Notre pays exclu de la dynamique du Sud global

La Réunion et le G20 : les effets de l’aliénation

24 novembre 2025, par Manuel Marchal

Les 22 et 23 novembre, le G20 a tenu un sommet en Afrique du Sud. Cette rencontre a été marquée par l’adoption d’une déclaration soutenue par le Sud global promouvant de nouvelles relations internationales débarrassées de tout hégémonisme. Pays africain, La Réunion est membre à part entière du Sud global qui rassemble les pays libérés du colonialisme occidental. Paradoxalement, la voix de La Réunion à ce sommet était portée par un dirigeant occidental, le président français venu pour défendre les intérêts de son pays en plein déclin en Afrique qui utilise La Réunion pour base de sa contre-attaque car nous hébergeons gratuitement une des dernières bases militaires françaises en Afrique. Ce paradoxe n’émeut guère la classe dirigeante à La Réunion, ce qui donne une idée de l’ampleur de l’aliénation subie par notre peuple.

Les 22 et 23 novembre, le G20 réuni en Afrique du Sud a acté une rupture symbolique : l’adoption d’une déclaration, portée par le Sud global, appelant à des relations internationales affranchies de tout hégémonisme . Une voix puissante s’élève de notre continent, célébrant l’émancipation et la coopération Sud-Sud. Dans ce chœur des pays libérés, une dissonance criante persiste : celle de La Réunion.

La Réunion, porte-avions gratuit pour la dernière base militaire française dans la région

Pays africain, peuplé des descendants de ceux que l’Occident a asservis et déportés, La Réunion est, par son histoire et sa géographie, une membre à part entière de ce Sud global. Pourtant, au sommet, notre voix a été confisquée, portée par le président français. Le représentant de l’ancienne puissance coloniale, dont l’influence en Afrique s’effrite, est venu défendre les intérêts de son pays. Et La Réunion, dans ce jeu géopolitique, joue un rôle honteux : celui d’une plateforme arrière, d’un porte-avions gratuit pour la dernière base militaire française dans la région. Nous hébergeons, à nos frais, l’instrument de la contre-offensive néocoloniale de Paris.

Ce paradoxe absurde n’émeut guère notre classe dirigeante. Son silence est l’illustration de l’aliénation profonde qui ronge notre peuple, séquelle vivace de trois siècles de colonisation et d’esclavage. Cette aliénation, c’est un poison qui coule dans nos veines et paralyse notre volonté.

Peur viscérale de déplaire au « bailleur de fonds » parisien

Elle se manifeste par la peur : la peur viscérale de déplaire au « bailleur de fonds » parisien, ce qui étouffe dans l’œuf toute velléité de responsabilité. Elle se nourrit d’une dépendance totale — politique, économique, culturelle —, une paresse institutionnalisée qui laisse un pays lointain dicter le destin de notre économie. Enfin, son symptôme le plus tragique est le rejet de notre identité africaine. On nous a persuadés que notre avenir était une lueur pâle venue d’Europe, nous faisant renier la chaleur du soleil africain qui nous voit naître.

Cette aliénation nous aveugle. Elle nous pousse à ignorer les profonds bouleversements positifs issus du Sud global, notamment la dynamique de coopération mutuellement bénéfique entre l’Afrique et la Chine, dont nous sommes cruellement exclus. Pendant que nous regardons avec envie vers une Europe minée par la résurgence des extrêmes droites racistes — des forces que l’Union soviétique communiste avait contribué à terrasser il y a 80 ans en vainquant le nazisme —, nous tournons le dos aux opportunités et à la solidarité de notre continent naturel.

Briser ces chaînes mentales

Il est temps de briser ces chaînes mentales. L’urgence incombe aux premières victimes de ce système néocolonial : notre jeunesse au chômage, nos familles plongées dans la précarité, tous ceux que le modèle actuel condamne à la marge. Les victimes doivent être organisées pour prendre la tête de la lutte pour notre libération psychologique et politique.

L’objectif est clair : que La Réunion, enfin réconciliée avec son âme africaine, puisse s’intégrer pleinement au Sud global. Cette intégration n’est pas un slogan ; c’est la clé pour résorber les pénuries d’emploi et de logement, pour construire une économie qui nous appartienne. Tourner la page de la décolonisation, c’est œuvrer à faire émerger, à l’horizon de nos luttes, une Réunion libre, développée et démocratique. Une Réunion qui aura chassé le racisme, poison hérité de la plantation et réintroduit par l’assimilation à la France qui mine encore la cohésion de notre peuple d’immigrants. Notre place est parmi les bâtisseurs du nouveau monde, pas parmi les vestiges des empires. Reprenons-la.

M.M.

A la Une de l’actuChineResponsabilité

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus