Demain, Elisabeth Borne en voyage à La Réunion

Paris doit tenir compte des Réunionnais à La Réunion

18 août 2025, par Manuel Marchal

Le 12 août, à une semaine de la visite de la ministre de l’Éducation nationale prévue demain, la Plateforme réunionnaise a dénoncé le mépris de Paris et les 200 millions d’euros de coupes budgétaires prévus pour les anciennes colonies dont La Réunion. Élus et parlementaires appellent à relancer l’économie locale, lutter contre la vie chère et défendre une école déjà fragilisée.

Demain, la ministre de l’Éducation nationale débarque à La Réunion pour une visite médiatique. Mais elle ne doit pas être accueillie en terrain conquis. Le 12 août, la Plateforme réunionnaise, qui rassemble maires et parlementaires de plusieurs partis (PS, PCR, Banian, Ansamb, EELV), a fait sa rentrée politique en dénonçant une politique gouvernementale jugée méprisante et destructrice.

À Saint-Denis, Éricka Bareigts, maire de la capitale, a dénoncé la mascarade du dernier Comité interministériel des Outre-Mer (CIOM), tenu à Paris sans la moindre consultation des élus réunionnais. « Ce qui s’est passé à Paris ne correspond pas à ce que nous avons co-construit ici », a-t-elle martelé. Les propositions issues des « conférences péi » – fruit du travail de plus de 120 acteurs sociaux, économiques et associatifs – ont été balayées d’un revers de main. Paris impose, La Réunion subit.

Un projet politique de maintien dans le sous-développement

Derrière les annonces en trompe-l’œil, le gouvernement assume une logique : réduire les dépenses au minimum, traiter La Réunion comme un territoire périphérique, stratégique pour le rayonnement international mais condamné à rester dépendant. Une vision qui rappelle les vieilles logiques coloniales : maintenir le peuple dans la précarité pour mieux préserver un système de domination.

Produire, au lieu d’importer

Pour Olivier Hoarau, maire du Port, deux secteurs sont au cœur de l’avenir économique : le BTP et l’agriculture. Le premier est asphyxié par la contraction de la commande publique, privant des centaines de familles de travail. Le second, étouffé par les importations massives, manque de main-d’œuvre et de soutien. « Si nous voulons sortir du chômage et de la dépendance, nous devons relancer la production locale », insiste-t-il.

Les familles étouffées par la vie chère

La sénatrice Audrey Bélim a rappelé des évidences que Paris feint d’ignorer : « Les gens veulent savoir si leurs courses coûteront moins cher, s’ils pourront se loger et se déplacer. » Pour elle, les restrictions budgétaires et les demi-mesures gouvernementales ne font qu’aggraver une situation insoutenable. Une véritable loi contre la vie chère est urgente.

Même constat pour Philippe Naillet, député, qui dénonce un projet de loi « superficiel » incapable de briser les monopoles ni de lever le voile sur l’opacité des marges. « Où part l’argent ? » interroge-t-il. Les circuits courts, la transparence et la relocalisation de la production sont les seuls leviers sérieux.

École : une rentrée sous perfusion

Le monde éducatif, directement concerné par la visite ministérielle, n’échappe pas à la tourmente. La rentrée scolaire se fait avec moins de contrats aidés, ces emplois précaires et mal payés qui assurent pourtant l’accueil et l’accompagnement des élèves. Supprimer ces postes, c’est fragiliser encore davantage une école réunionnaise déjà marquée par les inégalités. L’annonce de coupes budgétaires de 200 millions d’euros pour l’Outre-mer sonne comme un coup de massue.

Résister à la logique de coupes

La Plateforme a prévenu : Ces coupes ne sont pas de simples ajustements techniques, mais bien un choix politique. Celui d’une France qui ne veut pas investir ici, qui accepte de maintenir La Réunion dans un sous-développement organisé. Mais les élus ne comptent pas se résigner.

Demain, la ministre trouvera face à elle des interlocuteurs déterminés à rappeler que La Réunion ne quémande pas la charité mais exige justice et respect.

La visite ministérielle sera l’occasion de porter ce message : Paris doit cesser d’imposer ses décisions depuis la France, pays d’outre-mer et engager enfin un vrai partenariat. La Réunion a les ressources, les compétences et la volonté pour se développer. Ce qui manque, ce sont les moyens et la volonté politique de l’État.

M.M.

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