La fin de l’hégémonie occidentale

OCS : le monde multipolaire s’affirme La Réunion est concernée

3 septembre, par Manuel Marchal

Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), réuni à Bichkek le 1er septembre, a pris une dimension particulière pour les peuples de l’océan Indien. Vingt-cinq ans après sa création, l’OCS rassemble désormais plusieurs des principales puissances démographiques, économiques et politiques de la planète. Chine, Russie, Inde, Iran, Pakistan et pays d’Asie centrale affirment une même volonté : construire des relations internationales fondées sur l’égalité entre États et tourner la page d’un monde dominé par l’Occident dont fair partie la France.

Devant les dirigeants réunis dans la capitale kirghize, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lui-même défendu l’émergence d’un monde « de plus en plus multipolaire », estimant que cette évolution était « une bonne chose » et devait être renforcée.
Le message est clair. L’époque où quelques capitales occidentales pouvaient prétendre fixer seules les règles du commerce, de la sécurité et du développement touche à sa fin. L’OCS ne constitue pas une nouvelle alliance militaire. Elle défend la non-confrontation, le dialogue et la coopération entre États aux systèmes politiques et aux intérêts différents.
À Bichkek, les discussions ont porté sur la sécurité, mais aussi sur l’énergie, les transports, les investissements, les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, l’environnement et le tourisme. Vingt-huit documents ont été adoptés. La Chine prévoit notamment une centaine de projets de coopération technologique avec les pays membres dans les trois prochaines années.

Pourquoi cette évolution concerne-t-elle La Réunion ?

Parce que notre île est située au cœur de l’océan Indien, précisément dans l’une des régions où se joue une partie de cette recomposition mondiale. Autour de La Réunion se trouvent l’Inde, Madagascar, les pays d’Afrique orientale, les États insulaires de l’océan Indien et, plus largement, les routes maritimes reliant l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient.
La Réunion ne peut donc rester spectatrice des bouleversements qui redessinent cet espace. Alors que les échanges économiques et diplomatiques entre les pays du Sud se renforcent, notre île dispose d’un atout considérable : sa position géographique peut en faire un pont entre différents espaces de coopération.
Mais encore faut-il que cette position soit utilisée au service du développement réunionnais. La multipolarité peut ouvrir de nouvelles perspectives pour les échanges, la recherche, les technologies, la formation, la culture, le tourisme et les coopérations régionales. Elle peut aussi permettre aux peuples de l’océan Indien de mieux travailler ensemble, sans dépendre exclusivement des anciennes puissances dominantes.
Le sommet de Bichkek rappelle une évidence : l’océan Indien n’est plus une périphérie du monde. Il redevient l’un de ses centres de gravité.
Pour La Réunion, l’enjeu est donc politique. Il s’agit de regarder vers son environnement régional, de renforcer les liens avec les peuples voisins et de prendre toute sa place dans un monde où plusieurs pôles émergent.
La multipolarité ne signifie pas remplacer une domination par une autre. Elle signifie permettre à chaque peuple de choisir ses partenaires et de participer aux décisions qui concernent son avenir. Pour La Réunion, cette évolution mondiale peut devenir une opportunité historique : passer du statut de territoire périphérique à celui de trait d’union entre l’Afrique et l’Asie.

M.M.

A la Une de l’actuMondialisationChineLuttes pour l’emploiNumérique et digitalisationEnergies renouvelables

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus