Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Gilbert Annette, nouveau premier secrétaire de la Fédération PS de La Réunion
8 novembre 2004

Le nouveau patron de la fédération socialiste avoue publiquement n’avoir qu’une ambition : conquérir en 2008 -c’est-à-dire dans 3 ans- la mairie de Saint-Denis. Jamais on aura donné une image aussi caricaturale d’un dirigeant politique, plus préoccupé par des ambitions électorales et de gestion de carrière personnelle que par des ambitions pour son pays !
Il y a quelques semaines de cela, “Le Quotidien” avait été le premier à l’écrire : Gilbert Annette allait remplacer Michel Vergoz à la tête de la fédération réunionnaise du Parti socialiste. L’information venait de Paris où se retrouvaient les dirigeants fédéraux en route pour le séminaire que leur parti organisait quelques jours plus tard à la Rochelle. Cette décision, prise d’en haut par des dirigeants parisiens, mettant en cause les règles de démocratie interne que la fédération dit vouloir appliquer ainsi que son caractère précipité avaient surpris.
Au sein de la fédération, il était question d’un renouvellement de la direction. L’opération était prévue pour 2005. L’entourage de Patrick Lebreton faisait, pour sa part, savoir que le maire de Saint-Joseph allait devenir secrétaire fédéral. Cet entourage prenait des contacts pour préparer l’événement.
“Le Quotidien” ne se contentait de donner l’information : il fournissait une explication. Pour justifier le changement de tête à la fédération, Idriss Issa écrivait que Gilbert Annette revenait aux commandes avec objectif de reprendre la mairie de Saint-Denis et la première circonscription.
À la suite du vote interne de la fédération le 28 septembre dernier et sa désignation comme premier secrétaire, Gilbert Annette accordait en compagnie de Michel Vergoz un entretien au “Quotidien”.
Celui-ci, publié le 2 novembre dernier, est essentiellement consacré à la stratégie électorale du PS et à celle du nouveau responsable de la fédération. Gilbert Annette confirme que la reconquête de Saint-Denis a "pesé dans mon arrivée à la tête de Saint-Denis". Michel Vergoz, pour sa part, laisse entendre qu’il pourrait être candidat dans la capitale. Les deux socialistes décrivent ce qui est leur stratégie électorale pour les législatives de 2007 et aux municipales de 2008 : pas de liste d’union au premier tour. Les deux responsables socialistes n’ont pas souhaité donné leur position sur le débat interne au PS à propos de la Constitution européenne. Ils indiquent que trois socialistes réunionnais, dont Michel Vergoz, participeront à l’élaboration par leur parti d’un projet pour 2007/2008.
On aurait pu s’attendre à ce qu’à l’occasion de ce renouvellement, les deux responsables de la fédération fassent part de leur analyse de la situation tant locale que nationale et internationale et qu’ils disent quelles perspectives ils voient se dessiner. Il n’en a rien été : Gilbert Annette et Michel Vergoz ont parlé uniquement de stratégie électorale et cela pour des échéances qui doivent intervenir dans 2 et 3 ans !
Jamais sans doute on aura donné une image aussi caricaturale de dirigeants politiques, plus préoccupés par des ambitions électorales et de gestion de carrière personnelle ou partisane que d’ambitions politiques pour leur pays ! Pire, dans leur électoralisme forcené, Gilbert Annette et Michel Vergoz passent sous silence ou évacuent des rendez-vous électoraux aussi importants que celui du référendum sur la Constitution européenne ou de l’élection présidentielle qui, il est vrai, n’ont pas de caractère local. Le premier pourrait se conclure par une implosion du PS si l’affrontement Hollande/Fabius persistait. Le second commande tout le système politique français et donc réunionnais. L’expérience de 2002 a démontré que, incapable de créer les conditions d’un rassemblement, le candidat socialiste s’est fait éliminer du second tour de la présidentielle !
Enfermés dans leur électoralisme basique, Michel Vergoz et Gilbert Annette ne disent aucun mot sur des problèmes d’actualités comme la “renationalisation” des TOS, la décentralisation et son financement, l’élaboration du SAR, la réforme de l’OCM-Sucre. Ils ont les yeux fixés sur les législatives et les municipales “de dans deux ou trois ans”. Il n’y a que cela qui les intéresse. En usant d’une expression populaire, on dirait d’eux qu’ils ont le nez dans le guidon !
Mais le pire n’est pas dans cet électoralisme et des pratiques de cuisine électorale, il est surtout dans la démarche politique proposée.
L’élaboration d’un projet est renvoyé à 2005 et au national. Il y a un partage de tâches assez curieux : à Paris l’élaboration des idées, à nous les batailles électorales locales. Mais, ce qui est plus grave, c’est de tout attendre et dépendre des échéances de 2007. Le discours de la fédération est simple : en 2007, nous allons nous retrouver au pouvoir, alors, au pouvoir, nous allons tout changer. "Signez-nous un chèque pour 2007 et nous ferons votre bonheur" disent en quelque sorte Michel Vergoz et Gilbert Annette. Tout est renvoyé à une éventuelle victoire des socialistes à la présidentielle et aux législatives. Entre-temps les Réunionnais doivent avoir confiance et attendre. Cela revient à déposséder les Réunionnais de tout pouvoir de proposition propre. C’est aussi une démarche qui refuse aux Réunionnais toute responsabilité dans la conduite de leurs affaires.
J. M.
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