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Fait révélateur d’une analyse parisienne déconnectée de la réalité
10 août 2023, par

Paris a refusé de faire confiance aux élus de la Guyane pour faire entendre la voix de leur pays au Sommet sur l’Amazonie : c’est l’ambassadrice de France au Brésil qui a parlé au nom des Guyanais. Pourtant, la France ne se situe pas en Amazonie, alors que 95 % du territoire de la Guyane est couvert par la forêt amazonienne. La Collectivité territoriale de Guyane a dénoncé mardi cette situation : « on sera spectateurs des discussions qui se font dans un espace amazonien, où nous sommes situés géographiquement, mais en réalité où nous sommes complètement isolés politiquement ».
Alors que 95 % de son territoire est couvert par la forêt amazonienne, aucun représentant de la Guyane n’a participé au Sommet sur l’Amazonie organisé par le Brésil à Belem. Cette grande ville brésilienne n’est pourtant distante que de 800 kilomètres de Cayenne, capitale de la Guyane.
Ce Sommet rassemblait des États, et la République française était invitée. Le gouvernement aurait pu déléguer sa représentation à des élus de la Guyane. Cela n’a pas été le cas. Emmanuel Macron, président de la République a décliné l’invitation, et Paris a décidé que la République, et donc la Guyane, était représentée par l’ambassadrice de France au Brésil.
Thibault Lechat-Vega, 3e vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane chargé des affaires européennes et institutionnelles, porte-parole de la collectivité, a déploré cette situation ce mardi à France Info :
« On est vraiment dans l’incompréhension totale. D’abord parce qu’Emmanuel Macron décline l’invitation. Puis, parce que la Guyane n’est absolument pas associée à cette décision ni à cette manifestation. Nous sommes concernés par les problématiques de déforestation, d’orpaillage illégal et de reconnaissance des droits des populations autochtones. On n’a encore une fois pas voix au chapitre, on sera spectateurs des discussions qui se font dans un espace amazonien, où nous sommes situés géographiquement, mais en réalité où nous sommes complètement isolés politiquement. C’est d’autant plus problématique quand le président Emmanuel Macron utilise la position de la Guyane et de la forêt amazonienne pour avoir une voix sur la scène internationale sud-américaine. Et lorsqu’il s’agit d’être à la table des négociations, on voit qu’il n’y a plus personne. On ne comprend pas qu’il n’y ait pas eu au moins la ministre des Affaires étrangères. »
Pour l’élu guyanais, la présence de la Guyane à ce Sommet sur l’Amazonie était d’autant plus importante que « la Guyane est dans un processus de décentralisation et d’autonomisation. Nous allons vers un prochain processus de consultation populaire pour savoir si les Guyanais veulent plus d’autonomie ».
A la question « En Guyane, les problématiques économiques et écologiques sont liées. Est-ce qu’elles vous semblent bien comprises, bien suivies, depuis Paris, depuis la métropole ? », Thibault Lechat-Vega répondit ceci : « Absolument pas. On a l’impression d’être une espèce de faire-valoir. En Guyane, plus de 50 % du territoire est concerné par une norme de protection environnementale. »
Manifestement, l’attitude de Paris suscite incompréhension. Pourquoi Paris ne décide-t-il pas de faire confiance aux élus guyanais pour défendre les intérêts de leur pays ?
A l’heure où un vent d’émancipation s’est levé dans les anciennes colonies intégrées à la République, des décisions et des déclarations de Paris sont à contre-courant de cette dynamique. Les propos tenus par le numéro un français lors de son voyage en Kanaky Nouvelle-Calédonie sont révélateurs d’une grave erreur d’analyse quand il déclare en substance que la population de ce pays a décidé de rester sous la souveraineté de Paris.
Le refus de confier aux Guyanais la représentation de leur pays au Sommet sur l’Amazonie montre tout le chemin qui reste à parcourir pour que les mentalités évoluent dans le sens de la modernité à Paris.
M.M.
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