Mobilisation pour sauver nos derniers emplois productifs

La Réunion face à la mondialisation : le temps de se rassembler

14 septembre, par Manuel Marchal

Après la suppression du quota sucrier en 2017, la conclusion des négociations de l’Accord de partenariat économique (APE) renforcé avec les pays voisins et l’échéance du régime actuel de l’octroi de mer en décembre 2027, les Réunionnais sont confrontés à une réalité : les protections qui ont permis à notre économie de survivre dans un environnement concurrentiel sont progressivement remises en cause avec notre intégration dans la mondialisation selon les règles définies par les intérêts de l’Union européenne. Partis politiques, syndicats, organisations patronales, chambres consulaires, associations, agriculteurs, travailleurs, universitaires et collectivités doivent mettre leurs divergences de côté pour rechercher un projet consensuel de développement. La Réunion ne peut rester spectatrice de son intégration dans la mondialisation. Si nous ne définissons pas nous-mêmes les conditions de cette intégration, d’autres continueront à les définir à notre place sans nous associer aux négociations comme lors de celles de l’APE.

La décision du Conseil européen autorisant l’octroi de mer jusqu’au 31 décembre 2027 reconnaît les handicaps permanents des régions ultrapériphériques : éloignement, insularité, faible superficie, relief, climat, dépendance aux importations et faiblesse des exportations. Ces contraintes renchérissent les coûts de production et, sans mesures spécifiques, mettent en péril les productions locales.
C’est précisément pour cette raison que l’Union européenne autorise une taxation différenciée entre productions locales et produits importés. Pour La Réunion, cette différence peut atteindre 10, 20 ou 30 points selon les produits. Le même texte rappelle que les recettes de l’octroi de mer sont intégrées aux ressources fiscales des régions ultrapériphériques et doivent contribuer à leur développement économique et social ainsi qu’à la promotion des activités locales.
Mais cette logique protectrice se heurte désormais à celle de la mondialisation ultralibérale soutenue par les dirigeants de l’Union européenne qui pensent trouver de nouveaux débouchés pour les capitalistes européens dans notre région, utilisant La Réunion comme base arrière.

L’APE élargi aux services et marchés publics, la nouvelle norme

L’APE renforcé avec les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles franchit une nouvelle étape en ouvrant non seulement les marchandises, mais aussi les services, les investissements et les marchés publics. La Réunion, intégrée au marché européen, risque ainsi de devenir un espace ouvert à des concurrents régionaux disposant de coûts de production beaucoup plus faibles, donc un pays de consommation et de chômage.
L’octroi de mer apparaît comme une taxe contraire à l’APE qui prévoit la fin des taxes à l’importation dans l’UE, donc à La Réunion.
Le danger est considérable pour les derniers emplois productifs. Ceux qui créent de la richesse par la production agricole, industrielle ou les services aux entreprises sont directement exposés aux délocalisations. Après la canne, d’autres secteurs peuvent être fragilisés. La menace concerne aussi l’avenir de notre jeunesse, condamnée à choisir entre RSA, fonction publique ou émigration si notre économie productive continue de s’effondrer.
Face à cette situation, continuer les combats d’arrière-garde pour obtenir toujours plus de transferts financiers de la France ou prolonger une dérogation vouée à disparaître ne peuvent constituer une stratégie d’avenir.

Il faut désormais se rassembler

Partis politiques, syndicats, organisations patronales, chambres consulaires, associations, agriculteurs, travailleurs, universitaires et collectivités doivent mettre leurs divergences de côté pour rechercher un projet consensuel de développement. L’objectif doit être clair : obtenir de l’Europe les protections nécessaires à une économie réunionnaise confrontée à des handicaps qu’elle reconnaît elle-même, tout en construisant progressivement une production capable de répondre aux besoins de notre population.
La Réunion ne peut rester spectatrice de son intégration dans la mondialisation. Si nous ne définissons pas nous-mêmes les conditions de cette intégration, d’autres continueront à les définir à notre place.
Le moment est venu de choisir entre subir et construire. L’avenir de notre pays exige une mobilisation à la hauteur du danger.

M.M.

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