Fortes inégalités de revenus à La Réunion

Les Hauts oubliés d’un système inégalitaire

20 février, par Manuel Marchal

À La Réunion, la fracture sociale épouse la géographie. Les Bas concentrent les richesses, les emplois et les services, tandis que de nombreux territoires des Hauts restent relégués. Derrière les moyennes, une réalité plus dure apparaît : l’inégalité territoriale est une inégalité sociale, révélatrice d’un système néocolonial qui produit pauvreté massive et inégalités.

À La Réunion, les inégalités sociales ne sont pas une abstraction. Elles se lisent dans le paysage, entre les zones littorales où se concentrent richesses et opportunités, et les Hauts, où vivent des milliers de Réunionnais confrontés à l’éloignement, à la précarité et à l’abandon.
L’étude menée dans le cadre de la préfiguration de l’Observatoire des Hauts par l’AGORAH, à partir des données de l’INSEE, apporte un éclairage sans appel. Grâce à la méthode du carroyage, qui permet d’observer les revenus à l’échelle des quartiers, la réalité apparaît dans toute sa brutalité : l’égalité territoriale n’existe pas.

Une fracture sociale qui suit la pente de l’île

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le revenu moyen annuel atteint 19 567 euros dans les Bas, contre seulement 17 290 euros dans les Hauts. Mais cette moyenne masque des situations encore plus alarmantes. Dans certains territoires enclavés, les revenus moyens ne dépassent pas 14 000 euros par an(Grand-Ilet — Salazie- ; Ilet-à-Cordes — Cilaos- ; Ravine Daniel — Saint-Paul- ; Langevin — Saint-Joseph). Cela signifie concrètement des familles qui vivent avec presque rien, loin des centres de décision, loin des emplois, loin des services essentiels.

Pendant ce temps, certains secteurs des hauteurs proches des villes, notamment autour de Saint-Denis ou de La Possession, affichent des revenus pouvant atteindre 30 000 euros par an (Saint François et Bellepierre — Saint Denis, Ravine à Malheur — La Possession). Cette réalité démontre une chose : ce n’est pas l’altitude qui crée la pauvreté, mais l’abandon et l’injustice territoriale.

Car ceux qui vivent dans les Hauts les plus éloignés, que ce soit à Salazie, Cilaos, Saint-Paul ou Saint-Joseph, subissent une double peine : moins d’emplois, moins de transports, moins de services publics.

L’organisation du territoire fabrique l’inégalité

Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de choix politiques et économiques qui, depuis des décennies, concentrent les investissements, les infrastructures et les activités sur le littoral, laissant les Hauts en marge.
Les emplois sont dans les Bas. Les services sont dans les Bas. Les richesses sont dans les Bas.
Pendant ce temps, dans les Hauts, les habitants doivent parcourir des kilomètres pour travailler, se soigner, se former ou simplement accéder à leurs droits. Cette réalité alimente la précarité, freine le développement et enferme des territoires entiers dans une spirale d’inégalités.

Mettre fin à l’injustice territoriale

Cette étude confirme ce que les Réunionnais savent depuis longtemps : il existe une fracture territoriale profonde dans notre pays. Cette fracture n’est pas seulement géographique. Elle est sociale, économique et politique.
Il est urgent de changer de cap.
Développer les Hauts, ce n’est pas une option. C’est une nécessité pour garantir la cohésion sociale et respecter la promesse républicaine d’égalité. Cela passe par la création d’emplois, le renforcement des services publics, l’amélioration des transports et une politique d’aménagement qui place enfin l’humain au cœur des priorités.
Les Hauts ne doivent plus être les oubliés de la République. Ils doivent devenir un pilier du développement équilibré de La Réunion.
Car une société qui abandonne une partie de son territoire abandonne aussi une partie de son peuple.

M.M.

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Messages

  • Bravo pour cette analyse, ce constat. Révélateur d’une situation très ancienne qui perdure sans doute hélas pour très longtemps encore. Pour développer en toute confiance, respect de l’avenir pour les futures générations déjà nées ou à naitre, pourquoi ne pas désenclaver les hauts avec des transports rapides, propres comme le téléphérique comme celui envisagé il y a quelques années entre St Leu et Cilaos ? Tout le monde serait content, pour le travail que cela engendrerait aussi bien pour les études, la réalisation puis la vente des titres de transports, et la sécurité, la maintenance. Un peu comme pour le train qui devrait lui les communes de Ste Rose à St Joseph, aussi bien pour le fret que les passagers, les scolaires, les touristes apprécieraient, c’est sur. Combien de temps perd-on actuellement dans les sempiternels bouchons sans oublier les pollutions sonores, olfactives, visuelle, et sanitaire que cela engendre. Nous verrons bien si les divers candidats feront, proposeront, promettrons pour le bonheur de tous, car c’est cela la politique, faire progresser la situation présente, réaliser de belles choses utiles qui améliorent la vie des citoyens, et donnent une belle image vers les extérieurs, les voyageurs natifs ou pas de passage vont sur les réseaux et expliquent bien de qui se passe sur le terrain, photos à l’appui, bon WE zot tout, Arthur. Le temps des promesses, bonne résolution approche, faisons confiance à l’intelligence ou rions du manque de compétence en action.


Témoignages - 82e année


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