APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins

L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation

12 juin, par Manuel Marchal

Alors que les dirigeants réunionnais concentrent leurs efforts sur l’obtention de toujours plus de financements publics venus de France, un enjeu majeur passe presque inaperçu : l’Accord de partenariat économique renforcé entre l’Union européenne et les pays voisins. En ouvrant aussi les services et les marchés publics à la concurrence régionale, cet accord pourrait fragiliser les derniers emplois productifs réunionnais. Avant son adoption définitive, il est encore possible d’exiger des protections spécifiques pour La Réunion, mais le temps presse. Nos dirigeants choisiront-ils enfin d’agir ou attendront-ils passivement le choc pour constater les dégâts et demander de l’argent à la France pour maintenir la paix sociale à La Réunion ?

Pendant que le navire s’approche de l’iceberg… L’image est connue. Alors que le Titanic sombrait, l’orchestre continuait de jouer pour distraire les passagers. À La Réunion, la scène semble se répéter. Pendant qu’un bouleversement majeur se prépare pour l’économie réunionnaise, la classe dirigeante reste absorbée par ses combats d’hier : obtenir toujours plus d’argent de la France pour financer des contrats aidés, atténuer les difficultés financières des collectivités et entretenir un système à bout de souffle.

Intégration à la mondialisation sans protection

Pourtant, le 10 mai dernier à Maurice, un événement très important pour l’avenir de notre pays s’est produit. L’Union européenne, les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles ont conclu les négociations d’un Accord de partenariat économique renforcé. A la différence de l’accord intérimaire appliqué jusque-là, l’APE renforcé ne concerne plus seulement les marchandises. Il s’étend aux services, aux investissements et aux marchés publics.
Cela signifie que les entreprises des pays voisins disposeront demain d’un accès facilité au marché réunionnais, tandis que les investisseurs bénéficieront d’un cadre juridique sécurisé et que les appels d’offres publics seront davantage ouverts à la concurrence régionale. Pour les Européens bénéficiaires d’un accès plus ouvert à un marché de plus de 35 millions d’habitants, il s’agit d’un progrès. Pour La Réunion, c’est l’intégration à la mondialisation sans protection.

Silence assourdissant

Car notre île n’est pas située à Bruxelles ou à Paris. Elle se trouve à 200 kilomètres de Maurice et à moins de 1 000 kilomètres de Madagascar. Dans une région où les écarts de coûts salariaux à compétences égales sont considérables, l’ouverture des services risque d’exercer une pression croissante sur les emplois productifs réunionnais et favoriser leur délocalisation : ceux de la comptabilité, de l’informatique, des télécommunications, de l’ingénierie ou des services aux entreprises.
Et que font nos responsables ? Où sont les réunions d’urgence ? Où sont les prises de position des parlementaires européens élus à La Réunion, de l’Association des maires ? Où sont les collectivités ? Le silence est assourdissant.

Urgence d’agir

Tout n’est pas encore joué. Le texte doit encore être adopté par le Conseil européen où siège un Français représentant les intérêts de La Réunion puis approuvé par le Parlement européen où siègent 3 représentants originaires de La Réunion avant sa ratification par les États signataires. Il existe donc encore une fenêtre politique pour tenter d’obtenir des protections spécifiques pour La Réunion, à l’image de celles dont bénéficient les pays voisins pour leurs secteurs stratégiques.
Mais cette bataille exige une mobilisation immédiate. Chaque jour perdu rapproche un peu plus La Réunion d’une ouverture sans filet à une concurrence régionale pour laquelle elle n’a jamais été préparée.
Pendant que l’orchestre joue, le navire avance à toute vapeur. La question est désormais simple : nos dirigeants choisiront-ils enfin d’agir ou attendront-ils que l’iceberg soit percuté pour constater les dégâts et demander de l’argent à Paris pour maintenir la paix sociale et entretenir un système à bout de souffle ?

M.M.

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