Lettre ouverte aux parlementaires de La Réunion

Le PCR demande la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la réparation de l’esclavage français à La Réunion

24 décembre 2025, par Parti Communiste Réunionnais

Ce 23 décembre, le Parti communiste réunionnais a interpellé les 4 sénateurs et 7 députés de La Réunion « pour demander solennellement la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la réparation de l’esclavage français à La Réunion ». « La création d’une commission d’enquête parlementaire est une étape indispensable pour établir la vérité historique, mesurer les conséquences contemporaines de l’esclavage et formuler des propositions concrètes de réparation. Il s’agit d’un impératif de justice, de dignité et de responsabilité républicaine. », indique le PCR.

Mesdames et Messieurs les parlementaires de La Réunion ,

Le Parti communiste réunionnais s’adresse à vous pour demander solennellement la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la réparation de l’esclavage français à La Réunion.

Le 10 mai 2001, l’Assemblée nationale a adopté la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Or, s’il y a crime, il y a des victimes, et ces victimes ont droit à réparation. Vingt-quatre ans plus tard, cette question centrale n’a toujours pas été tranchée par la loi française.

L’abolition de l’esclavage en 1848 n’a nullement mis fin au système criminel. À La Réunion, les anciens esclavagistes ont fait venir des dizaines de milliers de travailleurs engagés d’Inde, de Chine, des Comores, de Madagascar et du Mozambique afin de maintenir l’économie de plantation, car les anciens esclaves ne voulaient pas perpétuer ce système. Ces travailleurs furent soumis à des conditions d’exploitation proches de l’esclavage, au point que le Royaume-Uni interdit le recrutement de travailleurs indiens pour les plantations des colonies françaises. Le crime s’est transformé, il ne s’est pas éteint.

Ce crime contre l’humanité n’est pas un simple épisode du passé. Il structure encore profondément la société réunionnaise. Les descendants d’esclaves, privés de leurs noms, de leur histoire et de leurs terres, constituent aujourd’hui l’essentiel des classes populaires et précaires. Les inégalités sociales, foncières et économiques trouvent leur racine directe dans ce passé non réparé.

Il est donc temps de poser une question simple et légitime : quand la France paiera-t-elle pour un système qui a enrichi durablement une métropole et fourni les capitaux de son développement ?

Pendant ce temps, le monde avance. Le 7 septembre 2025, à Addis-Abeba, lors du deuxième Sommet Afrique–CARICOM, l’Union africaine a rejoint la CARICOM pour exiger des réparations de la Grande-Bretagne pour les crimes liés à l’esclavage. Cette dynamique mondiale, amorcée dès 2023 à Accra, vise excuses officielles, fonds de réparation, restitution des biens culturels, investissements massifs dans l’éducation, la santé et la justice climatique. À l’ONU, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme réaffirme que la justice réparatrice est indispensable pour combattre le racisme systémique.

La Réunion, département français depuis 1946, ne peut rester en dehors de ce mouvement historique. Lorsque la France fut contrainte d’abolir l’esclavage, elle indemnisa les esclavagistes. Aujourd’hui, qui sont les descendants des victimes à indemniser ? Ce sont tous les Réunionnais ayant au moins un ancêtre esclave, c’est-à-dire, en réalité, l’ensemble de la population. Cela appelle une réparation collective, adaptée à notre histoire, inspirée des revendications portées par l’Union africaine et la CARICOM.

La création d’une commission d’enquête parlementaire est une étape indispensable pour établir la vérité historique, mesurer les conséquences contemporaines de l’esclavage et formuler des propositions concrètes de réparation. Il s’agit d’un impératif de justice, de dignité et de responsabilité républicaine.

Dans l’attente de votre engagement sur cette question fondamentale, nous vous prions d’agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de notre considération républicaine.

Bureau de presse du Parti communiste réunionnais

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