« 7 millions de personnes sous le seuil de pauvreté »

Martin Hirsch et Brice Hortefeux ont reçu leur lettre de mission

11 juillet 2007

Martin Hirsch va devoir se retrousser les manches. Dans la lettre de mission qu’il a reçue lundi du Président de la République Nicolas Sarkozy, le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté a pour objectif de réduire la pauvreté en France « d’au moins un tiers en cinq ans ».

Soulignant que « 7 millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté, dont 2 millions d’enfants », le chef de l’Etat estime que « c’est en nous donnant des objectifs chiffrés et des obligations de résultat que nous nous mobiliserons suffisamment pour réduire réellement la pauvreté (...) ».
Nicolas Sarkozy demande donc à l’ancien président d’Emmaüs France « d’impliquer, aux côtés de l’Etat, les acteurs concernés (partenaires sociaux, collectivités territoriales et associations) dans la formulation et le suivi de cet objectif et de tout faire pour l’atteindre », ainsi que de proposer « les indicateurs nécessaires » à cette fin.

50% d’immigration économique

Autre enjeu de taille, la mise en place d’une immigration choisie. Nicolas Sarkozy souhaite une immigration économique représentant 50% de l’immigration de longue durée en France, qui a baissé en 2005.
Brice Hortefeux, le ministre de l’Immigration, qui a lui aussi reçu sa lettre de mission signée par le président et le Premier ministre François Fillon, aura également fort à faire : « Vous fixerez chaque année des plafonds d’immigration selon les différents motifs d’installation en France, écrit le duo exécutif, et vous viserez l’objectif que l’immigration économique représente 50% du flux total des entrées à fin d’installation durable en France ».
« Vous vous inspirerez à cet effet de la politique entreprise par certains de nos partenaires, par exemple le Canada ou la Grande-Bretagne, qui examinent les candidatures à l’immigration au regard d’un certain nombre de critères, y compris d’origine géographique, et déterminent en conséquence des priorités », ajoute la missive.
Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement, a commencé à réfléchir à la question. Il a présenté en Conseil des ministres, le 4 juillet, son projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, qui durcit notamment les conditions du regroupement familial.

Mission pour le Ministre de l’Education : autonomie... Les risques

Le 6 juillet, Nicolas Sarkozy avait confié sa lettre de mission à Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale. Le Président de la République demande de donner « à tous les établissements plus de souplesse et d’autonomie, en particulier dans le domaine budgétaire, pour leur permettre de mettre en œuvre, sous le contrôle (...) de l’autorité académique, un projet pédagogique qui leur soit propre ». Les syndicats se sont dit inquiets vendredi après l’appel du chef de l’Etat à renforcer l’autonomie pédagogique des collèges et lycées. Cette politique fait craindre aux syndicats une concurrence entre les établissements. « Ils vont pouvoir mettre en place une sorte de “produit d’appel”, en proposant telle ou telle option, ce qui aboutira à la mise en concurrence des établissements, et ça, c’est la fin du service public », a dénoncé Philippe Guittet, Secrétaire général du syndicat des proviseurs SNPDEN-Unsa. Le Snes-FSU (majoritaire) craint quant à lui que « le chef d’établissement ne soit contraint de choisir de diminuer les horaires de certaines disciplines. Cela va entraîner des différences entre établissements et sera donc facteur d’inégalités ».
Actuellement, le programme pédagogique est soumis à l’approbation de chaque Conseil d’école dans le primaire ou du Conseil d’administration au collège ou au lycée, et contrôlé par le recteur ou inspecteur d’Académie.

« Vive inquiétude » de SOS Racisme face à l’immigration choisie

L’association SOS racisme a exprimé sa « plus vive inquiétude » après l’annonce par l’Elysée de la mise en place d’un objectif d’immigration économique représentant 50% de l’immigration de longue durée en France.

Remise en cause du regroupement familial

L’association estime que cet objectif et « la limitation absolue du nombre d’entrées sur le territoire » remettent « très gravement en cause le regroupement familial ».
« Nous rappelons que la France, par son droit et à travers les conventions internationales qui la lient, reconnaît le droit de chacun à vivre en famille », ajoute l’association.
« Quand un pays doute de lui-même, il est assez logique - bien que dommageable - que les tendances au repli prévalent. Mais face à cet état d’esprit, le rôle de l’Etat et de ceux qui le représentent n’est pas de flatter le repli identitaire, mais de rendre confiance au pays », déclare encore SOS Racisme.

« Aucun pays au monde » n’atteint ce taux

Le Directeur de recherche au CNRS, Patrick Weil, a pour sa part souligné qu’« aucun pays au monde » n’atteignait le taux de 50% d’immigration économique et que la France ne pourrait le faire qu’en « violant massivement le droit à une vie de famille normale ».
Même au Canada, « où l’immigration économique est extrêmement favorisée, le taux est de 27% », a-t-il affirmé à l’AFP. Selon lui, l’immigration aux fins de regroupement familial est en réalité plus élevée au Canada qu’en France.
La Cimade et le Gisti (Groupe d’intervention et de soutien aux travailleurs immigrés) ont annoncé qu’ils commenteraient l’objectif gouvernemental, mais ont également dénoncé immédiatement l’atteinte au « droit à vivre en famille ».
Selon un rapport de la Direction de la population et des migrations de janvier, 135.900 étrangers, non compris les demandeurs d’asile, ont été admis au titre du séjour permanent en 2005, dont 95.400, soit environ 70%, au titre du regroupement familial.


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