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par le Dr Raymond Vergès

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La politique étrangère des États-Unis, aujourd’hui, et les défis de notre temps

mardi 2 novembre 2021, par Ary Yée Chong Tchi Kan


Samedi 30 octobre, une conférence de politique internationale s’est tenue à Saint Denis, sur invitation, devant une centaine de personnes. L’arrivée au pouvoir des Talibans a servi de contexte pour discuter de la nouvelle politique étrangère des Etats Unis.
A partir de notre introduction, nous allons décliner une série d’articles pour illustrer le déclin de l’empire américain et la tentative de diviser le monde face aux défis communs de notre temps. Nous sommes dans une guerre idéologique qui évolue vite. Comme du temps de l’Apartheid ou du Vietnam, nous devons agir.


A l’évidence, l’actualité est insuffisante pour comprendre la complexité des évènements et les conséquences humaines qui en découlent. Notre conférence pointe la responsabilité négative des Etats-Unis dans la conduite les affaires du monde. Nous partirons de faits et documents concrets. Nous tirerons quelques conclusions, ce soir.

Voici 2 événements connus.

- le 15 août, les Talibans reprennent le pouvoir en Afghanistan.

- le 15 septembre, l’Australie rompt le contrat de 12 sous-marins déjà signés avec la France.

Dans les 2 cas, on trouve à l’origine une décision unilatérale des Etats Unis.

1-Le 29 février 2020, un accord est signé, au Qatar, entre l’émissaire américain, Zalmay Khalilzad, et le chef politique des talibans, Abdul Ghani Baradar.

Ni le gouvernement afghan, ni les alliés de la coalition militaire n’ont été associés aux négociations. Par contre, le secrétaire d’Etat de Donald Trump, Mike Pompéo est venu spécialement des Etats Unis pour cautionner le document. L’accord imposait au gouvernement légitime de libérer 5000 prisonniers qui sont allés immédiatement renforcer le camp des insurgés, devenus de fait l’interlocuteur privilégié. Vous connaissez la suite.

Ce qui s’est passé est conforme aux intérêts des Etats-Unis qui se proclament champions du monde libre, de la démocratie et des droits de l’Homme mais qui n’ont pas eu une pensée pour les dizaines de millions de filles et de femmes restées au pays, et dont l’avenir est compromis.

2-Ce n’était pas conforme aux intérêts des Etats-Unis la vente de 12 sous-marins signés entre la France et l’Australie, depuis 2019. Ils ont torpillé un contrat de 56 milliards pendant que la France était engagée à leurs côtés en Afghanistan. Au-delà de l’absence de morale, le montant de ce marché chipé à la France est 7 fois supérieur aux 36 avions Rafales vendus à l’Inde (8 milliards). Sans compter l’impact négatif sur l’emploi.

En bref, les Talibans gagnent. La France perd. Les Etats-Unis sèment le désordre. Et, en quoi ça nous concerne ?

Pour comprendre ce qui se passe

Pour comprendre ce qui se passe, il faut se référer au communiqué de la Maison Blanche, le 11 août 2021. Ce jour-là, les Talibans sont quasiment dans Kaboul (officiellement le 15 août), les alliés sont empêtrés dans l’urgence des évacuations, la panique est partout, les images tournent en boucle, Biden communique ses priorités.

« Le président Biden est ravi d’annoncer aujourd’hui qu’il réunira au mois de décembre les dirigeants d’un groupe diversifié de démocraties du monde entier à l’occasion d’un sommet virtuel pour la démocratie, qui sera suivi dans un an environ d’un second sommet en personne. Le sommet virtuel, qui se tiendra les 9 et 10 décembre, permettra de dynamiser les engagements et les initiatives autour de trois thèmes principaux : la défense contre l’autoritarisme, la lutte contre la corruption et la promotion du respect des droits humains. Après une année de consultation, de coordination et d’action, le président Biden invitera les dirigeants du monde entier à se réunir une nouvelle fois pour présenter les progrès réalisés par rapport à leurs engagements. Les deux sommets réuniront des chefs d’État, des représentants de la société civile, du secteur philanthropique ainsi que du secteur privé, et seront l’occasion pour les dirigeants du monde entier de s’écouter mutuellement et d’écouter leurs citoyens, de partager leurs réussites, de susciter une collaboration internationale et de parler honnêtement des défis auxquels la démocratie est confrontée afin de renforcer collectivement les fondements d’un renouveau démocratique. »

C’est une déclaration de guerre idéologique, avec son plan stratégique, qui est lancée à la veille du 50e anniversaire de la visite historique de Nixon en Chine, du 21 au 28 février 1972, précédée par celle de Kissinger.

Mike Pompeo, l’ancien directeur de la CIA, devenu Secrétaire d’Etat, de Trump, avait appelé à tourner la page de cette période et fixer de nouvelles orientations. Le discours a été tenu, le 23 juillet 2020, à la Bibliothèque présidentielle et au Musée Richard Nixon. Extrait :

« La garantie de nos libertés face au parti communiste chinois est la mission de notre temps, et l’Amérique est parfaitement positionnée pour en prendre la tête parce que nos principes fondateurs nous en donnent l’opportunité. »

Dans la même année, le 29 février, les Talibans sont devenus respectables, et 5 mois plus tard, la terreur, c’est le PCC.

Biden continue le travail de Trump. La nuance est dans le slogan.

Pour Trump, la traduction de cette politique, c’est « Make America great again » ! Pour Biden « America is back » !

A travers ces slogans, n’est-ce pas une prise de conscience d’avoir échoué qui alimente la honte du déclassement, l’expression du déclin de l’empire ?

Car, en quoi la Chine, Cuba, l’Iran, le Venezuela ou la Syrie est responsable des faits suivants ?

- L’invasion du Capitole au moment même de l’investiture du nouveau président,

- le scandale d’un noir étouffé sous les genoux d’un policier blanc,

- la construction d’un mur à la frontière du Mexique,

- la dette de 30 000 milliards qui ne sera jamais remboursée,

- les étudiants endettés jusqu’au cou et des parents inquiets,

- les exactions de la CIA et la SNA dénoncées par Edward Snowden et julien Assange,

- les 700 000 morts Covid pendant qu’on fait la diversion contre la Chine…

Ces faits connus, largement médiatisés, ne sont-ils pas des signes visibles que ce pays va mal ?

Face aux excités qui dirigent l’empire, il faut écouter le discours de Xi Jinping au Forum Economique Mondial de Davos, le 17 janvier 2017, vous verrez un dirigeant calme qui délivre une analyse pertinente et des propositions concrètes pour tous les peuples, y compris les Etats Unis. Des propos responsables qui ont reçu les ovations debout des 3000 participants.

Cet exploit du premier des communistes Chinois a accentué le sentiment de déclassement chez les dirigeants américains, sur un terrain de jeu qui leur était familier ; pas loin de considérer les acteurs économiques comme des traîtres qu’il faut recadrer.

Nous avançons l’hypothèse que la politique étrangère américaine est un paravent pour cacher un système miné à l’intérieur, incapable d’offrir une perspective d’avenir pour tous.

Les défis communs de notre temps doivent être traités en commun et dans le respect de la souveraineté des peuples : la lutte contre les maladies émergentes, la réalisation d’une civilisation bas-carbone, la sauvegarde de la biodiversité et les OMDD, 2015-2030, dont la priorité numéro 1 est l’éradication de l’extrême pauvreté.

A partir de leur poste d’observation, Salim Lamrani, Julien Baddour et Bruno Guigue, ont été invités à donner leurs appréciations.

NB. Une remarque pour ceux qui s’interrogent sur le sens de notre initiative. Le 4 septembre dernier, cela faisait 25 ans que Paul Vergès et Philippe Berne, dirigeants du PCR, avaient lancé l’alerte contre le réchauffement climatique et ses conséquences pour La Réunion. Durant 25 années, le sujet a croisé une conscience planétaire.

Demain, le 31 octobre 2021, s’ouvre la COP26 à Glasgow. Pendant 12 jours, les représentants du monde entier, par dizaines de milliers, tous étrangers, vont penser pour 8 à 10 milliards d’habitants, avec 3 rendez-vous 2030, 2050 et 2100.

Cette démarche de rassemblement sur l’essentiel montre que les problèmes ne sont pas là-bas et nous, ici. Nous faisons partie du monde et vivons ses contradictions. Nous avons besoin de nous rencontrer.

Ary Yee Chong Tchi Kan



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