne va pas la larguer ! Qui sait que Saint-Barth’ rapporte 5 millions d’euros à l’État par an ? Ce n’est pas parce que vous êtes loin que vous êtes moins français : Saint-Martin l’était quatre-vingts ans avant la Franche-Comté, qui m’a vu naître. Ce débat sur le coût de l’outre-mer est un débat raciste, il faut avoir le courage de le dire ! » […]
La mer, un "enjeu considérable "
"Larguer" les départements et territoires d’outre-mer parce qu’ils coûteraient cher — ce qui reste encore à démontrer — est donc un pur fantasme. […]
Ce malentendu grandissant vient sans doute d’une question mal posée : à quoi sert l’outre-mer ? Les réponses sont incroyablement nombreuses et variées. Mieux connues, elles permettraient de clore le débat.
Yves Jégo s’enflamme, par exemple, à l’évocation de la mer, « notre planète de rechange, un enjeu considérable ». Grâce à ces territoires, la France est le seul pays présent sur tous les océans du globe et peut revendiquer le statut de deuxième puissance maritime mondiale, avec une zone économique exclusive de près de 11 millions de kilomètres carrés. Anecdotique ? Pas le moins du monde.
« Pourquoi croyez-vous que les Russes s’amusent à aller planter leur drapeau au fond de l’Arctique, sous le pôle Nord ? Pourquoi le Canada réagit-il si vivement quand la France demande l’extension du plateau continental de Saint-Pierre-et-Miquelon ? Pourquoi Maurice revendique-t-elle l’île Tromelin, au large de La Réunion, et Madagascar les îles Éparses, dans le canal du Mozambique ? », interroge l’amiral Olivier Lajous, conseiller défense du secrétaire d’État à l’Outre-Mer. Et le marin de rappeler que les fonds des océans recèlent des nodules polymétalliques, futures sources d’énergie, un domaine où la France est pionnière.
La Réunion, pionnière du développement durable
A l’heure du triomphe du développement durable, ce n’est pas en métropole que l’on trouve les territoires les plus avancés en la matière, mais à La Réunion. L’île, qui vise l’autonomie énergétique d’ici à 2030, fait figure de laboratoire à ciel ouvert pour les énergies renouvelables. Quant à la Guyane, c’est un trésor de biodiversité — certes en péril — qui enchante les scientifiques. 80% de la biodiversité française est d’ailleurs logée outre-mer... Même s’il arrive à la métropole de gaspiller parfois cette incroyable richesse : « L’Europe casse des bateaux de pêche et on ne peut plus pêcher le thon rouge en Méditerranée, note l’amiral Lajous. Mais, pendant ce temps-là, les eaux de Clipperton regorgent de thon rouge qu’on laisse pêcher par les Mexicains gratuitement ! »
Onze médailles aux JO de Pékin
Loin de Paris, ces territoires ont aussi de solides arguments géostratégiques à faire valoir : sans eux, pas d’essais nucléaires pendant des années à Mururoa, pas de lancement de fusée Ariane à Kourou, une moindre capacité de projection des forces armées, etc. Un exemple encore : grâce à La Réunion, la France siège à la Commission de l’océan Indien, où elle retrouve discrètement des pays comme l’Iran et le Pakistan (NDLR- sans doute l’auteur fait-il référence à l’IOR (Indian océan rim) et pas à la COI), avec lesquels le dialogue est facilité...
Enfin, il y a les hommes et les femmes d’outre-mer. Cliché ? Même pas. Sans les ultramarins, pas de Césaire, de Chamoiseau, de Confiant ; 11 médailles en moins — dont 7 d’or — à Pékin. Et une équipe de France de football sortie en demi-finale de la Coupe du monde de 1998. « Parfaitement, assène, à peine pince-sans-rire, cet élu ultramari : le sauveur des Bleus contre la Croatie, celui qui marque deux buts alors que la France est menée 1-0 s’appelle Lilian Thuram. Et il est guadeloupéen. » S’il ne fallait qu’un seul argument...
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