Publication du rapport 2006 de l’ASSEDIC

Nouvelle affirmation de la spécificité de La Réunion

18 août 2007, par Manuel Marchal

Le rapport 2006 de l’ASSEDIC-Réunion révèle la part encore plus importante du secteur tertiaire dans l’emploi et constate une forte progression du nombre des embauches. Mais cela n’est pas suffisant pour faire reculer le chômage qui reste la première préoccupation à La Réunion. Il est essentiel d’imaginer de nouveaux leviers pour relever ce défi dans le contexte spécifique de La Réunion.

Le rapport 2006 de l’ASSEDIC-Réunion donne une photographie de l’économie réunionnaise soixante ans après l’abolition du statut colonial. Au cours de ces soixante dernières années, le visage de l’île a considérablement changé. D’économie de plantation, La Réunion est devenue une région où le secteur tertiaire est très largement le premier employeur. Dans le privé, le tertiaire regroupe 73% de la main d’œuvre alors qu’au même moment, le secteur primaire et les industries agroalimentaires regroupent 6% des travailleurs.
Entre ces deux extrêmes, le dynamisme de l’économie réunionnaise est illustré par la progression du secteur de la construction. Avec 17.873 salariés, le BTP réunionnais poursuit une croissance qui doit beaucoup à la commande publique. Les investissements des grands chantiers sont en grande partie responsables d’un accroissement de 55% des effectifs dans ce secteur au cours des cinq dernières années.

Un dynamisme incontestable et insuffisant

Les perspectives offertes par la construction du tram-train et de la nouvelle route du littoral sont des éléments qui portent à croire que la commande publique aura un effet bénéfique sur l’emploi au cours des prochaines années. En effet, suivant l’exemple de la Route des Tamarins, l’État, la Région et les partenaires de la formation ont conclu une convention visant à anticiper les besoins en main d’œuvre. Il s’agit de créer les conditions pour que les milliers d’emplois qui seront créés sur ces deux grands chantiers soient occupés en priorité par des Réunionnais formés à ces compétences nouvelles.
Le dynamisme ne se limite pas à la construction. Il caractérise toute l’économie réunionnaise. Depuis dix ans, le nombre d’emplois salariés est en constante augmentation. De 87.000 en 1997, il atteignait l’an passé 132.000, en hausse de 6,4% par rapport à 2005.
Il est à noter que sur cette période de dix ans, l’emploi salarié en France a connu une croissance bien moins importante : 14,3 millions en 1997, 16,2 millions en 2006. En 2006, la France a connu la plus forte hausse de l’emploi salarié depuis 2001, note l’ASSEDIC. En pourcentage, cette hausse est de 1,5%.
C’est proportionnellement quatre fois moins que La Réunion. Or, à La Réunion, le taux de chômage reste trois fois plus élevé qu’en France. Cela signifie que malgré tous les efforts faits pour dynamiser l’activité économique, la pénurie d’emploi est telle que le chômage ne recule pas.
C’est une spécificité essentielle de La Réunion et cela exprime toute la différence entre l’économie d’un pays développé comme la France et celle de La Réunion.

Illustration de notre contexte spécifique

La France est un pays développé où le secteur tertiaire est depuis bien longtemps le premier pourvoyeur d’emplois. Avec un taux de croissance relativement faible à l’échelle mondiale, la France arrive à contenir voire à faire diminuer le chômage, aidé en cela par le vieillissement de sa population.
La Réunion connaît une situation radicalement différente. Si la répartition de la main d’œuvre montre une économie dominée par les services comme dans un pays développé, c’est un phénomène récent. Il y a une soixantaine d’années, au moment de l’abolition du statut colonial, La Réunion était une économie de plantation marquée par la prédominance de l’agriculture avec quelques pôles industriels : usines sucrières, port et chemin de fer.
En soixante ans, La Réunion est donc devenue, à l’instar des pays développés, une économie de services et dépasse même désormais la France quant à la place du secteur tertiaire dans l’emploi salarié (73% ici, 69% là-bas).
Mais malgré une croissance économique nettement supérieure à la moyenne européenne et malgré une progression annuelle importante de l’emploi salarié, tout cela n’est pas suffisant pour régler le problème du chômage. Un problème qui ne peut que s’aggraver encore si rien n’est fait de manière urgente pour retourner la situation. La perspective du million d’habitants se rapproche, elle signifie la création de 140.000 emplois supplémentaires rien que pour répondre à l’accroissement de la population active, tout en créant 100.000 emplois durables pour que le droit des chômeurs actuels à un travail soit garanti.
Se pose alors la question d’imaginer de nouveaux leviers pour que le potentiel de ce dynamisme incontestable de l’économie réunionnaise puisse être converti en créations d’emplois. C’est le sens de la recherche de gisements d’emplois qui peuvent être explorés, c’est notamment le cas des services à la personnes, ou également celui du renforcement de la coopération avec les pays voisins.
Autant de leviers qui ne peuvent qu’être spécifiques à La Réunion pour faire face à un contexte que La Réunion est la seule région de la République à vivre, et qui contribueront à relever les défis spécifiques à La Réunion.

Manuel Marchal


Les chiffres clés

En 2006, La Réunion comptait selon l’ASSEDIC 132.202 salariés. Un nombre en hausse de 6,4%, quatre fois supérieur à celui de la France.
À La Réunion, trois secteurs ont vu leur nombre de travailleurs augmenter de manière importante : les activités associatives (+27%), la construction (+15%) et le service aux entreprises (+12%). En nombre d’emplois créés, cela donne respectivement 1.700, 2.300 et 2.200 salariés supplémentaires.
Quant à l’hôtellerie-restauration, une perte de 400 emplois correspondant à une diminution de 6% de ses effectifs salariés trouve son explication dans la crise du chikungunya. Ce secteur essentiel pour la richesse du pays n’emploie plus que 4% des salariés.


60 ans après l’abolition du statut colonial

Une économie dominée par les services

96.344 Réunionnais travaillaient l’an dernier dans le secteur des services. Cela représente 73% de l’emploi salarié. Ce secteur a connu l’an dernier une croissance de ses effectifs supérieure à la moyenne réunionnaise, et quatre fois supérieure à la moyenne en France : +6%.
Au sein du secteur tertiaire, le commerce (22% des salariés à La Réunion) et les services aux entreprises (15% des effectifs salariés totaux) sont les deux plus gros pourvoyeurs d’emplois.
Il est à noter que le nombre des salariés dans le secteur des services aux entreprises a connu l’an dernier une progression de 12% : 2.219 emplois créés. Ce secteur regroupe les télécommunications, le conseil, les services opérationnels et la recherche et développement.
Avec 29.357 salariés, le commerce est toujours la composante la plus importante du secteur tertiaire. Ses effectifs ont augmenté de 2%. Le commerce et la réparation d’automobiles ont créé près de 200 emplois en 2006 (hausse de 3,2%) alors que dans le même temps, le commerce de détail enregistrait 476 salariés supplémentaires. Quant au commerce de gros, il a connu un recul avec 102 emplois supprimés.
Toujours dans le tertiaire, les associations ont créé l’an passé 1.550 emplois pour un total de 7.665 salariés. Cela représente une fois et demie les effectifs de l’industrie agroalimentaire.
Il est à souligner que sur la même période, le service de l’action sociale et de la santé a vu ses effectifs croître de 238 personnes (+2,5%). Cette hausse n’est pas négligeable mais est-elle suffisante pour faire face aux immenses besoins de la population réunionnaise ? C’est un énorme gisement d’emplois qu’il reste à explorer.


2.300 créations d’emplois dans la construction

Le rôle essentiel de la commande publique

Dans la construction, le dynamisme de la commande publique illustré par la politique de grands chantiers impulsée notamment par la Région est une des raisons qui explique la forte progression de ce secteur. C’est ce qu’écrit l’ASSEDIC : « cette hausse s’explique principalement par les besoins en main d’œuvre liés aux commandes publiques dans la réalisation de grands travaux ».
C’est également dans la construction que l’ASSEDIC enregistre la plus forte progression en termes de créations d’entreprises : +261 « principalement dans les travaux de maçonnerie générale ».
Il est à noter que la route des Tamarins a joué un rôle moteur dans ce dynamisme. L’ASSEDIC constate qu’au cours des cinq dernières années, « le niveau de l’emploi dans la construction augmente de 55% (soit une création nette de près de 6.400 postes) ».
Parallèlement à cette croissance des effectifs, la taille des entreprises augmente. La moyenne en 2006 était de 7,4 salariés par entreprise, contre 6,3 cinq ans plus tôt.


L’industrie : un salarié sur 10

L’industrie affiche une progression du nombre d’emplois salariés de 3%. Mais derrière ce chiffre se cache un bilan contrasté.
L’industrie agroalimentaire reste la première industrie réunionnaise avec 5.316 salariés. Mais ce nombre a stagné, une seule création nette d’emploi sur l’année a été enregistrée dans une industrie qui dénombre 4% des salariés à La Réunion.
L’industrie des équipements mécaniques a progressé de 39 emplois et demeure la première industrie de biens d’équipement. La métallurgie a permis la création de 126 emplois, en hausse de 16%. Pour sa part, celle des composants électriques et électroniques voit le nombre de ses travailleurs augmenter aussi de 16%. En 2006, elle employait 197 personnes.


Le secteur primaire : un salarié sur 50

Le secteur primaire poursuit sa stagnation. Le nombre d’établissements déclarés était l’an dernier en baisse de 6% par rapport à 2005. Au total, 2.896 personnes sont salariées dans l’agriculture, la pêche et la sylviculture. Un nombre en hausse de 1%.


24% de travailleurs intérimaires en plus

L’indicateur d’une plus grande précarité

En 2006, le nombre de salariés dans les entreprises de travail temporaires a atteint 5.359, soit 4% de l’emploi salarié à La Réunion. Ce nombre est en hausse de 24% par rapport à 2005.
L’ASSEDIC note que « c’est principalement la construction qui sollicite les entreprises de travail temporaires pour leurs besoins ponctuels de main d’œuvre ». Et de souligner que « plus de 2.000 salariés de l’intérim (soit 41%) sont en mission dans des entreprises du BTP en décembre 2006 ».
Plus qu’un choix volontaire, l’intérim est pour beaucoup de Réunionnais le seul moyen d’échapper au chômage. La croissance de l’effectif de cette catégorie de travailleurs est donc sous cet angle un révélateur d’une plus grande précarité. Autrement dit, la croissance de l’activité économique ne se traduit pas assez en emplois durables.


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