« La Réunion, 80 ans après les élections de 1945 : réussites, limites et défis actuels »

Mario Serviable : 80 ans après 1945, « préparer les croisés de chemin »

24 octobre 2025

Dans notre édition de mercredi 22 octobre, vous avez pu lire un papier d’ambiance surle séminaire organisé par l’Université sous le thème : « La Réunion, 80 ans après les élections de 1945 : réussites, limites et défis actuels ». Nous avons rapporté l’intervention de Elie Hoarau qui répondait à la question sur l’avenir. Pour lui, cela passe par un projet consensuel entre tous les Réunionnais. Aujourd’hui, vous pourrez lire un résumé du premier intervenant à ce séminaire. Il s’agit de Mario Serviable, universitaire et géographe. Nous le remercions infiniment. Bonne lecture et que le débat continue.

Photo de la tribune : Mario Serviable, (3e de gauche à droite) a ouvert le séminaire organisé par l’Université.

L’encastrement périlleux dans la France en 1946

Après les municipales du 27 mai 1945, les Réunionnaises et les Réunionnais sont appelés aux urnes le 21 octobre 1945 pour les premières législatives après-guerre et pour un référendum afin de refonder la France de la Quatrième République, se substituant à l’État Français de Pétain. Raymond Vergès et Lépervanche sont élus députés, avec mandat pour transformer La Réunion misérable et la France impériale. Ils construiront la loi du 19 mars 1946, dite de départementalisation des quatre « vieilles colonies ». Cette loi a pour ambition à terme d’éradiquer la grande pauvreté et les inégalités en outre-mer français. Mais c’est la France continentale en ruines, sortant de 5 ans d’occupation allemande, qui est instantanément transformée ; elle devient seconde puissance maritime planétaire, le seul État au monde riverain de toutes les mers, un archipel sur la mappemonde et une nation transocéanique.

La départementalisation des ailleurs du lointain est une prise de risque ; il n’y eut qu’un seul précédent qui fut un échec désastreux : la départementalisation de l’Algérie par l’ordonnance du 9 décembre 1848 de la Seconde République. La Quatrième République accentuera la tendance, créant huit nouveaux départements se rajoutant aux trois de 1848. Et c’est précisément sur la question de l’Algérie française que la Quatrième République disparaîtra en 1958 ; à la veille de son indépendance en 1962, l’Algérie comptait 15 départements français. Quel bilan à tirer de cette deuxième vague de départementalisation dans ses ambitions ? Pourtant, sans attendre cette réflexion, un troisième scénario va concerner Mayotte. 80 ans après 1946, il faut se pencher sur le chemin parcouru et préparer les croisées de chemins.

Mario Serviable
Géographe

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