Un sujet absent de la campagne électorale des communales

Journée mondiale des pauvres : à La Réunion, faillite face à la pauvreté organisée

17 novembre 2025, par Manuel Marchal

La pauvreté à La Réunion, qui frappe plus de 40 % de la population, n’est pas un hasard mais le produit d’un système néocolonial qui maintient l’île dans le sous-développement et la dépendance. La Journée mondiale des pauvres du Vatican, relayée à La Réunion, est un révélateur de l’inaction, les candidats aux communales ignorent ce fléau. Seule l’émergence d’une économie réunionnaise et créatrice d’emplois permettra de briser ce modèle et de sortir durablement de la pauvreté.

Ce 15 novembre, le Vatican organisait la Journée mondiale des pauvres, une initiative lancée en 2016 par le pape François afin de combler le vide moral et politique laissé par les puissances occidentales. À La Réunion, les représentants de l’Église ont tenu un rassemblement, discours compatissants à l’appui. Mais sur notre île, la compassion ne suffit plus : la pauvreté n’est pas une fatalité, c’est le produit d’un système pensé, construit, entretenu.

Plus de 40 % des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté. La majorité des moins de 18 ans grandit dans un foyer touché par une précarité chronique. Comment peut-on accepter qu’en 2025, au sein d’un territoire sous souveraineté française depuis plus de 350 ans, un enfant sur deux soit privé des moyens élémentaires d’émancipation ?

La pauvreté pilier du néocolonialisme

La réponse est simple, et elle dérange : la pauvreté est l’un des piliers du néocolonialisme. Elle n’est pas un accident, mais un outil. Le système économique imposé à La Réunion repose sur un chômage de masse qui rend la population dépendante, vulnérable et politiquement neutralisée. Car un peuple assommé par la survie et dépendant d’aides sociales peut difficilement contester l’ordre établi.

Sous-développement programmé : voilà la réalité que beaucoup s’efforcent de masquer. L’île reste une plateforme de consommation saturée de produits importés de France, étouffant toute possibilité de développement industriel, énergétique ou agricole. Les secteurs stratégiques — énergie, canne, banques, BTP, eau, assainissement, grande distribution — sont verrouillés par des groupes extérieurs qui se servent ici, mais investissent là-bas. Les profits réalisés sur notre territoire sont rapatriés en France, transformant La Réunion en lessiveuse de capitaux : les transferts publics, les aides sociales, les subventions aux entreprises deviennent, au bout du circuit, des profits privés qui quittent l’île.

La pauvreté pas une fatalité

Dans ce système, la pire menace pour l’ordre néocolonial serait l’émergence d’une économie réunionnaise contrôlée par les Réunionnais, créatrice d’emplois pérennes. Car cela signifierait la fin d’un système où notre pauvreté enrichit d’autres pays. Ce serait la fin de l’illusion d’un “développement” importé de France et la naissance d’un véritable projet réunionnais.

Pourtant, au moment où se profilent les élections communales, le silence est assourdissant. Les futurs candidats défilent… mais pour les 40 % de pauvres ? Rien. Pas une vision, pas un programme, pas une stratégie. Pourtant, ailleurs, des pays l’ont fait. La Chine dirigée par un Parti communiste a sorti 800 millions de personnes de la pauvreté en plaçant cette priorité au cœur de son projet de développement national. Pourquoi serait-ce impossible ici ? Pourquoi La Réunion ne pourrait-elle pas mettre en œuvre un plan massif de création d’activités génératrices de revenus, d’industrialisation adaptée, de soutien aux petites entreprises, d’émancipation économique ? Pourquoi faudrait-il se résigner à survivre dans un modèle qui n’a aucune intention de nous libérer ?

Quel processus électoral démocratique à La Réunion ?

Peut-on parler de démocratie lorsque près de la moitié du peuple vit dans la pauvreté ? Comment prétendre à un débat électoral sincère quand tant de citoyens doivent choisir entre payer l’électricité ou se nourrir ?

La Journée mondiale des pauvres nous rappelle que la charité n’est pas la justice. Ce qui manque à La Réunion, ce n’est pas la compassion : c’est la volonté politique de rompre avec un système qui fabrique de la pauvreté pour mieux dominer.

Le temps des discours doit céder la place à l’action. Aux décideurs d’agir — ou de laisser la place à ceux qui auront enfin le courage de mettre fin à ce cycle et d’ouvrir la voie à une économie réunionnaise émancipatrice, créatrice d’emplois et digne de son peuple.

M.M.

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