Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Dernière veillée a la salle Le Rwa Kaf
16 novembre 2016, par

La salle Le Rwa Kaf de Sainte-Suzanne a accueilli hier la troisième et dernière journée d’hommage populaire à Paul Vergès. Une cérémonie placée sous le signe de l’accentuation de l’émotion à mesure que « le grand départ » se rapprochait…
Hier matin encore, des centaines et des centaines de Réunionnaises et de Réunionnais continuaient de se déplacer à à la salle Le Rwa Kaf de Bocage pour rendre hommage à Paul Vergès. Le cercueil, recouvert d’un drap rouge vif, exposé dans cette salle polyvalente qui a été en effet le théâtre d’une nouvelle matinée d’expression populaire de souffrance, de tristesse. Trois jours après le départ de Paul Vergès, le temps ne semblait en effet pas encore avoir fait son œuvre en ce qui concerne la prise de conscience de la triste nouvelle. « Mi ariv touzour pa à réaliser », « Mi koné li lé pu là, mé mi ariv pa kroir », « Pour mwin, lé difisil admèt « , « Nané labitud antann a li : va laiss in vid » nous a-t-on, en effet, déclaré, en substance, de très nombreuses personnes ayant tenu à venir s’incliner non seulement devant le corps mais surtout devant l’œuvre de Paul Vergès, au service de son pays te de son peuple.
Un « sentiment de vide » engendré suite « au bouleversement ressenti » par l’annonce de la triste nouvelle que les personnes présentes ont, cependant reconnu, devoir transcender afin de poursuivre la lutte dans le prolongement des combats menés par Paul Vergès, au service de son peuple : « Na pwin lo soi, si nou vé avansé, fodra tenir ansanm minm si san li sora difisil », « Li lé parti, son zidé i rèt, na fé ansanm », se sont, en effet, repris nos interlocuteurs qui ont vu, peut-être, un signe d’encouragement à travers la présence compatissante, chaleureuse, fraternelle et reconnaissante des invités ayant spécialement « soté la mèr » pour s’associer à cet hommage : la délégation de l’Union des Comores, conduite par le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, et d ’un de ses collègues. Un pays frère considérant Paul Vergès « comme un homme d’Etat d’envergure, un visionnaire »
Un pays frère dont, par ailleurs, on se souvient, l’un des représentants locaux avait déclaré dimanche dernier lors de l’hommage orchestré par le PCR sur le même site du Bocage que « la disparition de Paul vergès laisse la communauté comorienne de La Réunion orpheline ».
Par ailleurs, ce sursaut à la prise de conscience sur la nécessité impérieuse de poursuivre la lutte a été expressément rappelé par Maurice Gironcel. Dans une brève allocution, le maire de Sainte-Suzanne a d’abord renouvelé ses remerciements aux militantes et militantes qui, de par leur présence, ont assuré les veillées programmées tout au long de ces trois journées. Ensuite, il a réitéré ses condoléances aux enfants, petits et arrière-petites-enfants de Paul Vergès, à ses proches et amis : « Votre présence fait peser sur nous une lourde responsabilité : comment être à la hauteur de la tâche qu’il nous a laissée en héritage ? ». Une question à laquelle Elie Hoarau, fidèle compagnon de route et camarade de lutte de Paul et du PCR allait répondre en ces termes quelques heures plus tard lors de l’hommage rendu par les officiels au cimetière paysager : « Merci pour tout Paul. Mi koné, sakin i koné sak i rest a nou a fèr pour kontinyé lo kombo é lo komba de La Réunion (Voir discours).
Poursuivant son intervention, Maurice Gironcel a rappelé l’œuvre titanesque accompli par Paul Vergès consistant à transformer le Port « une plaine de galets » en une ville écologique, moderne, placée sous le signe de la bienveillance religieuse avec la création d’un site sur lequel co-existent en harmonie et en bonne intelligence les diverses confessions.
« Grâce à sa vision, à sa ténacité, il a réussi à en faire une ville boisée, il a été l’homme au million d’arbres en, en faisant, planter d’abord, 600 000 puis 500 000 sur la Route des Tamarins. Il a donné à chaque famille qui habitait dann inn ti kaz a tèr un pied d’bwa é zordi, banna i manz lo bann fruits, le climat au Port s’est radouci (…) . Il a pensé l’aménagement de cette ville de manière intelligente, rationnelle en tenant compte des nécessités immédiates mais aussi et surtout en anticipant sur leurs conséquences et l’imbrication des conséquences de toutes les évolutions… Son engagement politique à toute La Réunion, aux pays de la zone, et au monde… », a poursuivi Maurice Gironcel avant que l’équipe de la société des Pompes funèbres ne procède à la levée du corps, sous l’accompagnement d’une foule entonnant d’une seule et même voix l’Internationale. Moment particulièrement déchirant.
Où l’émotion, à son comble, n’a pu être retenue chez de nombreuses personnes. On a, ainsi pu voir le maire de Sainte-Suzanne et co-secrétaire général du PCR, sortir subrepticement un mouchoir de sa poche, écraser quelques larmes avant, de rabattre aussitôt après, les lunettes sur ses yeux… Le cortège a, ensuite, pris la direction de la ville du Port, ouvert et refermé par les motards de la police nationale, un cortège qu’un hélicoptère survolait également jusqu’au bout…
Marlène Sitouze
Nos peines
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