Un rapport sénatorial appelle à rompre avec les « inégalités systémiques » dans les anciennes colonies intégrées à la République

Le Sénat oublie la cause essentielle des inégalités : la surrémunération versée par Paris

3 juillet, par Manuel Marchal

Les inégalités qui persistent dans les anciennes colonies intégrées à la République ne sont ni ponctuelles ni conjoncturelles : elles sont « systémiques ». C’est la principale conclusion de la commission d’enquête du Sénat, qui a adopté, le 30 juin, un rapport formulant 63 recommandations pour engager un véritable changement de cap à partir de 2027. Mais le Sénat oublie la cause essentielle des inégalités : le versement par Paris d’un salaire beaucoup plus élevé qu’en France à une minorité pour créer une classe sociale dominante dépendante de l’argent de la France et le refus de Paris de l’égalité des salaires avec la France pour les autres classes.

Présidée par la sénatrice réunionnaise Viviane Malet et rapportée par Evelyne Corbière Naminzo, la commission estime que, malgré les progrès réalisés depuis la fin du statut colonial en 1946, les écarts avec la France demeurent considérables en matière de niveau de vie, d’éducation, de santé, d’emploi ou encore d’accès aux services publics.
Le constat est sévère. Dans ces anciennes colonies intégrées à la République, les prix restent nettement plus élevés alors que les revenus sont plus faibles. Les taux de pauvreté atteignent 36 % à La Réunion, 53 % en Guyane, contre 14,4 % en France. Les jeunes sont également davantage touchés par le chômage, le décrochage scolaire et l’illettrisme, tandis que les indicateurs de santé révèlent une surmortalité infantile, une forte prévalence du diabète et une pénurie persistante de médecins spécialistes.
Pour les sénateurs, ces difficultés s’alimentent mutuellement et trouvent leur origine dans des facteurs historiques, économiques et sociaux hérités de la période coloniale. Ils dénoncent également un manque de pilotage de l’État, davantage mobilisé par la gestion des crises que par une stratégie de long terme.

Propositions des sénateurs

Le rapport propose une loi d’orientation et de programmation couvrant la période 2028-2041. Parmi les mesures phares figurent la généralisation de la cantine scolaire à tarif social, le développement de l’enseignement bilingue en langues régionales sans passer par l’étape du français langue étrangère aux non-francophones, car ces derniers ont la nationalité française, un accompagnement renforcé des étudiants, la création de dispositifs spécifiques pour l’emploi des jeunes, un plan national consacré au diabète, une revalorisation de la prime d’activité tenant compte du coût de la vie, ainsi qu’un renforcement de la lutte contre la vie chère.
La commission préconise également de réformer la gouvernance de ces territoires en plaçant le ministère chargé de ces collectivités auprès du Premier ministre et en renforçant les moyens de l’État. Pour les auteurs du rapport, l’objectif n’est plus seulement de réduire les écarts avec la France, mais de bâtir un modèle de développement capable de garantir une véritable égalité des chances à leurs populations.

La surrémunération à l’origine des inégalités, réalité ignorée

Le rapport de la commission d’enquête du Sénat estime que les inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République sont le résultat de mécanismes historiques et structurels mais n’insiste pas sur l’origine de ces inégalités : le versement par la France du supplément colonial, supérieur au salaire français, à une minorité pour créer une nouvelle classe sociale dominante dépendante à 100 % de la France et le refus d’aligner les salaires de La Réunion sur ceux de la France pour les autres classes. Ce sont ces choix qui ont accentué les écarts de revenus, favorisé les monopoles et freiné durablement le développement économique de ces pays.

Conséquence d’une inégalité créée par Paris

Ce rapport ne rappelle pas que Paris a créé une société inégalitaire : le versement par la France du supplément colonial, supérieur au salaire français, à une minorité, pour créer une nouvelle classe sociale dominante, et le refus d’aligner les salaires de La Réunion sur ceux de la France pour les autres classes. Le refus de l’État d’aligner les salaires au 1er janvier 1947, puis la décision, à la suite d’une grève générale, d’accorder un doublement des rémunérations aux seuls fonctionnaires, ont durablement structuré une économie à deux vitesses. Cette politique a créé un pouvoir d’achat différencié, favorisé la concentration économique et alimenté les situations de monopole qui contribuent aujourd’hui à la vie trop chère. Ce retard initial dans l’égalité des revenus a freiné le développement économique, tandis que l’extension progressive des droits sociaux, plusieurs décennies plus tard, est intervenue dans une société où les déséquilibres étaient déjà profondément installés.

M.M.

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