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Les limites du parlementarisme

mardi 12 septembre 2023, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan


Macron a invité les représentants des partis politiques à discuter avec lui. Ils sont tous venus. Il a laissé les photographes filmer leur arrivée ; la suite s’est passée à huis clos : 12 heures de conversation. Pour quel résultat ? Il en a tiré un résumé qu’il a adressé à chaque participant, en leur demandant d’amender et compléter par des propositions concrètes. Certains ont répondu. D’autres non. Le peuple n’en saura pas plus.


C’était une manœuvre qui a montré le mépris présidentiel pour la démocratie parlementaire et le respect des institutions, prioritairement les partis politiques et les syndicats. Un milliard d’euros versé aux Agences de consultation illustre un mode de gouvernance anti-politique et anti-partisan. Mais, son audace a payé puisque ses invités étaient tous présents. Ils ont même accepté que le téléphone portable soit déposé à l’entrée de la classe, comme chez les élèves.

A l’évidence, les 12 heures passées ensemble ont renforcé la notabilité de la fonction présidentielle. Il en aurait été autrement si les partis d’opposition se rendaient au Palais avec une horde de mécontents. On aurait eu à faire à des mandants qui devaient rendre des comptes aux masses rassemblées devant la cour. Le va-et-vient aurait donné au peuple le rôle principal. Car, trop souvent ce président minoritaire exalte sa légitimité populaire. Que retiendra l’histoire de cet entre-soi convenu ?

Il a édité un document qualifié de « synthèse » et distribué aux participants pour être amendé. Répondre ou pas n’a plus d’importance, le président croit tenir une feuille de route légitimée par une consultation, en amont, des partis politiques. C’est probablement ce que sous-entend Olivier Véran en parlant de « pré-référendum », c’est-à dire un échange qui réduit la portée du débat public et fait passer les participants pour des supplétifs. Certains ont flairé le piège de cette consultation aux rabais et ont fini par botter en touche. D’autres ont répondu, en pensant que le geste est normal entre gens qui ont des valeurs communes.

Rappelons-nous du débat télévisé, avant la Présidentielle de 1981, entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand. Pensant piéger son vis-à-vis, le jeune président de la République de l’époque le questionne sur la valeur de la monnaie allemande. Flairant le piège d’installer une hiérarchie, Mitterrand ne répond pas à son invitation et déclare : « je n’aime pas vos méthodes. Je ne suis pas votre élève. Ici, vous n’êtes pas président de la République, mais mon contradicteur ». Il a déplacé le débat sur le registre politique.

L’invitation de Macron s’adressait aux dirigeants des partis politiques qui, de fait, ont accepté d’être traités comme chefs de groupes parlementaires. Imaginez s’ils avaient dit : « nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n’en sortirons qu’avec la date du référendum sur la retraite ». Ils auraient inversé la hiérarchie du moment et rétabli l’égalité dans l’échange.

Ary Yee-Chong-Tchi-Kan


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