Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Un Conseil interministériel organisé outre-mer à Paris
19 juillet 2023, par

A plusieurs milliers de kilomètres des peuples concernés par les décisions, quelques ministres étaient réunis à Paris pour présenter un énième catalogue de mesures qui ne remettent pas en cause les raisons du sous-développement de La Réunion et d’autres anciennes colonies intégrées à la République. La réforme annoncée de l’octroi de mer est une nouvelle diversion visant une population mal informée. La TVA, perçue par l’État et rapportant bien plus que l’octroi de mer, est soigneusement passée sous silence tandis que la question de l’autonomie de décision des peuples de ces anciennes colonies est une question renvoyée à plus tard.
Plusieurs ministres étaient réunis hier outre-mer à Paris pour discuter de mesures applicables dans les anciennes colonies françaises intégrées comme collectivités à la République.
Selon la Première ministre, ce sont 72 mesures qui ont été évoquées lors de cette rencontre au sommet à plusieurs milliers de kilomètres des lieux de vie des peuples concernés par ces décisions.
Comme lors des précédentes rencontres de ce type, les causes fondamentales du sous-développement des anciennes colonies intégrées à la République n’ont pas été mises sur la table. Par conséquent, les mesures de redressement découlant de ces causes ne figurent pas dans le compte-rendu de cette rencontre interministérielle. Les 72 mesures sont donc un habituel catalogue qui n’aborde pas l’essentiel : comment développer La Réunion et aller vers une société de plein emploi pour les Réunionnais ?
Paris met l’accent sur l’octroi de mer. Il s’agit d’une taxe qui ne bénéficie en rien au pouvoir central. Elle est fixée et perçue à La Réunion. La recette de l’octroi de mer est inférieure à celle de la TVA intégralement perçue par le pouvoir central. Mais c’est l’octroi de mer, et non la TVA, qui est présenté comme une des causes de la vie chère. La diversion est lancée, elle vise un public mal informé.
Or, le problème de la vie chère n’est pas qu’une question de taxes. C’est d’abord la conséquence d’un système économique qui reste celui de l’économie de comptoir. C’est ce qu’a rappelé bien à propos Christophe Girardier, le 17 juillet dernier. Le président de Bolonyocte Consulting rappelait que :
« La France a répliqué en Outre-mer le modèle de développement de la métropole, ce modèle dont les effets ont déstabilisé l’équilibre économique, social et même environnemental de ces territoires en ce qu’ils n’ont pas créé suffisamment de valeur pour les populations locales, n’est pas adapté à leurs nombreuses spécificités en particulier pour ceux insulaires
Un des marqueurs les plus structurant de ce modèle, le secteur de la distribution avec le développement excessif des grandes surfaces, concentrateur par essence, qui a sinistré le tissu majeur du commerce de proximité et tout son écosystème de production local fondée sur des petites ou micro exploitations
Autre marqueur, le modèle économique des grandes surfaces fondé notamment sur le principe des marges arrières excessives, qui par ses effets inflationnistes, est une des causes majeures et structurelles de la vie chère
Effet de l’application d’un tel modèle économique en outre-mer et par voie de conséquence facteur majeur de la vie-chère : l’hyper-concentration des marchés du secteur de la distribution et de la grande consommation, et façon générale de la plupart des marchés structurant l’économie : l’énergie, les transports, la distribution, le BTP, et même la production agricole ».
Or, le Comité interministériel organisé outre-mer à Paris n’apporte pas de pistes pour remettre en cause cette structure typiquement néocoloniale imposée par les gouvernements qui se succèdent à l’économie réunionnaise.
Ce CIOM indique que Paris maintient une des lignes directrices dans les anciennes colonies françaises : acheter la paix sociale. Cela se manifeste notamment par des billets d’avion gratuit sur critères sociaux pour les étudiants « dont le quotient familial est inférieur à 26000 euros ».
Mais ce sont surtout les grandes sociétés françaises qui ne sont pas oubliées. Elles pourront bénéficier d’un plan d’aides de l’État d’un montant de 2,3 milliards d’euros pour les réseaux d’eau, le transport et les écoles. Cette enveloppe permettra donc de financer en grande partie les plusieurs centaines de millions d’euros de travaux prévus pour augmenter la production d’eau potable, et la capacité de traitement des stations d’épuration.
Grandes bénéficiaires de la manne publique, ces filiales de sociétés françaises auront des moyens de créer des emplois à La Réunion et d’apparaître comme des acteurs à protéger et à valoriser de la paix sociale. Ces travailleurs créeront des richesses qui ne bénéficieront pas à La Réunion, mais aux actionnaires de ces entreprises en France.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets : Paris ne remet pas en cause la politique qui empêche le développement de La Réunion. Rien n’est prévu pour casser tous les freins qui empêchent de lutter contre la pauvreté, et d’aller vers une société de plein emploi qui est une base de développement pour un pays.
Dans notre région, les organisations internationales sont nombreuses à présenter des feuilles de route. En mai dernier, le Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien avait d’ailleurs lancé « Indianocéanie en partage », plan de développement sur 10 ans. L’Union africaine a son Agenda 2030. Attendu par beaucoup, le CIOM a confirmé que Paris n’a pas de plan de développement de La Réunion à proposer. Après une telle conclusion, chacun est au pied du mur de ses responsabilités.
M.M.
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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