L’enjeu du contrôle total de La Réunion pour sauver les intérêts de la France en Afrique
18 août, parPEC : derrière la baisse des crédits, la stratégie de recentralisation de Paris dans l’océan Indien
PEC : derrière la baisse des crédits, la stratégie de recentralisation de Paris dans l’océan Indien
18 août, par

La baisse des PEC révèle une stratégie où Paris transfère aux communes le coût social du chômage tout en conservant la maîtrise des politiques publiques. Cette recentralisation intervient alors que l’influence française recule en Afrique de l’Ouest et à Madagascar, où les liens avec la Russie se renforcent. La visite du Premier ministre à Mayotte les 26 et 27 août s’inscrit dans cette volonté de préserver les positions stratégiques de Paris en Afrique. Paris ne veut aussi rien lâcher dans sa politique de confrontation avec la Russie. Son contrôle sur La Réunion lui offre gratuitement une base militaire ainsi qu’un statut de grande puissance lui donnant un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto.
Le 20 mai, les maires de La Réunion manifestaient devant la préfecture contre la diminution des financements de l’État pour les contrats aidés. Depuis, les communes avancent en ordre dispersé : certaines recrutent pour maintenir les services publics, d’autres les suppriment. Cette désunion pourrait avoir des conséquences bien plus larges que la seule question des PEC. Elle intervient dans un contexte géopolitique où Paris accumule les revers en Afrique et cherche à renforcer ses positions dans les îles africaines de l’océan Indien pour en faire des bases arrières de son influence en Afrique.
La réduction des PEC constitue ainsi un révélateur. Pendant des décennies, l’État a financé le partie
traitement social du chômage réunionnais en permettant aux communes d’employer des travailleurs précaires pour accomplir des missions permanentes. Aujourd’hui, Paris réduit sa contribution et laisse les collectivités gérer les conséquences. Faute de stratégie commune, certaines communes assument la dépense, tandis que d’autres réduisent les services.
Pour l’État, cette situation peut être politiquement avantageuse. Il réduit ses dépenses tout en transférant aux collectivités la responsabilité des conséquences sociales. Et lorsque celles-ci rencontrent des difficultés financières, le représentant de l’État peut intervenir comme arbitre, voire reprendre la main sur les finances locales.
Cette méthode pourrait-elle être étendue à d’autres domaines ? Le logement constitue un précédent particulièrement inquiétant. Dans un contexte de réduction des dépenses publiques, une baisse des financements nationaux pourrait laisser aux collectivités une part croissante de la gestion du mal-logement. Incapables d’assumer seules une crise qui dépasse largement leurs moyens, elles seraient alors contraintes de solliciter davantage l’État voire mises sous tutelle, l’État gérant le budget à la place des élus. La décentralisation risquerait ainsi de déboucher sur son contraire : une recentralisation financière et politique.
Cette stratégie ne peut être séparée du contexte international. En Afrique de l’Ouest, la création de l’Alliance des États du Sahel par le Mali, le Burkina Faso et le Niger a accompagné une rupture profonde avec les anciennes relations de dépendance à la France. Ces pays ont renforcé leurs liens avec d’autres partenaires, notamment la Russie.
À Madagascar, le nouveau contexte politique s’accompagne également d’un rapprochement avec Moscou. La présence de l’Africa Corps russe, héritier de l’ancien Wagner intégré aux structures russes, illustre cette évolution. La Grande Île affirme parallèlement davantage sa souveraineté sur ses ressources et son patrimoine foncier. En juillet 2026, l’Assemblée nationale malgache a adopté une loi prévoyant le transfert à l’État de terrains immatriculés au nom d’étrangers durant la période coloniale, notamment des terrains vacants et non exploités enregistrés avant l’indépendance.
Pour Paris, La Réunion revêt dès lors une importance stratégique vitale. Elle constitue un territoire où la présence française n’est pas contestée, au cœur de l’océan Indien, à proximité de Madagascar riche en minerais stratégiques et des grandes routes maritimes reliant l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient. Paris ne veut aussi rien lâcher dans sa politique de confrontation avec la Russie. Son contrôle sur La Réunion lui offre gratuitement une base militaire ainsi qu’un statut de grande puissance lui donnant un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto.
La présence française dans les îles africaines de l’océan Indien se trouve également renforcée autour de Mayotte. Paris a annoncé la venue du Premier ministre dans l’île les 26 et 27 août. Cette visite doit notamment réaffirmer la présence de Paris dans un territoire comorien inscrit sans la Constitution de l’Union des Comores.
Le projet français de renforcer les infrastructures militaires à Mayotte s’inscrit dans cette même logique stratégique. Après les reculs enregistrés dans plusieurs pays africains, Paris cherche à consolider ses positions dans l’océan Indien. La Réunion et Mayotte constituent, de ce point de vue, deux points d’appui essentiels pour sa présence militaire et diplomatique dans la région.
Cette évolution donne une dimension supplémentaire à la politique de recentralisation. Alors que Paris entend préserver ses positions stratégiques, les collectivités réunionnaises sont invitées à absorber une part croissante des conséquences sociales de la réduction des dépenses publiques.
Cette situation entre aussi en résonance avec l’Appel de Fort-de-France de 2022, qui demandait une refondation de la relation entre Paris et les anciennes colonies françaises devenues départements français, ainsi qu’une plus grande capacité de décision locale. Cette stratégie est la réponse de Paris.
Mais l’absence de front commun des collectivités réunionnaises affaiblit cette revendication.
La véritable bataille n’est donc plus seulement celle des PEC. Elle porte sur la capacité des Réunionnais à décider collectivement de leurs priorités, de leurs services publics et de leur développement. Dans un océan Indien en pleine recomposition géopolitique, la désunion locale pourrait devenir le meilleur allié d’une politique de recentralisation venue de Paris.
À l’heure où la France cherche à consolider ses positions de Mayotte à La Réunion, en passant par les routes maritimes de l’océan Indien, une question s’impose : les Réunionnais accepteront-ils que les choix budgétaires de Paris soient décidés en fonction d’intérêts stratégiques lointains, ou construiront-ils enfin une stratégie commune pour défendre leurs propres intérêts ?
M.M.
PEC : derrière la baisse des crédits, la stratégie de recentralisation de Paris dans l’océan Indien
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