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4 juin, parNos peines
Modernisation et réforme de l’Etat
10 avril 2008, par

Jean-Pierre Técher du Collectif de Lutte contre l’Exclusion (CLE) n’est pas surpris par les annonces du gouvernement. C’est à qui sera plus pauvre que l’autre pour obtenir un contrat aidé, un logement, une chance d’insertion précise-t-il. Pour Jean-Pierre Técher, la priorité est de lutter contre la pénurie d’emplois.
« J’ai été élu pour conduire la modernisation de l’Etat et je la conduirai et je ne m’arrêterai pas en chemin », a prévenu Nicolas Sarkozy dans son discours sur la réforme de l’Etat. Jean-Pierre Técher, président du Collectif de Lutte contre l’Exclusion, n’est pas surpris par les annonces du chef de l’Etat. Il n’y a rien à attendre de ce gouvernement en matière de social, pense-t-il, même si Nicolas Sarkozy a affirmé dans son discours : « cette réforme, on la fait d’abord pour les citoyens ». Le plan de rigueur de l’Etat suit une logique identique à celle de l’économie ultralibérale, « une machine qui s’emballe, une voiture sans frein qui dévale d’une pente », compare Jean-Pierre Técher. Le profit dicte aveuglément les décisions du gouvernement sans considération pour les individus. Le gouvernement persiste dans une politique qui crée de la violence et de la frustration et court droit vers l’explosion sociale.
Contexte particulier de chômage
Réforme, économie, rigueur. Peu importe les mots pour Jean-Pierre Técher. On ne lui fera pas croire que les décisions du gouvernement n’auront pas de conséquence sur la qualité du service public et sur le système de solidarité nationale. « Les économies annoncées remettent en cause les acquis sociaux dans un contexte particulier de chômage, estime le président du CLE. En revanche, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à prendre l’argent des Français pour envoyer nos soldats en Afghanistan. » Au lieu de supprimer un fonctionnaire sur deux, il serait selon Jean-Pierre Técher plus utile de satisfaire aux besoins de l’Education Nationale. Comme à La Réunion, où l’académie manque d’enseignants et de personnel.
Ce gouvernement n’est pourtant pas avare de bons sentiments. « Il y a 70% des Français qui peuvent prétendre à l’octroi d’un HLM, a déclaré Nicolas Sarkozy. Heureusement que c’est une priorité. On est passé de 60 à 70% sur les dix dernières années. Est-ce bien raisonnable alors que nous nous sommes engagés à loger les personnes les plus en difficulté ? Nous allons corriger cet effet pour éviter d’allonger inutilement la file d’attente des logements sociaux. »
Le même argument est avancé pour réduire le nombre d’emplois aidés, La Réunion n’est pas épargnée. « Nous avons 50% de la population qui vivent avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Tout ces gens sont dans le besoin », estime Jean-Pierre Técher.
Quid du RSA ?
La politique de rigueur va accentuer la pression sur ces personnes, les rendre plus fragiles encore. Comment en effet faciliter l’insertion si les moyens ne sont pas disponibles ?
Pour le responsable du CLE, le chef de l’Etat nage en pleine contradiction entre les objectifs affichés et les moyens engagés. Ainsi le Revenu de Solidarité Active, réforme portée par le Haut commissaire Martin Hirsch pour lutter contre la pauvreté, est jugé trop cher. Il faudra se contenter d’un milliard pour la réforme au lieu des 3 milliards nécessaires.
Pour autant, le RSA ne remporte pas l’adhésion du CLE qui reste très vigilant concernant le contenu de la réforme. « Le CLE a toujours lutté contre la précarité, rappelle Jean-Pierre Técher Il ne faut pas que l’on oblige les allocataires sociaux à se doter d’un travail en contrepartie. La solidarité doit continuer à jouer. Le chômage est un accident de la vie. Il revient à ceux qui ont le pouvoir de créer les conditions pour que l’offre d’emploi soit supérieure à la demande. Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies. La cohésion sociale est en danger et les gens ont du mal à vivre de leur travail. Même les personnes qualifiées n’y arrivent plus, ils touchent à peine plus que le Smic ».
Edith Poulbassia
Promouvoir l’économie solidaire
Pour la situation spécifique de la Réunion, le CLE estime que l’économie solidaire est complémentaire du secteur marchand pour l’insertion et la formation. « Sans cette économie solidaire, la misère serait plus grande, Jean-Pierre Técher en est convaincu. Il faut qu’elle se développe et trouve ses lettres de noblesses car elle n’est pas opposée à l’entreprise. » Cette perspective est compromise aujourd’hui alors que la Réunion se fixe un objectif de développement durable. Ce slogan à la mode ne va-t-il pas oublier les personnes qui sont au RMI depuis 10-20 ans ? s’interroge enfin le CLE.
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