Vers l’explosion de la crise à La Réunion ?

Les régions ultrapériphériques menacées : quand l’Europe remet en cause les spécificités

23 octobre 2025, par Manuel Marchal

En 2013, le vote pour la fin des quotas sucriers en 2017 a fragilisé la filière canne de La Réunion, livrée aux décisions de Tereos et marquée par une chute de production. Le statut de région ultrapériphérique, censé protéger l’île, n’a offert que des compensations limitées. Cela a a créé un dangereux précédent. Aujourd’hui, la recentralisation des fonds européens menace les RUP : leurs moyens chuteraient drastiquement, remettant en cause les spécificités conquises et de nombreux emplois.

Le 20 mars 2013, la France a approuvé la fin des quotas sucriers dans l’Union européenne, effective en 2017. Une décision passée presque inaperçue pour les Européens, mais qui a bouleversé tout un pan de l’économie réunionnaise. Nos 300 000 tonnes de sucre, bien dérisoires face à un marché européen de plus de 15 millions de tonnes, ont été sacrifiées sur l’autel du libéralisme. Depuis, la filière canne-sucre-rhum-énergie vit sous la dépendance d’une multinationale, Tereos, dont la stratégie décide de l’avenir des planteurs et des usines. Résultat : moins de surfaces cultivées, une production en chute libre — près de 500 000 tonnes de cannes perdues depuis la fin des quotas — et une inquiétude croissante dans les campagnes.

Pourtant, La Réunion fait partie des régions ultrapériphériques (RUP) de l’Union européenne, au même titre que la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Mayotte, les Açores, Madère et les Canaries. Ce statut, reconnu par l’article 349 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, est censé compenser les handicaps structurels liés à l’éloignement, à l’insularité et à la dépendance économique. En théorie, il garantit des mesures spécifiques pour assurer un développement équilibré et la cohésion entre les peuples européens. En pratique, il est remis en cause.

Possible baisse des fonds européens

Le cas du sucre n’est pas isolé. Aujourd’hui, une nouvelle menace plane sur La Réunion : la recentralisation de la politique régionale à Paris dans le cadre du prochain budget européen. La sénatrice Audrey Bélim a récemment alerté la présidente de la Commission européenne sur les conséquences dramatiques d’un tel changement. Selon ses projections, la France recevrait 3,7 milliards d’euros pour toutes ses régions dites « les moins développées » — une enveloppe à partager entre trois régions en France et les RUP de la Caraïbe et d’Afrique. Plus de deux millions d’habitants d’anciennes colonies verraient fondre les moyens qui leur étaient alloués. De 3,45 milliards d’euros sur la période 2021-2027, on passerait à une part bien plus réduite, diluée dans un pot commun français.

Les RUP ne sont pas de simples régions françaises excentrées

C’est une véritable remise en cause du principe même de l’ultrapériphéricité. Derrière les discours de solidarité européenne, se profile une Europe recentralisée, indifférente aux réalités historiques et sociales de ses anciennes colonies. À force de traiter les RUP comme de simples régions françaises excentrées, Bruxelles et Paris sapent les fondements du développement que ce statut devait garantir.

Le statut de RUP n’est pas un privilège, mais une reconnaissance Il ne saurait être vidé de sa substance au gré des arbitrages budgétaires. L’Union européenne doit respecter ses engagements envers les peuples de ses confins, sans quoi elle portera la responsabilité d’une explosion de la crise à La Réunion.

M.M.

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